Le scandale de l’embryon

par Gérard Leclerc

mardi 11 décembre 2012

Je suis un vieux lecteur du Nouvel Observateur, puisque je crois avoir suivi régulièrement cette publication depuis ses origines. Je n’ai évidemment pas toujours été d’accord avec l’orientation de l’hebdomadaire de Claude Perdriel et de Jean Daniel, mais je l’ai toujours lu avec le plus grand intérêt. Comment ne pas reconnaître le rôle intellectuel qui a été le sien et qui se rapporte à des grands noms, à ce qu’on appelle de grandes plumes ? J’aurai toujours la plus vive reconnaissance à l’égard de Jean Daniel qui sut donner toute sa place à Maurice Clavel, qui était pourtant en sacré décalage avec l’opinion moyenne de la gauche de l’époque ! Et je pourrais consacrer plusieurs chroniques à tout ce que je dois à un François Furet ou à un Guy Dumur, pour n’évoquer que ceux qui nous ont quittés. Et il y en a toujours de bien vivants pour qui j’éprouve de l’amitié.

Mais voilà, aujourd’hui, je ne suis pas sur ce registre là. Et j’aurais plutôt envie de dire ma colère. Le mot n’est pas trop fort. Tout est venu d’un message publicitaire que le supplément télévision du Nouvel Observateur a publié. Pensez : il venait de la Fondation Jérôme Lejeune et il comportait la photo d’un embryon avec cette légende qui a mis le feu aux poudres : « Vous trouvez ça normal ? On arme des bateaux pour défendre des baleines alors qu’on laisse l’embryon sans défense. »

Pour les militantes pro-IVG, la provocation était insupportable. Et Laurent Joffrin, le directeur de la rédaction s’est précipité pour dire que c’était une erreur technique et qu’on ne l’y reprendrait plus. Le Nouvel Obs aurait manqué à ses valeurs fondamentales ! J’imagine le concert de réprobations assourdissant subi par le pauvre Joffrin. Mais je m’interroge face à la véritable hystérie qui surgit dès qu’on évoque le statut de l’embryon. Bien sûr, c’est quelque chose qui fait mal en renvoyant à une réalité douloureuse : l’avortement. Mais n’y a-t-il pas une question élémentaire de vérité. A-t-on, oui ou non, le droit de la poser simplement cette question ? Est-on un affreux fasciste à penser qu’il s’agit de tout autre chose que d’un amas de cellules et que c’est peut-être, pour parodier Saint Exupéry, un petit Mozart qui est là en promesse vivante dans cet objet insupportable ?

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 11 décembre 2012.

— -

Lire aussi :

Scandaleux embryons

Messages

  • Que cet embryon qu’on élimine soit un petit Mozart en puissance ou un être humain simplement "ordinaire", il a le droit de vivre. Bien sûr on peut frapper l’imagination et la conscience on faisant voir à quelle perte considérable s’exposent ceux qui décident de l’éliminer, et cela peut produire un choc salutaire... Mais à condition que cet argument oratoire ne nous éloigne pas du premier des droits de chacun à vivre, qu’il soit élite présumée ou humble piétaille. Je ne critique pas l’article, je le prolonge un tout petit peu sans prétendre faire la leçon à son auteur dont j’apprécie les positions.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.