Le savant et le politique

par Gérard Leclerc

lundi 4 mai 2020

© Konstantin Kolosov / Pixabay

Le politique ne peut décider des mesures à prendre face à l’épidémie sans l’expertise des médecins et des spécialistes. Mais en dernier ressort c’est lui seul qui décide. Max Weber parlait déjà du savant et du politique. Mais n’y a-t-il pas un troisième partenaire ?

Dernièrement, interrogé par Apolline de Malherbe sur BFMTV, le professeur Didier Raoult s’est prévalu de son unique discipline scientifique pour répondre aux questions qui lui étaient posées. Il prenait soin également de faire le partage entre sa compétence professionnelle et la tâche propre au politique. Une telle distinction s’impose, de façon frappante en ce moment. Incontestablement, le politique a besoin de l’expertise scientifique qui concerne le domaine de la santé, et plus précisément des épidémies. Mais tout l’éclairage possible de la science ne l’empêchera pas d’avoir à décider en dernière instance, et lui seul. Ainsi que le déclare Régis Debray au Journal du dimanche : « Le savant dit le fait, le politique ce qu’il faut faire, et l’un ne se déduit pas de l’autre. »

Oui, le politique relève d’un ordre spécifique, celui qui concerne le gouvernement de la cité, et donc de ceux et celles qui la composent. Au XIXe siècle, le comte de Saint-Simon proposa de substituer à ce gouvernement « l’administration des choses », selon quoi il se trompait gravement. Le politique n’est pas le technocrate, car il joue sur une multiplicité de facteurs, et surtout il s’adresse à des personnes que l’on ne saurait traiter comme des automates. Sans doute, a-t-il besoin des informations les plus précises de la part de ceux qui s’attachent à ce que le professeur Raoult appelle « les données ». On s’aperçoit que ces données donnent parfois lieu à des désaccords entre spécialistes, ne serait-ce que sur l’efficacité des médicaments et celle des confinements. Mais in fine, c’est à l’Élysée et à Matignon que l’on tranchera.

Cependant, Régis Debray associe un troisième partenaire au scientifique et au politique, le philosophe, qu’il définit d’ailleurs comme un gêneur, celui qui cherche la raison des choses, qui n’est jamais celle qu’on croit. Oui, il y a un ordre de rationalité qui n’est pas celui de la science et qui se rapporte à une intelligence de l’être et de l’être humain. Il est arrivé au philosophe Martin Heidegger de prononcer cette formule provocante : « La science ne pense pas », non qu’elle soit étrangère à la pensée, mais parce qu’elle ne peut penser l’essence de son objet. Mais voilà qui demanderait quelques explications. Le philosophe a sa mission aujourd’hui. On pourrait lui associer le théologien…

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 mai 2020.

Pour aller plus loin :

Messages

  • On mesure la gravité des circonstances du jour où prenant conscience des conséquences de la pandémie sur la population civile, le savant médecin, le politique décideur et les honnêtes gens ont dû se résoudre à chercher conseil hors les murs de leur savoir spécifique, et les amphithéâtres de l’enseignement spécialisé de la médecine curative.
    - Se résoudre à accepter que faute de vaccin, et de traitement possible, il fallait battre chemin et se réfugier dans nos chaumières respectives,
    - Se convaincre que la solution à terme viendrait du confinement.
    Une thérapeutique médicinale inhabituelle de la part des savants qui préférant attendre une solution future choisissaient de contourner la pandémie, en attendant de la combattre.

    Armer son bras civil de la défense stratégique des précautions de terrain, n’était pas coutumier de la solution médicale, mais enfin la maladie étant totalement neuve dans le cursus universitaire de la profession, en son état, il fallait convaincre le bras politique des décideurs publics d’attendre la rémission des jours meilleurs de sortie de confinement.

    Nous y voilà désormais !
    Que seront les relations inopinées des savants et des politiques, au delà du temps de la pandémie déclinante et prochaine ?
    - Le médical usera-t-il désormais de ce levier du pouvoir civique pour satisfaire des revendications professionnelles, que l’on pressent probables ?

    - Le politique fera-t-il mouche face aux critiques des oppositions inévitables des rangs parlementaires pour se justifier dans ses décisions précédentes du temps de pandémie ?

    Ce mariage de circonstance ou d’opportunité vital pour la pérennité des deux institutions souveraines lors de la lutte pandémique mettra -t-il un terme à cette collusion ?
    Rien n’est plus sûr !
    Les questions suivent.

    Rien ne permet de parler de fin de guerre sanitaire.
    "Les ennemis" sont encore bien actifs dans la population.

    La crainte des politiques, relayée par les savants médecins n’a point faibli.

    Et pour le meilleur et le moins pire des prochains jours, les heures suivantes ne nous disent pas tout !

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