Le père Serge Bonnet

par Gérard Leclerc

mardi 22 décembre 2015

C’est par un article de Daniel Rondeau, publié hier dans Le Figaro, que j’ai appris la mort du père Serge Bonnet, une belle et grande figure de l’ordre de saint Dominique. Voilà plusieurs années qu’il vivait en retrait de toute vie publique, luttant courageusement contre la maladie d’Alzheimer. C’est d’ailleurs par Daniel Rondeau, qui fut toujours en étroite relation avec lui, que j’avais été mis au courant de la façon étonnante dont le religieux affrontait cette maladie qui met à l’épreuve la personnalité même. C’était difficile à avaler pour qui savait quel extraordinaire religieux était ce prédicateur remarquable, cet érudit, ce théologien qui assumait le prodige de côtoyer les plus grands génies de la pensée et de défendre en même temps la religion populaire, terriblement malmenée dans les années post-conciliaires.

Du côté des génies ? J’ai gardé le souvenir d’une réponse que Serge Bonnet avait faite au Nouvel Observateur à propos de la pensée chrétienne. Il avait rappelé la figure de Dom Mabillon, moine bénédictin de la branche de saint Maur, enterré dans l’abbatiale de Saint-Germain des Prés. Pour le public, même cultivé de l’époque, Mabillon c’était une station de métro et à la rigueur un restaurant universitaire. Peu de gens savaient que c’était un savant de premier ordre, qui par sa science et la rigueur de sa méthode incarnait ce qu’il y avait de supérieur dans la pensée chrétienne. Il m’est arrivé, par la suite, de parler avec Serge Bonnet du merveilleux portrait de Mabillon dressé par Blandine Barret-Kriegel, qui lui rendait enfin justice.

Fort heureusement, les éditions du Cerf ont réédité récemment, en un fort volume, les textes que le Père a écrit sur la religion populaire, celle des humbles, méprisés par les esprits forts. Il fallait que ce soit, précisément, un personnage de sa trempe, pour s’attaquer à ce sujet essentiel. Mais il avait encore bien des cordes à son arc, lui qui, comme historien, avait bâti toute une histoire de la sidérurgie lorraine, à l’heure, d’ailleurs, où elle s’effondrait. J’ai envie de dire : chapeau bas devant cet homme de Dieu, qui savait, dans sa prédication directe, toucher les cœurs, et qui montrait à quel degré d’humanité peut conduire une consécration dans le sillage de Dominique et de Lacordaire.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 22 décembre 2015.

http://france3-regions.francetvinfo.fr/lorraine/disparition-du-pere-serge-bonnet-890099.html

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2015/12/22/les-chroniques-avisees-du-pere-serge-bonnet

Messages

  • J’ai bien connu le père Bonnet au cabinet de François Guillaume (qui fut ministre de l’agriculture de 1986 à 1988). Il animait souvent les déjeuners familiers au premier étage de l’hôtel de Villeroy, rue de Varenne à Paris. Il enrichissait et ennoblissait l’esprit du cabinet.

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