Le principe fondamental des progressistes

David Carlin, traduit par Bernadette Cosyn

vendredi 10 juin 2022

La licorne se repose dans un jardin (ou La licorne captive), artiste inconnu, 1495-1505
[MET, New-York]

Je doute que beaucoup de gens soient d’accord avec moi. Je le dirai quand même.

Je soutiens que la valeur fondamentale de la gauche politique américaine est, et elle l’a été depuis environ un demi-siècle, la liberté sexuelle. Toutes les autres valeurs de la gauche – toutes secondaires ou dérivées – en découlent.

La valeur secondaire la plus évidente est l’avortement. Si la culture américaine veut inclure la liberté sexuelle comme valeur suprême, n’est-il pas évident que nous aurons besoin d’un droit quasi illimité à l’avortement ? Car des « erreurs » vont survenir – même dans une société flottant sur un océan de contraceptifs. Si nous sommes incapables de corriger de telles erreurs avec l’avortement, cette incapacité aura un « effet dissuasif » sérieux sur la pratique de la liberté sexuelle.

Cela explique pourquoi la gauche est si terriblement affectée en ce moment par la possibilité – et même la probabilité – que la Cour Suprême confirme la loi du Mississippi interdisant l’avortement après quinze semaines de grossesse.Car une limitation de la liberté d’avorter est, pratiquement parlant, une limitation de votre liberté de coucher n’importe quand avec n’importe qui.

Pis encore (pour les progressistes), dans le cas du Mississippi, il semble fort possible que la Cour Suprême aille jusqu’à casser l’arrêt « Roe contre Wade », la décision infâme de 1973 qui a créé un droit légal quasi illimité à l’avortement – même s’il a fallu tordre la Constitution des Etats-Unis pour inventer ce droit. En outre, en déclarant qu’il y a un droit constitutionnel à l’avortement, la Cour a en fait déclaré qu’il y avait un droit moral à l’avortement.

Pourquoi ai-je dit cela ? Parce que les Américains ont depuis longtemps pris l’habitude de penser que les droits trouvés dans la Constitution sont des droits moraux pré-constitutionnels – ou des « droits naturels » comme les auraient appelés Thomas Jefferson et John Locke. Bien plus, les Américains ont depuis longtemps pris l’habitude de penser que les droits moraux/naturels sont des droits « donnés par Dieu ». Et ainsi, quand la Cour a déclaré que le droit à l’avortement est un droit constitutionnel, beaucoup de gens ont pensé assez naturellement que cela signifiait que l’avortement était un droit donné par Dieu.

Une autre valeur secondaire pour les progressistes est que la contraception devrait être immédiatement disponible – pas seulement pour aider les parents mariés à espacer les naissances, mais bien plus important, pour faciliter la fornication parmi les gens non mariés et l’adultère parmi les gens déjà mariés. Bien mieux, la contraception devrait être payée par le gouvernement, c’est-à-dire par les contribuables.

L’avortement également, selon eux, devrait être payé par les contribuables – même ceux d’entre eux qui sont suffisamment non-progressistes pour considérer l’avortement comme un homicide.

Pour finir, une autre valeur secondaire de la gauche est l’éducation sexuelle dans les écoles publiques. Pas une sorte d’éducation sexuelle timide, limitée, « uniquement biologique ». Non, de l’éducation sexuelle « exhaustive » – de la sorte qui garantira que les gamins savent comment utiliser des préservatifs et se procurer des avortements et qu’ils approuveront la fornication, l’avortement et l’homosexualité et comprendront que désapprouver l’homosexualité ou le transgenre est du fanatisme, un proche cousin du racisme.

Les gauchistes objecteront au compte-rendu que je viens de donner. « C’est sûr » protesteront-ils, « nous accordons de la valeur à la liberté sexuelle et aux choses qui en découlent (droits à l’avortement, contraception, éducation sexuelle, etc.). mais nous accordons de l’importance à beaucoup d’autres choses à côté, par exemple, la justice raciale, l’aide aux pauvres, l’élimination de la violence par armes à feu, la protection de l’environnement, la fraternité universelle, la paix mondiale et la préservation de notre démocratie américaine actuellement en danger. »

Oui, la gauche est en faveur de ces choses – ou du moins elle prétend l’être. Mais je me suis rappelé d’une observation très avisée que fait Aristote dans son « Politique ». Il dit que dans les luttes au sein de la grande cité-état entre le parti des oligarques et celui des démocrates, le parti oligarque serait sage de prétendre être très préoccupé par les intérêts des pauvres et le parti démocrate serait avisé de prétendre être très préoccupé par les intérêts des riches.

Mon assertion est que l’engagement de la gauche sur ces valeurs non sexuelles est, au moins dans une large mesure, affaire de prétexte, aveuglement et signe affiché de vertu.

Si la gauche se souciait vraiment d’égalité raciale, elle se concentrerait sur des choses comme l’épidémie d’enfants sans père chez les noirs, les crimes et la violence chez les jeunes hommes noirs et elle ferait la promotion de chèques-formation pour les filles et garçons noirs, surtout pour ceux que le destin a condamnés à vivre dans le ghetto. A la place, ils disent aux noirs que leurs malheurs sont dus aux racistes blancs actuels, surtout les policiers racistes.

Si la gauche était réellement soucieuse de la violence par armes à feu, elle se focaliserait sur la confiscation des armes aux criminels, la multiplication de policiers dans les quartiers à haut taux de criminalité par armes à feu et à une punition sévère pour quiconque commet une agression à main armée. Au lieu de cela, elle se concentre sur l’interdiction de vente de prétendus fusils d’assaut aux propriétaires d’armes à feu respectueux des lois. Beaucoup à gauche rêvent, de manière tout-à-fait irréaliste (savent-ils dans quelle nation ils vivent ?) du jour où ils pourront faire de l’Amérique un pays sans arme à feu.

C’est dans la nature humaine, je suppose, que de souhaiter être vertueux – ou au moins de souhaiter paraître vertueux. Par le passé, quand presque tout le monde était chrétien, un bon moyen de vous prouver à vous-même que vous étiez vertueux était d’être chaste. Et ainsi vous vous absteniez de relations sexuelles hors mariage. Ou si vous étiez incapable de résister, vous vous sentiez coupable de votre péché ; c’était un moyen de vous assurer qu’en dépit de vos écarts de conduite, vous étiez profondément en faveur de la chasteté. Si vous étiez catholique, vous pouviez même confesser votre péché à un prêtre.

Mais nos gauchistes ont depuis longtemps abandonné l’idée que la chasteté puisse être une vertu. Aujourd’hui, ils la voient plutôt comme un vice. Et donc, pour se prouver à eux-mêmes qu’ils sont vertueux, ils proclament à toute heure : « regardez-nous. Nous haïssons le racisme, les armes à feu, le réchauffement climatique. Quelqu’un peut-il nier que nous sommes vraiment vertueux ? Vive la liberté sexuelle ! Oh, à propos, vive la justice sociale ».


Voir en ligne : The Catholic Thing

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.