Traduit par Aurélie

Le rôle du prêtre dans la préparation au mariage

Par le père Gerald E. Murray

jeudi 2 août 2018

Le cardinal Kevin Farrell, préfet du dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, a émis des remarques provocantes concernant les prêtres et la préparation au mariage dans une interview publiée récemment dans le magazine catholique irlandais Intercom. Il a dit : « Ils n’ont aucune crédibilité : ils n’ont jamais vécu cette expérience : ils connaissent peut-être la théologie morale, la théologie dogmatique en théorie, mais de là à mettre tout ça en pratique chaque jour… ils n’ont pas cette expérience. »

Il a également parlé des prêtres du diocèse de Dallas où il fut évêque pendant neuf ans : « Le diocèse compte un million et demi de catholiques et 75 prêtres. Environ 50% des fidèles sont présents à la messe. Ces 75 prêtres ne vont pas s’intéresser à l’organisation de réunions de préparation au mariage. »

Est-ce que les prêtres manquent vraiment de crédibilité et d’intérêt pour préparer des couples à ce sacrement ? Ce n’est pas ce que j’ai vécu. La plupart des prêtres et en particulier des prêtres en paroisse montre un intérêt certain pour la préparation au mariage.

Les couples apprécient presque toujours leurs efforts lorsqu’ils les préparent au mariage. Le Père Roger Landry a décrit la réalité du terrain de nombreuses paroisses dans un article récent. Beaucoup de prêtres sont des témoins crédibles de l’enseignement de l’Eglise sur le mariage et ils parlent avec perspicacité, et souvent sagesse, de leur grande expérience avec des couples fiancés, des familles et des enfants.

Ce qui est le plus troublant dans tout ça, ce sont les prémisses sous-jacentes aux remarques du cardinal Farrell. Il insinue que le but premier de l’instruction au mariage est de transmettre des conseils sur la manière dont les hommes et les femmes peuvent vivre pour qu’ils vivent une joie matrimoniale et une harmonie familiale. Pour atteindre ce but, ce dont les couples ont besoin, c’est d’entendre des conseils pratiques de couples mariés qui, d’après leur propre vécu, vont partager de « bonnes pratiques » avec les couples fiancés. Il déclare aussi que les prêtres surbookés préfèrent ne pas prendre du temps dans leur emploi du temps chargé pour voir et former les couples qui cherchent à se marier à l’Eglise.

Les programmes de préparation au mariage devraient inclure des conseils sur la vie maritale de la part de couples qui sont de sérieux catholiques et ont des années d’expérience valable dans ce qu’on attend du mariage chrétien. Et de nombreux prêtres sont overbookés. Devrions-nous pour autant promouvoir le fait que les prêtres devraient éviter de travailler avec des couples fiancés et qu’ils ne sont pas les mieux placés pour accomplir cette tâche ?
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Est-il vraiment mieux pour eux, plutôt que de consacrer du temps à d’autres, de le consacrer à des tâches relativement moins importantes comme la gestion des bâtiments ou les tâches administratives qui sont de fait inévitables et une perte de temps pour de nombreux prêtres en paroisse ? La préparation sacramentelle n’est-elle pas une part vitale de la paternité spirituelle des hommes ordonnés pour célébrer les sacrements ?

J’ai eu de nombreux cours au séminaire sur le mariage chrétien, mais aucun sur la gestion des bâtiments et les tâches administratives de la paroisse. Les priorités du séminaire étaient correctes.

Le nombre de catholiques qui cherchent à se marier à l’Eglise a baissé de façon significative. Une des raisons est l’ignorance de beaucoup de catholiques sur la nature sacramentelle du mariage et leurs obligations en tant que catholiques. Quand un couple vient au presbytère pour se marier à l’Eglise, nous devons voir cela comme une opportunité pour donner une formation doctrinale et spirituelle à ces personnes forcément bienveillantes, croyantes. Qui sait ? Ils pourraient dire à leurs amis que c’était une bonne expérience que d’apprendre de la part d’un prêtre comment planifier le reste de leur vie.

Les catholiques qui n‘ont pas eu beaucoup de catéchèses ont besoin de comprendre l’enseignement de l’Eglise à propos de la nature et le but du mariage. Les prêtres passent des années au séminaire pour acquérir une connaissance profonde de cet enseignement, et la manière d’expliquer cette vérité et cette valeur aux personnes de notre temps. Ils sont censés partager cette formation doctrinale avec les laïcs.

Le prêtre a un rôle important pour expliquer au couple à quel point ce dans quoi ils s’engagent est sérieux. Nos lois et coutumes sociales rejettent largement la doctrine du Christ sur l’indissolubilité du mariage. Les catholiques ont besoin de savoir que la fidélité au Christ lui-même est centrale et que le Christ donne la grâce de vivre avec fidélité, contre toutes les tentations pour que les vœux de mariage soient quelque chose à chérir, qu’on ne peut pas abandonner.

Les couples fiancés ont la confiance instinctive que le prêtre, en tant qu’homme de Dieu, va leur dire ce que Dieu attend d’eux et comment Il va les aider. Ce n’est pas un problème théorique pour une considération abstraite. L’enseignement du Christ sur le mariage est la fondation de mariages heureux et saints.

