Le retour de l’inflation

lundi 30 juin 2008

Le retour de l’inflation

On croyait l’inflation vaincue. Elle fait un retour en force. Les chiffres sont accablants : 3,2% de hausse des prix en France en un an, 3,7% dans la zone euro, 4,2% aux États-Unis. Aucun pays n’est épargné : « Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ». 15,1% en Russie, 7,7% en Chine, 11% en inde. Du jamais vu depuis plus de vingt ans. Les ménages ont le sentiment que la hausse est encore plus forte, car ils sont sensibles à certains dérapages : les prix du fuel ont progressé de 47,5% en un an, ceux du lait ou des œufs de 13,6%, ceux du pain de 9,6%.

Faut-il s’en inquiéter ? C’est que l’inflation est une drogue : facile à attraper, difficile à soigner. Les familles subissent de plein fouet cette hausse, qui s’attaque à un pouvoir d’achat déjà bien entamé : cette année, selon l’INSEE, la hausse des prix devrait dépasser celle des revenus.
Mais c’est toute l’économie qui est fragilisée par l’inflation. Certes, il est normal qu’il y ait des prix qui montent, pour indiquer les raretés (comme le pétrole) ; il est normal qu’il y ait des prix qui baissent, pour indiquer les secteurs où l’on produit trop : ce sont les signaux de prix qui indiquent nos choix et orientent les entreprises. Ce qui n’est pas normal et représente une maladie économique, c’est lorsque la majorité des prix est en hausse : c’est cela, l’inflation. Dans ce cas, les signaux envoyés par les prix (des « vecteurs d’information » comme disait F. Hayek) sont totalement brouillés. On ne sait plus les interpréter, donc on ne sait plus quels sont les choix des clients et les entreprises sont déboussolées : elles risquent de faire de mauvais choix, ou d’attendre des jours meilleurs ; à terme, c’est toute l’économie (croissance, emploi) qui est touchée.

Il faut donc lutter contre l’inflation. Mais pour soigner, il faut connaître les causes de la maladie. Il faut d’abord écarter les fausses pistes. La plus ancienne est la fixation autoritaire des prix par l’État (le « contrôle des prix ») : on interdit la hausse des prix ; cette politique a eu partout les mêmes résultats : les produits disparaissent aussitôt, et réapparaissent au marché noir ; c’est la pénurie sur les marchés ; comme on disait dans les pays de l’Est, qui pratiquaient cette politique, « ce n’est pas cher, mais il n’y en a pas ». Autre mauvaise politique, le « freinage keynésien » (du nom de l’économiste Keynes) : on réduit à tout prix la demande par exemple en réduisant l’investissement ; ce faisant, c’est la croissance économique qu’on condamne.

En réalité, il y a deux causes à l’inflation. La première est monétaire : l’excès de création de monnaie, au-delà des capacités de production, se traduit en hausse des prix, « trop de monnaie chassant après trop peu de biens ». En ce moment, dans la zone euro, la masse monétaire (M3) augmente de 11 % par an. Contrairement à ce qu’on pense, la Banque centrale européenne est donc trop laxiste. La quantité de monnaie ne devrait pas progresser de plus de 5% par an : l’excédent n’est que du vent : il n’y a pas de richesses réelles en face.
L’autre cause de l’inflation, c’est l’in­suffisance de la concurrence, car la concurrence fait baisser des prix. En France, de nombreuses professions refusent de s’ouvrir à la concurrence, y compris en manifestant bruyamment. Or la vie économique ne doit pas fonctionner pour les professionnels, mais pour les clients, c’est-à-dire nous tous.

Le retour à la stabilité des prix est à ce double prix : rigueur monétaire et concurrence accrue.

Jean-Yves NAUDET
professeur à l’université Paul Cézanne (Aix-Marseille III), président de l’association des économistes catholiques

Messages

  • Monsieur Naudet a beau être professeur d’économie et président des économistes catho, son "analyse" est un peu courte car plus idéologique que pédagogique. On est loin des excellents articles de notre vieux professeur Jacques Lecaillon qui cherchait d’abord à expliquer et à laisser le lecteur exercer son libre arbitre et dont nous regrettons beaucoup l’absence dans le journal. Jacques Lecaillon est un vrai libéral, curieux de l’opinion des autres, friand de véritables débats et ne s’enferme pas dans aucun prêt à penser idéologique.

    Jean-Yves Naudet assène en effet ses vérités. Autant que j’ai pu en juger, il est d’abord réac’ et plus proche de Famille chrétienne que de France catho.

    J’ai en effet eu l’occasion de le lire des années durant et de juger par exemple de son anticommunisme primaire.

    Pour revenir à son article, il ne dit rien de la spéculation qui se porte, aujourd’hui, sur le pétrole et les matières premières (y compris les denrées alimentaires) et qui sont la cause de la chute que traverse les principales places boursières ; c’est aussi une des cause de l’inflation.

    L’inflation est un phénomène très complexe, qui a une multitude de causes, et ne saurait se réduire, même pour le plaisir de polémiquer, aux deux causes qu’avance le professeur Naudet.

    Quand à la concurrence, il faut s’en méfier : d’abord parce que ce n’est pas très chrétien, du moins il me semble : cette pratique n’est-elle pas synonyme de rivalité (mimétique) ? ensuite parce que la multiplication des supermarchés n’est pas forcément une bonne chose pour l’environnement, la société et les personnes qui la composent (clients mais aussi employés notamment).

    Ce genre d’articles n’a à mon avis pas grand chose à faire dans notre journal même en pages Débats car, si les réponses adéquates sont apportées, le ton général pourrait bientôt devenir désagréable, ce qu’on ne s’attend, encore une fois, pas à trouver à France Catho.

