Le regard de Cheyenne-Marie Carron

par Gérard Leclerc

jeudi 22 octobre 2015

On parle beaucoup du racisme. C’est parfois obsessionnel. Je ne prétends pas que c’est toujours mal à propos, mais j’ai parfois un sentiment de gêne. Je n’ai pas l’impression que mes compatriotes soient particulièrement racistes et, que l’on me pardonne, même ceux qui votent pour le Front national. Certes, il faut craindre certaines dérives et il y a toujours danger à jouer sur certains ressorts au risque d’entraîner des ressentiments à l’égard de certaines catégories. Mais d’un autre côté, il y a aussi des pièges du côté de l’anti-racisme, qui finit par être une provocation au racisme, à force de toujours envisager les situations selon les mêmes schèmes idéologiques. Je reconnais qu’il n’est pas aisé de toujours trouver la bonne attitude, le bon regard, celui qui n’ignore rien des tensions inhérentes à certaines cohabitations, sans entrer dans une logique de refus et d’exclusion.

C’est pourquoi j’apprécie beaucoup le regard de Cheyenne-Marie Carron, qui, dans son dernier film, intitulé Patries affronte avec une réelle audace les problèmes liés à l’immigration, à l’intégration et à la cohabitation sociale. Ce regard est fondamentalement bienveillant, ce qui ne veut pas dire qu’il se cache certains aspects de la réalité. La réalité, elle y plonge littéralement en nous entraînant dans une banlieue dont la population est massivement d’origine immigrée. Et le problème d’intégration est d’abord celui d’un jeune homme, venu de sa campagne française, qui doit trouver sa place dans un milieu de jeunes Noirs. Le tableau est tout en nuances, la violence n’y est pas absente, puisque l’intéressé sera l’objet d’une agression très dure. Mais le regard se déplace, et c’est le débat intérieur d’un jeune Camerounais qui s’offre à nous, avec la nostalgie du pays natal. Nostalgie qui entraînera finalement un retour sur cette terre d’Afrique, où il se pense appelé pour réaliser sa vocation profonde.

Notre amie Marie-Noëlle Tranchant écrit dans Le Figaro : « Loin des stéréotypes sur l’immigration, Patries, nous donne à voir et à sentir ce qui est charnellement vécu. » On ne saurait mieux dire. Loin des débats politiques et idéologiques habituels, le film nous permet de mieux comprendre des questions humaines, à hauteur d’homme. Quel dommage que Patries ne soit pas mieux diffusé dans nos salles obscures… [1]

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 22 octobre 2015.


L’avis de Marie-Christine Renaud d’André

Patries

Dès son arrivée dans une banlieue à forte population d’origine africaine, Sébastien se lie d’amitié avec Pierre, un Camerounais.

Grâce à l’argent gagné avec la vente des dvd de L’apôtre, la cinéaste a financé ce film passionnant, sans l’aide de personne. Sans manichéisme, elle décrit le racisme anti-blanc, puis la quête d’identité d’un jeune d’origine africaine. Malgré des longueurs et des dialogues pas toujours audibles, ce beau film est d’une grande richesse humaine.

La tendresse familiale et la foi sont des soutiens indéfectibles pour les deux héros.

Comédie dramatique française en NB (2015) de Cheyenne Marie Carron, avec Augustin Raguenet (Sébastien), Jackee Toto (Pierre), Sylvia Homawoo (Victoria), Anne-Dorothée Lebard (la mère) (1h57). (Adolescents) Sortie le 21 octobre 2015.


[1Il est projeté à Paris au cinéma Le Balzac.

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