EUROPE

Le poids de la France

par Yves La Marck

jeudi 9 mai 2019

Ouverte le 3 mai, la campagne des élections européennes du 26 mai prochain est d’abord un exercice d’humilité : la France compte relativement peu dans l’appareil institutionnel de l’UE.

La Journée de l’Europe le 9 mai le rappelle : la construction européenne a été essentiellement une affaire française, à laquelle le nom de Robert Schuman reste indissociablement attaché. Avec lui, beaucoup de hauts-fonctionnaires, plus ou moins connus, y ont consacré l’essentiel de leur carrière. La majorité des critiques naguère adressées à l’Union en Europe visaient d’ailleurs en réalité celle-ci comme une construction intellectuelle et administrative française. Cette prépondérance, moins politique que culturelle, a duré jusqu’à Jacques Delors, qui a présidé la Commission de 1985 à 1995. Michel Barnier est le dernier représentant de cette tradition qui, à travers la démocratie-chrétienne et le gaullisme social, a conçu l’Europe.

Renouvellement à l’automne
Deux fois commissaire européen, ministre français des Affaires étrangères auquel Chirac a fait porter la responsabilité de l’échec du référendum de 2005, Michel Barnier est revenu sur le devant de la scène à Bruxelles comme négociateur en chef du Brexit. Faisant de l’ombre au triumvirat Juncker-Tusk-Mogherini à la tête de la Commission, du Conseil et des Affaires étrangères de l’Union. Mais Michel Barnier ne s’est pas porté candidat à la présidence de la Commission, sa formation, le Parti populaire européen, en ayant choisi un autre. Il peut néanmoins être un candidat de compromis en cas de majorité insuffisante et de la nécessité d’alliances de dernière heure.
L’un des tout premiers enjeux des élections du 26 mai sera ainsi le remplacement des trois responsables de Bruxelles qui doit intervenir à l’automne. Même si le système dit des Spitzenkandidaten – têtes de liste –, introduit en 2014, n’a pas été officiellement entériné, chaque coalition au Parlement européen a désigné un chef de file qui, en cas de victoire, devrait devenir, quasi-automatiquement, le président de la future Commission, à la place du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Cela a été regardé comme un progrès démocratique, mais les élus français n’ont pas été en capacité de peser sur ces choix car ils ne sont que 73 sur 750. Et ils sont trop dispersés entre les groupes pour peser sur l’un ou l’autre.

Des Français trop dispersés
Ainsi, les élus LRM ne sont pour l’instant rattachés à aucun groupe, pensant créer leur propre formation à Strasbourg. Ils se retrouveront peut-être avec les Libéraux, qui pourraient néanmoins comme groupe charnière faire l’appoint d’une majorité. Les Républicains sont une infime partie du PPE, peut-être une dizaine d’élus sur 180. L’aura de Marine Le Pen ne lui a pas permis de prendre la tête du mouvement de convergence des formations à la droite de la droite, qui obéit à l’impulsion du chef de la Lega italienne, Matteo Salvini. Quant aux « Verts », ils sont depuis longtemps dynamisés par les Grüne allemands.
Le système des quotas par État membre a également limité l’accès de nationaux français aux concours de recrutement de la fonction publique européenne. Les postes de direction doivent respecter une parfaite égalité. Au sein de la Commission, chaque État membre, quelle que soit sa taille, dispose d’un seul portefeuille. Il y a un commissaire français – actuellement Pierre Moscovici – comme il y a un commissaire maltais ou chypriote. La négociation ne peut guère porter que sur l’importance du secteur qui lui est dévolu. Moscovici a ainsi la notable responsabilité budgétaire.
La disparité entre la volonté du gouvernement français de peser sur les décisions européennes et la faiblesse de sa représentation, tant au Parlement qu’à la Commission, empêche que notre pays soit entendu et atteigne ses objectifs.

Messages

  • Comment pouvez vous écrire que la construction européenne est essentiellement une affaire française ? Oui ! Il faudrait préciser une affaire américaine et mondialiste menée par les américains avec la complicité de ces "2 pères fondateurs" copieusement subventionnés par les USA
    Est-il possible que des journalistes, en plus catholiques dont le devoir est non seulement d’informer mais d’informer HONNETEMENT ignorent ou veulent ignorer ou dissimuler ce que plus personne n’a le droit d’ignorer et surtout pas ceux qui sont chargés d’informer.
    Avant de faire pareil titre, je vous conseille de lire l’ouvrage TRES DOCUMENTE de P. de Villiers à moins que vous ne l’ayiez lu et veuillez l’ignorer et le faire ignorer.
    Votre devoir de catholique est justement de lutter contre l’hydre mondialiste le plus grand ennemi du catholicisme.