    Patrick LE ROUX

  • J’aurais beaucoup à répondre aussi à Jean-Philippe Delsol qui s’en prend, dans vos récentes colonnes Débats et sur votre site internet, au colbertisme, comme si les décisions de gouvernement qu’on range sous cette appellation étaient systématiquement des crimes contre la raison et l’efficacité. En toute chose, il faut savoir raison garder, c’est-à-dire, en général, voir les deux versants d’un problème. Ce que, à propos des re­traites, Jacques Bichot m’a semblé faire plus (votre n° 3122) que le professeur Garello lui répondant indirectement (votre n° 3125). Pour en revenir au colbertisme, on sait bien qu’en certaines occasions seul l’État est à même de prendre des décisions que le marché ne prendra jamais, faute de vues à long terme. Ce sont les futaies voulues par Colbert qui ont permis à Louis XVI de faire les vaisseaux qui ont gagné la guerre d’Amérique ou, plus près de nous, c’est l’État qui a décidé d’équiper la France de ces centrales nucléaires dont on se rend compte aujourd’hui combien elles nous protègent des folies du libre marché de l’énergie. On ne peut que regretter que l’État ait ensuite baissé les bras en ce domaine des grands équipements, comme le nucléaire ou la commande de trains par une peur mal raisonnée des déficits publics…

    À qui fera-t-on croire qu’il est pos­sible de commercer avec la Chine, la Russie, les pays arabes ou même les États-Unis, voire l’Allemagne, sur les seules bases de la libre concurrence économique ? Il y a chaque jour un fait d’actualité qui dément cette vision idéaliste de l’économie et de la politique.
    Monsieur Attali, auteur d’un rapport provocateur et vain, est un esprit fumeux qui se fait le propagandiste d’idées à sens unique pour des motifs douteux. Il agite le chiffon rouge face à des gens qui font honnêtement leur métier, et le gouvernement installé par Nicolas Sarkozy aura d’autant moins à y gagner électoralement qu’on sait bien qu’il re­culera le plus souvent à la moindre alerte.
    La « libre concurrence » est, pour certains, une idéologie, c’est-à-dire un concept qui ne s’applique jamais à la société réelle sans distorsion ni douleur. Pour l’anecdote, la suppression du « menu conventionné » des petits restaurants par Ray­mond Barre n’a pas fait baisser le prix des repas mais a fait disparaître nombre de bonnes adresses populaires, la libération du prix du pain a transformé celui-ci en un produit de luxe - en faisant la fortune toute provisoire de certains boulangers - alors que, soit dit en passant, les obligations sociales (fermeture obligatoire d’un jour par semaine, 35 heures…) ne pèsent pas également sur tous ceux qui vendent du pain… Non vraiment : l’économie est une chose trop sérieuse pour laisser les économistes en parler aussi légèrement et il y aurait trop de choses à répondre à chaque affirmation de votre polémiste.

    Par ailleurs, je voulais aussi répondre à M. Zeller qui s’en prend à la sainteté présumée d’Edmond Michelet, notamment sur le thème de la peine de mort. Mais, là aussi, je renonce à développer. Je ne suis pas sûr, en tout cas, que saint Louis était opposé à la peine de mort. Et je suis persuadé que Bastin-Thiry, le jeune officier qui a été fusillé pour avoir tenté d’assassiner le général de Gaulle au Petit-Clamart était, à sa manière, une sorte de saint également. M. Zeller fait donc fausse route. Certes, notre saint pape Jean-Paul II était pacifiste et totalement opposé à la peine de mort. C’est une des raisons de sa sainteté. Cela dit, Jacques Fesch aurait-il jamais eu une chance de monter sur les autels s’il n’était d’abord monté à l’échafaud ? Je vois de plus en plus de gens, et parfois des chrétiens engagés dans des associations défendant les droits de l’homme, qui sont persuadés que la peine de mort est un péché absolu pour le juge ou le législateur… alors que l’avortement ne leur semble pas si grave. Que ce soit en efficacité économique ou en morale politique, il est toujours assez ridicule de ne prendre le problème que par un seul aspect des choses.

    Patrick LE ROUX

  • Le grand économiste et catholique François Perroux disait qu’ il n’y a pas d’économistes catholiques mais des catholiques qui font de l’économie... Une précision sage que même un extrémiste hayékien devrait méditer.

    Edmond Frack

  • L’article de Jean Yves Naudet est très économiquement correct.Le retour de l’
    inflation est très relative et est d’origine externe si bien que l’augmentation des
    taux d’intérêts décidée par M.Trichet
    sera néfaste d’abord pour les pays les
    plus atteints par la crise immobilière et financière.Ce regain d’inflation ne
    gène que la rentabilité du capitalisme
    financier et de toute façon les autres
    continueront de s’appauvrir et cela
    dans tous les pays de l’UE à des degrés divers.

  • La photo de M. Camdessus en page 9 du numéro 3127 est bien représentative du pharisaïsme d’un certain milieu catholique technocratique qui a investi les grandes organisations internationales et ne jure que par le multilatéralisme, l’Europe etc. : La politique dogmatique de M. Camdessus, dénoncée entre autres par E. Todd, a provoqué des catastrophes en Argentine, au Brésil et ailleurs, néanmoins il fait aujourd’hui la cour au Vatican pour être reconnu comme le pape de la doctrine sociale de l’Eglise.

    heureusement, malgré l’omniprésence du personnage, le Vatican ne partage pas nécessairement toutes les idées du FMI et de la Banque mondiale.

    Camdessus est un ardent partisan du libéralisme mondialisé, pardon « globalisé ». On sait ce qu’en aurait dit Bernanos.

    Roland

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