propos recueillis par Isabelle Kergoat

Le secret de Emma M.

entretien avec Anne Kurian

mercredi 13 juin 2018

Les éditions Quasar ont vraiment de la chance avec leurs auteurs. Anne Kurian leur a donné un premier roman qui respire la jubilation d’écrire et qui nous interroge, avec brio et humour, sur le sens de la vie et des choix que nous posons. Rencontre avec la jeune romancière qui a su allier suspens, romance et interrogations spirituelles…

Vous êtes journaliste spécialisée dans le secteur religieux, et plus précisément dans l’actualité du Saint-Siège. On pourrait s’attendre à ce que vous écriviez un livre d’analyses sur les dessous du Vatican, les affaires en cours, la personnalité du Saint-Père, et vos projections pour l’avenir. Or vous avez écrit une histoire à mi-chemin entre romance, enquête, et traité philosophique et littéraire… Qu’est-ce qui a déclenché votre envie d’écrire ce roman ?

Anne Kurian : J’ai grandi avec un stylo dans la main, en écrivant des histoires. Déjà toute petite, j’inventais des récits pour mes sœurs, le soir, avant de s’endormir. Lors des mariages, des anniversaires, il était de tradition de demander à Anne d’écrire un poème de circonstance, même si aujourd’hui en relisant ces œuvres de l’époque, on ne peut que rire de leur naïveté. Bref, j’ai toujours eu ce désir en moi, c’est même le fil rouge de ma vie : écrire. Quant à Emma M., elle est née alors que je vivais en Angleterre, dans le Yorkshire. L’histoire s’est déroulée peu à peu, sur fond de grandes étendues champêtres relativement indomptées, et du climat changeant de ces contrées. Ce décor britannique a été très inspirant pour Emma....

Vos personnages sont pétris de la philosophie de Chesterton. C’est un auteur qui vous a beaucoup marquée ?

Chesterton, c’est un tourbillon. Je l’ai découvert il y a quelques années et je me souviens encore de mon éblouissement : je lisais Hérésie et Orthodoxie les yeux écarquillés et je me demandais comment il était possible que j’aie pu vivre sans Chesterton avant. Il me révélait une liberté de pensée surprenante, de l’humour à foison – très anglais, très ironique – le goût du débat, une façon très particulière de définir les mots, un génie à la fois du bon sens et de l’absurde. Sa défense du christianisme est fantastique, dans tous les sens du terme.

Votre personnage principal s’est amourachée… d’un personnage de série TV ! Piteuse image de la femme aujourd’hui ?

Ce n’est pas une thèse sociologique et Emma n’est pas un étendard. Lorsque j’écris, je raconte des histoires ! Je n’ai jamais l’idée ni l’envie de transmettre un quelconque message. Cependant, il y a des questionnements qui m’habitent et qui, par réverbération, habitent mes personnages, mais cela reste des questionnements, certainement pas des réponses.
J’aime l’idée qu’Emma puisse sembler très puérile au début de l’histoire, avant qu’on ne la découvre plus profondément : c’est l’ambivalence humaine. Emma se décrit comme quelqu’un de banal, d’ordinaire, sans grand intérêt finalement… Or elle laisse entrevoir, le long du chemin, un « espace » intérieur très large, très habité. Là, je pense que c’est emblématique : toute personne a son mystère, est un mystère, et l’on ne peut jamais accéder à sa profondeur intérieure, faite également de paradoxes, en se bornant à quelques premiers échanges ou quelques lignes dans les premiers chapitres d’un roman.

Emma porte donc un secret qui tient votre lecteur en haleine : comment êtes-vous parvenue à maintenir un tel suspens… ?

Quand j’ai commencé à écrire, je ne connaissais pas vraiment moi-même le secret d’Emma… je l’ai découvert en déroulant l’histoire. Écrire c’est lire, disait ma prof de français qui a beaucoup influencé mes jeunes années. Écrire, pour moi, comporte tout ce processus d’éclosion, où l’on constate une certaine autonomie des personnages, qui ont des jardins secrets, qui n’agissent pas forcément comme je l’avais décidé… je me suis donc laissée surprendre. Mais, sans rien dévoiler ici, on peut dire que le secret d’Emma M. se situe à plusieurs niveaux : dans son passé ; et dans sa façon d’être et de vivre.

Vous mettez en avant un personnage peu probable : une star TV qui se lance dans une œuvre de charité et finit par lier amitié avec une bénévole qui n’a rien des femmes auxquelles il peut prétendre…

Renversons la perspective : je dirais que c’est la star qui ne peut prétendre à quelqu’un comme Emma ! Même si la starisation et le règne de la chirurgie esthétique tendent à nous le faire croire, je refuse de réduire les acteurs à des êtres obnubilés par le glamour et le sex-appeal. Récemment, une haute autorité du Vatican faisait remarquer que les artistes de cinéma avaient, comme tout un chacun, une vie de recherche existentielle, de dilemmes, de problèmes, de quête. La quête est fondamentale, dans Le secret d’Emma M. La quête de sens, la quête de vraie Beauté, la quête de Dieu…

Y aura-t-il une suite ?

Tout à fait, cette suite existe ! Et j’espère bien qu’elle sera publiée un jour, tout dépendra du succès du premier tome.

http://www.editionsquasar.com/livre-Le_secret_d_Emma_M.-311-1-1-0-1.html

https://fr.zenit.org/articles/author/annekurian/

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