Le père dont nous avons besoin

Père. Paul D. Scalia, traduit par Albérique

mercredi 27 janvier 2021

Saint Joseph et l’Enfant Jésus, mosaïque, Genève.
© Pascal Deloche / Godong

La plupart d’entre nous connaissent la scène évangélique d’aujourd’hui (Lc 2, 22-40) comme le quatrième mystère joyeux : la présentation au temple. Mais c’est aussi une des Sept Douleurs et des Sept Joies de Saint Joseph. Son cœur est rempli de tristesse à la prophétie de Siméon selon laquelle l’Enfant Christ « est nommé pour la chute et la résurrection de beaucoup en Israël, et pour un signe qui oppose ». En même temps, Joseph se réjouit d’entendre son Fils proclamé comme étant le « salut » du Seigneur et « une lumière pour la révélation aux païens, et pour la gloire d’… Israël ».

Maintenant, nous devrions tous nous chagriner et nous réjouir en méditant sur cette scène. Mais Joseph éprouve cette douleur et cette joie d’une manière unique : en tant que père de Jésus. En effet, son expérience de cet événement découle de et pointe vers la réalité de sa paternité.

Nous utilisons souvent divers qualificatifs pour la paternité de Joseph. Bien que précis dans une certaine mesure, ils peuvent aussi donner l’impression que sa paternité était une fiction ou un faux-semblant. Le terme « Père Terrestre » suggère une relation père / Fils limitée à ce monde. « Père Nourricier » ou « Père Adoptif » impliquent tous deux qu’à un moment donné, notre Seigneur est devenu le fils de Joseph. En fait, Joseph et Marie étaient légalement mariés au moment de la conception du Christ. Ainsi, à aucun moment de la vie de notre Seigneur, il n’était pas le Fils de Joseph.

Les Évangiles n’utilisent aucun qualificatif. Le passage d’aujourd’hui fait référence à Joseph et à Marie en tant que « père et mère » de Jésus. Plus tard, lors des retrouvailles au Temple, Notre Dame elle-même dit : « Voici, votre père et moi vous cherchions avec inquiétude. (Lc 2:48.) Deux fois, Jean se réfère à Notre Seigneur simplement comme « le Fils de Joseph » (Jn 1:45 ; 6:42.) La seule qualification dans les Évangiles est entre parenthèses : la mention par Luc de Jésus comme « le fils (comme on le supposait) de Joseph ». (Lc 3, 23) Puisque cela vient immédiatement après le baptême de Notre Seigneur, il est clairement destiné à distinguer le Père du Christ révélé au Jourdain de son père connu à Nazareth.

C’est la paternité que le Pape François souligne dans Patris Corde, son encyclique annonçant l’Année de Saint Joseph (du 8 décembre 2020 au 8 décembre 2021). Et avec raison. Comme beaucoup l’ont observé, la crise de la paternité est à la source des malheurs de notre Église et de notre nation. La trahison des pères spirituels est au cœur des scandales de l’Église. Le bouleversement de notre nation est le résultat inévitable de décennies de pères absents. Mary Eberstadt l’a appelé « la fureur des orphelins ».

La paternité de Joseph est un remède nécessaire pour ces maux. Mais d’abord, nous devons faire les choses correctement. Notre incapacité à apprécier la paternité de Joseph réside dans notre incompréhension de la paternité elle-même. Nous confinons la paternité à ses dimensions physiques et terrestres ; c’est la naissance biologique d’un enfant ou peut-être la préparation de l’enfant à la réussite dans ce monde. En fait, la plus grande part de la paternité n’est pas d’engendrer un enfant ou de le former à la réussite dans le monde. Non, c’est la transmission de la sagesse, du patrimoine et de l’identité.

Précisément parce qu’il n’est pas le père biologique de Jésus, Joseph attire notre attention sur la plus profonde et la plus importante dimension de la paternité. Il n’a pas généré notre Seigneur, et il n’y a pas quelqu’un qui siège au-dessus de lui. Mais en tant qu’époux de Marie, Joseph est en fait le père légal de Jésus, - une désignation qui a une beaucoup plus grande signification dans l’ancien Israël que dans notre culture. C’était le devoir de Joseph d’élever son Fils dans les traditions et la foi d’Israël, pour Lui transmettre les coutumes et la sagesse du Peuple de Dieu. Dans la mesure où « Jésus avançait en sagesse et en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. (Luc 2 ;52), il incombait à Joseph de Lui enseigner comment prier, de L’accompagner à la synagogue, et de Le familiariser avec les Saintes Écritures.

« Nous avons entendu de nos oreilles, Oh Dieu, nos pères nous ont enseigné, quelles œuvres Vous avez accompli à leur époque, dans les temps passés. » (Ps 44 :1) C’est merveilleux d’admirer Joseph enseignant ce verset à Notre Seigneur, l’introduisant dans le patrimoine d’Israël, dans « ce que nos pères nous ont enseigné ». Ces pères avaient transmis une identité à leurs enfants, et les avaient amené à ce qu’ils étaient – et n’étaient pas - dans le monde et dans l’histoire. La fidélité de ces pères signifiait que les Israélites se reconnaissaient comme le peuple de Dieu.

C’est précisément ce que les pères de notre culture n’ont pas réussi à faire. Ils ont pu donner à leurs enfants une certaine richesse matérielle et des conseils sur la façon d’aller de l’avant dans le monde - ou du moins comment être à l’aise. Mais pendant des décennies, les pères n’ont pas donné à leurs enfants leur identité appropriée. Ils n’ont pas réussi à transmettre le patrimoine de l’occident, de notre nation, et surtout du christianisme.

C’est en grande partie parce que ces pères avaient eux-mêmes rejeté de façon impie ce qu’ils avaient reçu. L’impiété est stérile. Puisque le passé ne signifiait rien pour eux ; alors maintenant ils n’ont rien pour l’avenir. Pire encore, le fait d’être orphelin du passé rend vulnérable dans le présent. Ainsi, ce que nous voyons dans le « réveil » est une génération orpheline, coupée de son patrimoine de sagesse et de culture, et donc la proie de toutes les nouvelles théories qui passent.

Nous avons vu le même phénomène dans l’Église. Les prêtres impies, pour qui le passé n’avait aucun sens, n’ont pas réussi à transmettre à des générations de Catholiques leur héritage légitime des enseignements et de la liturgie de l’Église. Une grande partie de notre maladie actuelle vient de cette déconnexion, de cet oubli de qui nous sommes – et qui nous ne sommes pas – dans le monde et dans l’histoire.

Il est temps d’aller voir Joseph. (Gen 41:55). De lui, le père de Jésus, nous apprenons le vrai sens de la paternité et la valeur incomparable d’un homme qui remplit fidèlement cette mission.

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À propos de l’auteur

Fr. Paul Scalia est un prêtre du Diocèse d’Arlington, Va, où il est le vicaire épiscopal pour le Clergé. Son nouveau livre est : That nothing May Be Lost : Reflections on Catholic Doctrine and Devotion (http//amazn.to/209Koer).


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