La paternité spirituelle du prêtre signifie qu’il prend un intérêt vif dans tous les aspects de la formation religieuse et le développement des gens qui lui sont confiés. Sa paternité trouve une pertinence particulière quand il parle avec ceux qui cherchent à être père et mère pour les générations futures de croyants.

Le prêtre amène le Christ dans ce cadre d’une manière très importante quand il s’assoit et parle longuement avec un couple qui est venu à lui pour les guider sur la façon de se marier. Son absence intentionnelle de cet important moment de la préparation, du fait qu’il ne soit pas soi-disant qualifié et par conséquent pas le bienvenu dans cette formation, serait un désastre pour la paroisse.

Quand une paroisse lance une collecte de fond, le conseil donné par les professionnels est que l’investissement personnel de la part du prêtre est vital pour le succès de la collecte. Plus il en parle avec des gens, plus il récoltera de l’argent. C’est pareil si le prêtre dit au début : « Je ne connais rien aux collectes de fonds. » Il peut apprendre vite, et les résultats vont montrer à quel point l’effort va payer.
 

La même chose s’applique à la préparation au mariage. Le succès dans ce cas ne peut pas être mesuré en dollars récoltés mais plutôt en nombre de couples bien formés qui entrent dans le mariage avec une vraie connaissance de la beauté de ce sacrement et l’assurance que Dieu va les assister à chaque moment de leur vie pour vivre fidèlement selon leurs vœux et selon leurs devoirs en tant que mari et femme.

Samedi 14 juillet 2018

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/07/14/the-priests-role-in-marriage-preparation/

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*Image : Les Fiançailles de Raphael et de la nièce du cardinal Bibbiena par Jean-Auguste-Dominique Ingres, c. 1814 [Walters Art Museum, Baltimore, MD, Etats-Unis]

Le Révérend Gerald E. Murray, J.C.D. est un avocat ecclésiastique et le curé de la paroisse « Holy Family Church » à New York aux Etats-Unis.

Messages

  • Cette déclaration du card. Farrell est inquiétante. Outre tout ce qui le P. Murray, le prêtre est le docteur de la finalité. Il n’a pas lui-même l’expérience de la vie conjugale, mais il est et reste celui qui garde le célibat en vue du Royaume, c’est-à-dire de la fin ultime de tout personne, homme ou femme, marié ou non. Les "bonnes pratiques" sont sûrement bonnes, mais elles disent le comment, pas le "en vue de quoi". Or chacun a besoin de garder le cap, de se rappeler ce pour quoi il est fait ultime ment, et c’est là-dessus qu’il peut, pour lui et pour son couple, faire le discernement personnel auquel appelle le Saint-Père dans Amoris Laetitiae par exemple (il ne s’agit évidemment pas de libre examen, mais du choix d’une conscience éclairée par l’enseignement de l’Eglise et par une anthropologie réaliste sérieuse - et qui peut prétendre qu’il n’est pas besoin de prêtre pour cela ?) La réponse du cardinal est un peu trop pragmatique. Ce n’est pas parce qu’il y a peu de prêtres qu’il faut se passer d’eux pour une étape aussi essentielle !

  • Assurément, les couples chrétiens mariés ont un rôle à jouer dans les préparations aux mariages. Notamment en ce qui concerne la transmission des "bonnes pratiques" (une des nombreuses tartes à la crème du New management...).
    Cependant, le pivot central du mariage chrétien est - et doit rester - le prêtre. Du moins, tant que l’Eglise considèrera que le mariage est un sacrement.
    Il faut, bien sûr, que les prêtres soient formés en conséquence.
    Prétendre que les prêtres seraient disqualifiés du fait de leur état de célibataires est une ânerie (pardonnez-moi, votre Éminence).
    Il n’est pas nécessaire d’avoir été pauvre pour s’occuper correctement des pauvres, ni d’avoir été soi-même illettré pour savoir donner des cours d’alphabétisation !
    On ne demande pas non plus aux médecins d’être des malades pour soigner efficacement leurs patients...

  • Sur l’enseignement de l’Eglise à propos de la nature et du but du mariage, le père G. Murray évoque une réalité : "les prêtres passent des années au séminaire pour acquérir une connaissance profonde de cet enseignement et la manière d’expliquer cette vérité et cette valeur aux personnes de notre temps..." et "ils sont censés partager cette formation doctrinale avec les laïcs". Voilà les assertions de Farrel - tout cardinal qu’il soit - pulvérisées d’un trait de plume trempée dans l’enseignement de Jésus : Christ n’a-t-il pas donné valeur de sacrement à l’union - ou mariage - d’un homme et d’une femme ?... Et Murray de rappeler que les lois sociales rejettent l’enseignement de Christ sur le mariage soulignant justement que "le prêtre a un rôle important pour expliquer aux couples à quel point ce dans quoi ils s’engagent est sérieux". Suivent des propos remarquables sur "la paternité spirituelle des hommes ordonnés". Il n’est pas interdit d’arriver à se demander s’il ne serait pas souhaitable, voire urgent, que des pasteurs hauts dignitaires de la hiérarchie réintègrent, parfois, le séminaire pour le plus grand bien de leur troupeau.

    Ce billet de Gerald Murray sur le double aspect : mariage et rôle du prêtre à cette fin mérite que l’on s’y arrête - gardant toutefois à l’esprit que le prêtre ne marie personne, que ce sont un homme et une femme qui se marient devant le prêtre témoin et lien entre eux et le Seigneur.

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