Le père Bernard Bro

par Gérard Leclerc

jeudi 25 octobre 2018

On me pardonnera d’être ému, aujourd’hui, à évoquer la mémoire de mon ami le père Bernard Bro, décédé mardi à Solesmes. Ce fils de saint Dominique fut un des grands prédicateur de son temps, un magnifique serviteur de l’Église. Alors que nous vivons la dépréciation du ministère sacerdotal, il nous est précieux d’en reconnaître les grandeurs. Le père Bernard Bro avait parcouru le monde entier, il en connaissait toutes les merveilles, en artiste qu’il était, persuadé avec Dostoïevski que la beauté sauverait le monde. De ces pérégrinations il avait acquis un immense amour de l’Église : « À quoi bon gagner l’univers et amasser son grain dans tes greniers si, cette nuit-même, on te réclame ton âme ? dit l’Évangile. Je donnerais dix Rimbaud pour un évêque de la Réunion et vingt Picasso pour une religieuse mélanésienne du centre des petites prostituées de Nouméa. » Et il ajoutait : « La seule agence qui puisse unir le secret des ethnies et la part universelle de toute civilisation, la détresse de l’exigence tragique et la joie de l’âme, le sacrifice ultime et la fête : c’est l’Église. »

Ces citations sont tirées de son ouvrage de sagesse, où il livre ses confessions sur le siècle, avec ce titre étonnant, qui reflète bien son humour : La libellule et le haricot (Presses de la Renaissance). « Un haricot, mettez-lui des ailes, c’est une libellule. » Ce haïku japonais contenait toute une philosophie : « Nous avons tous le pouvoir de mettre des ailes à la réalité afin que surgisse dans l’univers ce qu’il a de meilleur, la joie de vivre. » Cela ne signifiait nullement que le père Bro ignorait le tragique, bien au contraire. Enfant, il avait perdu sa maman, et il avait quinze ans en 1940 ! Et puis, ce grand confesseur savait le secret des âmes. De toutes les âmes ! La cérémonie de sa sépulture aura lieu, lundi, dans l’abbatiale bénédictine de Solesmes, dont il aura confessé si longtemps les religieux.

La peine de ses amis ne saurait exclure l’action de grâce pour une vie si remplie, si offerte qu’il faudra remémorer pour en apprécier tous les fruits.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 25 octobre 2018.

Messages

  • Je me demandais ce qu’il était devenu...
    Grands souvenirs en direct de ses prédications à la Messe de France culture...
    Il suait...consultait son chronomètre , laissait couler le flot...
    Et ses livres...
    Oui il était de ceux qui semblaient bien connaître notre monde, ne pas vivre à côté, sous imperméable...

    Qu’il entre dans la joie de Son Maître !

  • Comment ne pas rejoindre G. Leclerc dans ce billet d’une sobriété empreint d’affection et de respect... Comment ne pas se souvenir de l’impatience avec laquelle on attendait le Père Bro avec une de ses toutes dernières petites histoires lesquelles, tout en nous maintenant les deux pieds sur terre nous élevaient pourtant au-dessus des faux-pas dans lesquels on se trouve parfois englué. Les paroles d’espérance qui ponctuaient les "homélies-sans-façon" du Père Bro étaient alors gravées naturellement (à l’époque sur VHS), et volontiers prêtées à celles et ceux qui demandaient à les visionner... jusqu’au jour où les vidéos VHS n’ont pas pu être récupérées. Après un moment de consternation - il n’est pas toujours apprécié de se voir dépouillé d’une chose à laquelle on tient - le mieux était finalement de se réjouir du fait que les mots de cet inoubliable "conteur" allaient probablement circuler et faire des heureux ; c’est comme lorsqu’on vous emprunte un bon livre qui ne vous est jamais rendu, on se dit qu’il est en circulation et c’est tant mieux, question d’être la ou le complice involontaire de la propagation de quelque chose qui en vaut la peine.

    Merci, Cher Père Bro, pour les "tours du monde" entrepris à vos côtés. Merci pour avoir tant de fois répondu "présent !" à des moments de solitude que seule une amitié vraie peu combler.

    Bernard Bro a revêtu les "ailes de la libellule" pour entrer dans la Maison du Père, maison dont il a tant de fois entrouvert la porte pour que nous y jetions un oeil curieux, amusé et oh combien rempli de la joie de l’Espérance.

  • Cher Gérard, quel plaisir de te lire, en particulier ce beau texte. Je n’avais plus de nouvelles de France Catholique ni de toi. Internet a du bon
    Patrice

  • Le père Bro, un pasteur qui ne ménageait pas sa peine ni son énergie. J’ai eu la chance de passer le mois d’août 1962 avec lui à Cordon où nous étions 2 ou 3 à reconstruire une vieille bâtisse savoyarde pour en faire une maison d’accueil. J’avais 17 ans et lui 37, et je venais de perdre mon père. Je peux témoigner de sa grande écoute. Loin de l’image d’intello théologien, un homme humble et plein d’humour. Je le revois dans sa 2 cv camionnette un peu poussive dans la côte de Sallanches à Cordon. Je remercie le Seigneur de m’avoir fait rencontrer le père Bro à un moment difficile de ma vie.
    Signé un autre Gérard qui écoute Gérard Leclerc avec délice tous les matins sur radio notre dame.

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