Le plaisir de la lecture

par Gérard Leclerc

lundi 19 mars 2018

Le Salon du livre de Paris ferme ses portes ce soir. Heureuse institution que celle-là ! La cause du livre est un des plus belles et des plus utiles qui soit. Est-il même besoin de le démontrer ? Peut-être quand même, si je comprends bien notre ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer expliquant au Figaro Magazine que le goût de la lecture se maintient assez bien dans le primaire, mais commence à se dégrader au collège où il est victime des tablettes et des smartphones. En réaction, le ministre entend bien reprendre l’initiative, en donnant une approche de la lecture moins technique. Lire est d’abord un plaisir extrêmement gratifiant, et qui ouvre à la vraie vie. Eh oui ! On parle souvent de la lecture comme d’une évasion. Sans aucun doute ! Mais cette évasion est aussi sortie de nous-mêmes pour entrer dans d’autres univers et nous pénétrer de la richesse du monde.

Bernard Pivot a bien raison, dans le même registre, de conseiller aux hommes politiques et plus généralement à tous ceux et à toutes celles qui exercent des responsabilités de lire autre chose que des ouvrages utiles à leur profession : « Romans et récits, dit-il, leur apprendraient bien des choses. Sur le clair-obscur des mentalités. Sur les raisons des volte-face et des fidélités. Sur les fiertés minuscules et les détresses inavouables. Sur le grand bazar du commerce des corps et des âmes. » L’ancien animateur de la prestigieuse émission Apostrophes, où il fut un admirable prescripteur de livres, réaffirme ainsi sa vocation dans un ouvrage co-écrit avec sa fille Cécile, et précisément appelé Lire ! (Flammarion), du nom d’une revue qu’il a longtemps dirigée.

Cela m’a rappelé une expérience personnelle. Il y a une vingtaine d’années, je projetais d’écrire un essai sur les dangers qu’encourt l’amour humain à notre époque. Je m’étais enquis pour cela d’une bonne dose de réflexion en philosophie et dans les sciences humaines. Je m’aperçus très vite qu’il me manquait de me replonger dans la réalité la plus vive des relations amoureuses. À cette fin, il me fallait me replonger dans la littérature romanesque. C’est pourquoi je m’emparais des grands classiques : Goethe et Rousseau, ceux de notre XIXe siècle, notamment Stendhal et Flaubert. Et j’allais jusqu’au XXe avec Albert Cohen. Mais la moisson était presque trop riche et je ne pouvais qu’acquiescer à ce qu’écrivait Milan Kundera du roman européen, à l’aube des temps modernes : « Par la richesse de ses formes, par l’intensité vertigineuse de son évolution (…) le roman européen n’a son pareil dans aucune civilisation. »

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 mars 2018.

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