  • "Cette prépondérance, moins politique que culturelle, a duré jusqu’à Jacques Delors qui a présidé la Commission européenne de 1985 à 1995. Michel Barnier est le dernier représentant de cette tradition qui, à travers la démocratie chrétienne et le gaullisme social, à conçu l’Europe". De quelle "prépondérance" s’agirait-il qui finit par disparaitre ? Et devrait-on comprendre (en disant les choses autrement) qu’alors nait une "autre" Europe qui s’inscrit dans le sillage d’un Konrad Adenauer et d’un Charles De Gaulle ?
    En tous cas, le fait de mentionner Jacques Delors et Michel Barnier invite, sinon encourage à comprendre que l’Europe est bien une affaire française. Comme il est permis de douter que ce n’est pas sur ces quatre personnalités que des dollars US par poignées auraient eu ni auraient la chance de tomber...

  • Nécessairement, mathématiquement, les Français étaient nombreux — en proportion — à l’aube de la construction européenne à se presser autour des fonts baptismaux.
    Pourtant, ils n’étaient que les “petits télégraphistes” des intérêts atlantistes !

    Il est presque de commune renommée, aujourd’hui, que les "services" U.S. étaient les vrais parrains de ce qui est devenu par la suite l’Union européenne. Une intense propagande a brouillé, dès les origines, puis par la suite, la compréhension des enjeux réels de cette construction.
    Les Pères fondateurs avançaient masqués derrière leur étiquette rassurante (et pourtant doublement mensongère — l’avenir le démontrera) de Démocratie Chrétienne...

    Tout le monde, sauf M. Macron et ses godillots, est d’accord pour dire que l’Europe ne fonctionne pas (il suffit d’écouter les proclamations des pro-européens à chaque campagne des "européennes").
    Les causes fondamentales de ces dysfonctionnements résident essentiellement dans les véritables objectifs (plus ou moins occultes) qui ont présidé à la conception et à l’accouchement de cette construction européenne. La fin de toute chose est contenue dans son commencement...

    Mais, paradoxalement, et à l’instar des citoyens soviétiques qui, soixante-dix ans après l’instauration de la dictature bolchevique, imaginaient difficilement changer à angle droit leur organisation politique (certains ont gardé la nostalgie de Staline...) — une majorité de Français craignent désormais frileusement d’abandonner ce que, malgré tout, ils reconnaissent être un carcan bruxellois ! Une sorte de syndrome de Stockholm...

    La seule et unique manière pour la France de retrouver du poids en Europe — et dans le monde — est de sortir de cette construction en trompe-l’œil qu’est l’Union Européenne !...

  • Il y a quelque 3 ou 4 ans, ce sujet (l’Union Européenne) avait fait l’objet ici même d’un débat longuement entretenu. Avec le message de Réginald de Coucy, re-voilà un point de vue, donné clairement, calmement et de manière appropriée. De ce fait, le lecteur est encouragé à réfléchir sur les faits, entreprendre de sérieuses recherches sur le sujet en question et, probablement, avancer sur la façon de l’analyser et d’en débattre.

    Nul n’est obligé d’être, partiellement ni en tous points d’accord avec l’auteur d’un article, et a le droit de l’exprimer. Il y va de la qualité d’une discussion.

    Sur cette base, la question "Europe" qui est d’une brûlante actualité appelle à être plus développée pour être mieux saisie.

  • A tout cela, j’ajouterai seulement qu’il est impératif que les citoyens se déplacent pour voter le 26 mai prochain. Ceux qui veulent plus d’Europe, ceux qui veulent une "autre Europe" et, bien sûr, ceux qui sont arrivés à la conclusion qu’il faut sortir de l’Union européenne pour retrouver sa souveraineté tant nationale qu’individuelle.

    La démocratie présente une indéniable faiblesse, c’est qu’elle ne peut se maintenir en tant que telle si ceux qui sont, en principe, des citoyens ne participent pas aux scrutins.

    C’est alors qu’on voit se profiler des dérives à caractère oligarchique (lobbies, appareils politiques, cartels, mafias, etc).
    Les gens qui appellent - sur les réseaux sociaux, en particulier - à une "abstention citoyenne" sont les agents naïfs, stupides ou cyniques de cette dérive qui dépossède petit à petit le peuple de son pouvoir et de sa souveraineté.
    Certains gilets-jaunes (dénomination prise dans son sens large) commencent à comprendre les enjeux de cette participation Vs abstention mais pas tous, très loin de là, hélas. Ils confondent trop souvent le dégoût d’un système corrompu et falsificateur avec le dégoût du droit de vote.

