Le scandale de Malines

par Gérard Leclerc

lundi 28 juin 2010

Si Benoît XVI a jugé bon d’affirmer sa solidarité avec l’épiscopat belge après la perquisition effectuée au palais du primat de Belgique à Malines, c’est que les circonstances et les méthodes employées sont surprenantes, voire inquiétantes. Tout un épiscopat immobilisé pendant neuf heures après que les téléphones portables et les papiers eurent été saisis, la violation des sépultures de deux figures historiques (les cardinaux Van Roey et Suenens), l’ancien archevêque, le cardinal Danneels, humilié par une longue attente dans la rue, tous ces faits sont d’une extrême gravité, même si les autorités belges se prévalent d’une enquête sur les agressions pédophiles de la part du clergé. L’Église de Belgique n’a pas voulu jusqu’ici trop hausser le ton, même si Mgr Léonard a évoqué le scénario du Da Vinci Code. N’était-il pas possible à la justice et à la police de mener leur enquête en s’abstenant d’un tel spectacle, dont la presse semble avoir été préalablement informée et dont on sent mal, sauf énorme surprise à venir, la pertinence judiciaire ?

Depuis l’affaire Dutroux, la Belgique est sans doute traumatisée par le drame de la pédophilie avec la mise en cause de toute sa classe dirigeante et le désarroi qui affecte les grandes institutions. Ce peut être l’une des causes de cette démesure à l’encontre de l’épiscopat. Mais on s’interroge sur le caractère dévastateur d’une telle agression. Ce n’est pas en «  déshonorant  » l’Église catholique qu’on rétablira la confiance et que l’on viendra en aide à l’enfance maltraitée. Bien au contraire, un processus de défiance généralisée risque de s’enclencher qui peut plonger une société entière dans un climat nihiliste. Plus rien ne vaut, tout est pourri. Lorsqu’un symbole aussi fort que l’intégrité d’une sépulture nationale est violentée, c’est la conscience d’un peuple qui se disloque.

Les juges ont à remplir leur mission sans défaillance. Mais est-ce en s’accordant de telles licences qu’ils y parviendront ? Par ailleurs, même s’il est infiniment délicat de faire le partage entre ce qui relève de la juste autonomie de l’Église et ce qui revient à l’enquête policière, on s’inquiète aussi de la transgression de la confidentialité des requêtes que nombre de victimes avaient confiées à la commission Adriaenssens. Cette dernière, dirigée par un pédopsychiatre, était en charge de l’accueil des confidences des personnes agressées, qui désiraient d’abord recourir à l’Église. S’il n’y a plus de domaine préservé, il n’y a plus de liberté, ni de sécurité pour l’intimité. On comprend que l’on s’en inquiète du côté de la fondation européenne Child Focus, créée au service de l’enfance après l’affaire Dutroux. Brutalité et respect des victimes sont des notions antinomiques.

Messages

  • Cher M. Leclerc,

    La question de la pédophilie au sein des membres de l’Eglise, qu’ils soient ou non ecclésiastiques est une question douloureuse. On peut s’étonner à bon droit de l’acharnement dont l’Eglise catholique et plus particulièrement le Pape Benoît XVI font l’objet, mais on ne saurait en être surpris quand on sait combien l’Occident est devenu anti-chrétien et anticlérical. Certes, c’est un vrai scandale que des prêtres puissent attenter ainsi à l’intégrité morale d’enfants et ils doivent en répondre devant la justice et espérons qu’ils feront pénitence et qu’ils prendront conscience de la gravité de leurs actes. En effet, il ne faut pas oublier que si l’Eglise condamne de tels actes elle ne condamne jamais le pécheur dont il ne faut jamais désespérer, tel n’est-il pas le sens de la charité chrétienne. Cependant, nous savons ce que disent les Evangiles sur ce que mérite ceux qui scandalisent des enfants...Ne nous laissons pas attendrir par un angélisme hugolien...Leur repentir doit être sincère et seul Dieu pourra les juger dans leur degré de liberté...

    Enfin, je veux vous dire que je vous ai attentivement écouter lors de l’émission "L’esprit des lettres " où vous avez fait la présentation de votre dernier ouvrage en date "L’Eglise face à la pédophilie", et je dois vous dire que l’on sentait combien le journaliste qui vous interrogeait était plutôt peu amène et franchement accusatoire sur la personne et le pontificat de notre Pape Benoît XVI...Disons que cela transpirait le modernisme...

    La vraie cause de la détestation dont fait l’objet le Pape Benoît XVI n’est pas tant l’ensemble des affaires par elles-mêmes qui ont bousculé l’Eglise, mais l’ignorance croissante dans les médias et la population de ce qu’est le christianisme, et d’autre part l’hédonisme et le relativisme moral ambiant...n’est-il pas ?

    Merci encore pour votre engagement chrétien !

  • On peut penser que c’est peut-être la justice belge qui se discrédite avec de tels procédés.L’Eglise peut se donner en exemple en matière de transparence dans ces questions pénibles d’agressions sexuelles sur mineurs.Ce sont des cas tellement exceptionnels qu’ils n’apparaissent même pas dans les statistiques concernant ce sujet,alors que beaucoup d’autres institutions en rapport avec les mineurs sont davantage concernées.L’Eglise de Belgique devrait manifester une plus grande attitude de défiance devant l’institution judiciaire du pays,en interrompant toute collaboration avec celle-ci et en demandant aux éventuels religieux mis en examen de s’abstenir de tout aveu tant que des éléments probants ne sont pas réunis.Elle peut aussi en collaboration avec le Saint-Siège faire savoir qu’elle détient des renseignements défavorables sur des notables du pays qu’elle peut inclure dans l’opération de transparence dans laquelle elle s’est engagée.
    Autrement dit ne pas rester dans une position défensive mais plûtot offensive et sans complexes.

  • Toujours laisser la justice faire son cours et ne jamais parler avant de savoir.... Que pouvez-vous dire à présent après ce qui a été retrouvé par la police ???

  • Les deux CD-ROMs qui auraient été envoyés à l’archevêché de Malines-Bruxelles par un tiers « bien connu de la presse » sur l’affaire Julie et Mélissa, « ont également été envoyés, durant l’affaire Dutroux, à des journalistes judiciaires, des politiciens et d’autres personnalités du pays », et « il ne s’agirait donc aucunement d’une "trouvaille unique" », explique une mise au point des évêques belges.

    Voir en ligne : Belgique : Pas de « trouvaille » dans les archives des évêques.

  • Ce faisant, les policiers et le juge d’instruction ont fait la preuve à la fois d’une profonde bêtise et d’une sourde hostilité à l’encontre de l’Eglise. Quelle image ces enquêteurs ont-ils donc de l’Eglise pour imaginer qu’elle puisse elle-même violer les sépultures de cardinaux décédés pour y cacher d’éventuels documents compromettants ?

    Voir en ligne : Profanation d’Etat en Belgique

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