Le pouvoir des catholiques ?

par Gérard Leclerc

mardi 20 décembre 2016

Le sujet est à la mode, tous les hebdos s’y sont mis les un après les autres. Dernier en date, L’Obs qui titre à la une : « Le pouvoir des catholiques ». Des catholiques qui se seraient réveillés après quelques décennies sinon de sommeil, disons de latence. Les experts donnent leur avis. J’ai retenu celui de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP : « Tout a changé à partir du moment où les catholiques se sont sentis devenir minoritaires et où ils ont estimé que leur modèle de famille traditionnelle était remis en question. » Ce type d’interprétation ne me convainc qu’à moitié. Il entérine l’idée d’un milieu social, plutôt bourgeois, que l’on identifie au public versaillais. Le nom fait image. Mais il cristallise en terme de classe un catholicisme qui me paraît infiniment plus complexe qu’on le dit.

Ce n’est pas pour protéger un modèle social qu’un million de personnes a envahi les rues de Paris. Après tout, le mariage dit pour tous n’empêche pas que se perpétue le mariage religieux, qui pourrait bien se retrouver symboliquement revalorisé, dès lors que le mariage civil a perdu sa signification anthropologique fondamentale. Ce n’est donc pas un réflexe d’auto-défense qui a prévalu, mais bien plutôt un réflexe altruiste, au service de la société toute entière dont l’équilibre repose sur la complémentarité induite de la différence sexuelle. Par ailleurs, il est possible qu’un certain milieu social souffre des défauts mis en évidence par la jeune romancière Solange Bied-Charreton dans Les visages pâles (Stock). Il est vrai que la cause du mariage ne saurait être dissociée d’autres causes sociales qui n’ont pas encore provoqué de militance particulière en dépit des appels du pape François.

Mais en même temps, on ne saurait sous-estimer la disponibilité d’un milieu social qui continue à faire preuve d’une singulière générosité dans le domaine caritatif. Un domaine qui n’appartient pas exclusivement aux cathos dits de gauche. Je le constate autour de moi. Le réveil des catholiques ne correspondrait-il pas, au-delà des circonstances ponctuelles, à la nécessité de prendre résolument parti dans un monde qui a changé profondément et qui réclame des formes d’engagement nouvelles à inventer d’urgence ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 20 décembre 2016.

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