    C’est justement ce à quoi le "système" et ses relais médiatiques s’emploient, pour entretenir et faire perdurer l’erreur de jugement et de stratégie politique qui profite au groupe qui s’est emparé du pouvoir.

    Pour ce qui concerne la liste présidentielle (liste Loiseau, pour laquelle le chef de l’Etat descend dans l’arène, au risque d’essuyer un désaveu lourd de conséquences institutionnelles), on peut faire l’hypothèse que celle-ci a fait le plein de ses voix disponibles (20-23%, si l’on accorde un quelconque crédit aux sondages).
    En effet, il y a fort à prédire que c’est peu parmi le fort contingent des abstentionnistes qu’il pourrait récolter des voix supplémentaires. Mécaniquement, donc, chaque abstentionniste repenti fera baisser le taux de la dite liste. Ainsi une très forte participation aurait des effets ravageurs sur le score obtenu exprimé en pourcentage de celui qui prétend incarner la légitimité mais n’est que l’incarnation de la légalité (et de son instrumentation).

    Il est assez vraisemblable qu’il y aurait un grand éparpillement des voix (34 listes...) en cas de très forte participation (le grand challenger RN n’en profiterait que très peu). Mais cela mettrait sous la lumière crue la nudité de celui qui, sous les acclamations courtisanes, se prend pour le roi et prétend, à ce titre, à la gouvernance absolutiste, tandis que les manants sont renvoyés par sa maréchaussée, à grand renfort de coups de triques, sur leurs ronds-points (d’où ils sont d’ailleurs également délogés !).

  • La cabine avec rideau ou "isoloir", le bulletin "plié" tombé dans l’urne transparente toutes ces précautions ne signifieraient-elles pas que le vote est sensé être une démarche intime, personnelle, discrète, même plus, secrète ? Constater, par la suite à la télé ou dans la presse les uns et les autres dire : " entre nous, moi j’ai voté pour unetelle ou untel", ou "je vous confie pour qui j’ai voté", ou encore : "pas besoin de l’ébruiter mais moi j’ai voté ci et ça", bref, avec toutes ces "confidences" ostentatoires et publiques... A quoi servent alors ces mille et une précautions ? Simple mise en scène ?... "ça finit par faire secret de Polichinelle cette histoire de voter"... disait quelqu’un.

    Non, le vote est une démarche sérieuse et responsable, il est donc impératif d’abord de savoir ce qu’est un vote blanc, une abstention etc...

    De plus, sans être légalement obligatoire, le vote ne devrait-il pas être considéré pour le moins comme un devoir citoyen pour ne pas dire un devoir moral ? Et, se référant à l’Histoire, constater comment et à quel prix le droit de vote aura été obtenu pour tout le monde... Entre droit et devoir...

    Question de conscience.

  • "La disparité entre la volonté du gouvernement français de peser sur les décisions européennes et la faiblesse de sa représentation, tant au Parlement qu’à la Commission, empêche que notre pays soit entendu et atteigne ses objectifs." Ce n’est pas exact car la proportion se réalise justement au Parlement. L’Allemagne est davantage représentée par rapport à l’Estonie, c’est évident.
    Par contre, bien sûr, un Commissaire par pays, sinon c’est vraiment ridicule, les petits pays ne pourraient s’exprimer nulle part.
    A la DG on constate une initiative de diversifier les nationalités sur les postes de "middle-management" (chefs d’unité) ; les Directeurs Généraux, c’est toujours une décision très politique et il y en a à peu près un par nation

  • Pour les concours d’accès à la fonction publique, il n’y a pas de quota en ce moment. Il y en avait par le passé.
    En 2002-2004 par exemple, il y avait des concours organisés notamment pour les travailleurs provenant des nouveaux pays membres mais c’est fini maintenant... Tous ceux qui maitrisaient alors suffisamment la langue pour passer le concours ont été admis, aucune exigence de nationalité ne jouait.
    La France doit partager la décision européenne avec 26 autres nationalités. C’est plutôt qu’elle n’a pas (encore) l’habitude de ce genre de concurrence...
    Il est dommage que trop de députés français ne soient pas la hauteur, c’est trop souvent les perdants d’autres élections qui sont repliés au P.E.

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