Traduit par Isabelle

Le parti-pris anti chrétien passé inaperçu

par Robert Royal

lundi 26 novembre 2018

Quand nous pensons aux persécutions actuelles des chrétiens, ce qui vient à l’esprit de la plupart d’entre nous ce sont des endroits comme la Chine, le Moyen Orient, ou des états parias tels que la Corée, le Venezuela, ou Cuba. Ces situations nous sont signalées occasionnellement, mais les medias laïques ne leur font pas vraiment une bonne publicité. Il nous faut surtout compter sur des publications religieuses, catholiques et protestantes, pour avoir la lourde tâche de nous tenir au courant de la situation critique de nos frères croyants dans le monde moderne.

Mais il y a une toute autre dimension de menaces contre les chrétiens qui passe presque inaperçue. Nous connaissons les pressions que les églises et les organisations religieuses – et même les simples croyants comme les fleuristes et les boulangers – subissent de nos jours en Amérique quand ils résistent aux tentatives de l’Etat ou des agences fédérales de leur imposer une nouvelle éthique sexuelle, ou de renforcer les lois sur des présumés « propos haineux », ou les partis-pris contre les croyants
Jusqu’à présent, la Cour suprême a été relativement efficace pour protéger les libertés religieuses. Et si le Président Trump – comme c’est très probable – nomme un autre juge (ou deux ?) à la Cour, qui soit attentif à la protection constitutionnelle de la religion, nous pourrons avoir au moins une assez longue protection contre l’incessant battement de tambour anti-chrétien dans les universités, les media et Hollywood.

J’étais conscient que les mêmes problèmes existaient depuis des années en Europe, où il n’y a pas, en général, les mêmes sortes de protections que celles du premier Amendement, ni les mêmes recours judiciaires. Mais je n’avais pas de véritable idée de l’étendue des problèmes là-bas – Je crois que personne ne l’avait – bien que nous ayons maintenant un outil très utile pour le mesurer.

L’Observatoire de l’Intolérance et de la discrimination contre les chrétiens en Europe, basé à Vienne, a publié en 2018 un rapport de 74 pages qui est une vraie révélation. (On peut le lire en ligne.) Ce n’est pas une simple compilation de plaintes, ou de réactions hyper-sensibles à des affrontements dans des sociétés pluralistes. Il fournit un portrait d’un problème considérable dont tous ceux qui sont attachés à la liberté, y compris la liberté religieuse, devraient être conscients.

Une des choses les plus frappantes, c’est le soin avec lequel il a été composé, en commençant par la définition des termes : « Le terme ‘intolérance’ se réfère à la dimension culturelle ou sociale, et au pire, inclue les crimes de haine contre les chrétiens ; le terme ‘discrimination’ se réfère à la dimension légale, et inclue l’ingérence dans la liberté d’expression, de religion, d’association et de réunion, de droits des parents, la liberté de contracter, la suppression par le gouvernement des symboles chrétiens, les lois qui ont un impact négatif envers les chrétiens, et l’accès inégalitaire à la justice. »

Rien qu’à lire ce passage, on est stupéfait qu’il existe de telles choses en Europe actuellement. L’Observatoire cite le pape François : il y a deux types de persécutions anti-chrétiennes. Le premier est manifeste, le genre de choses que l’on voit au Pakistan, il est claire et explicite, et indéniable. Le second est « une persécution polie….déguisée en culture, déguisée en modernité, déguisée en progrès ».

Le Rapport classe également la persécution en Europe en deux catégories avec des noms plus familiers : « restreindre » et « détruire ». Les restrictions semblent maintenant devenir un phénomène international, comme en témoignent ces descriptions (qui ont un parallèle en Amérique) : « En France, un pharmacien a été sanctionné pour avoir refusé de vendre un stérilet, qui est un appareil abortif. Les sages-femmes suédoises pro-vie qui ont refusé de participer à des avortements ont perdu en appel leur contestation de leurs licenciements, et ont dû payer les frais de justice. Une clinique catholique en Belgique a dû payer une amende pour avoir empêché des médecins d’administrer une injection létale, et une clinique chrétienne en Suisse a été obligée d’autoriser un suicide assisté sous peine de perdre son statut d’établissement de charité. »

C’est déjà assez mauvais, en effet. Mais les cas de destruction sont encore pires. Beaucoup contiennent des attaques de musulmans contre le clergé, ou contre des gens portant des croix ou d’autres signes religieux. Si vous ne tenez vos nouvelles que de la presse grand public, vous ne saurez pas grand-chose de tout cela excepté s’il se présentait un cas impossible à ignorer comme le meurtre en 2016 du père Jacques Hamel en France par deux extrémistes musulmans.

Cependant, il n’y a pas que les musulmans, et l’essentiel du rapport de l’Observatoire décrit plus de 500 cas d’intolérance et de discrimination avec des liens qui permettent de voir plus loin dans ce qui est en train de se passer.

Un des signes de la gravité de toute cette entreprise est que l’Observatoire ne se contente pas simplement de répertorier les outrages, mais qu’il fait des suggestions concrètes sur ce qui pourrait aider à contrer ce qui semble être une tendance grandissante. Il y en a deux qui m’ont sauté aux yeux comme étant cruciales dans des sociétés où les attitudes anti-chrétiennes par réflexe sont de plus en plus acceptées : « Les meneurs d’opinion doivent être conscients de leur responsabilité, et donner à leur discours public une forme tolérante ; ils devraient éviter de porter des jugements négatifs stéréotypés sur les chrétiens et le christianisme. Les artistes devraient respecter les sites et les symboles religieux, gardant à l’esprit que l’objet de leur art pourrait être sacré pour les croyants religieux. »

Ce serait déjà un gain important, bien sûr, bien que les Contempteurs culturels de la Religion ne risquent pas vraiment de prendre à cœur une telle impartialité. Pourtant, en définitive, les pouvoirs publics à tous les niveaux devront être confrontés à l’évidence le leurs propres partis-pris et de leurs méfaits. Et devront avoir honte au point de ne pas les oublier.

Dans le cas américain Masterpiece Cakeshop, notre cour suprême a noté avec justesse l’hostilité religieuse évidente déployée par les commissaires des droits civiles du Colorado envers le boulanger qui avait refusé de créer un gâteau spécial pour un mariage gay. Certains ont depuis commenté avec cynisme que ce n’était pas vraiment un succès car cela avait montré que les cours de justice n’agissaient que lorsqu’il y avait évidence de parti-pris ouvertement anti-chrétien.

C’est un avertissement bien digne d’être gardé à l’esprit, sachant que de tels cas ne manqueront pas de ressurgir. Mais nos amis européens ont eu raison d’en appeler aux gouvernements à tous les niveaux, pour avoir autorisé une discrimination subtile et – comme nous l’avons vu également aux Etats Unis – pratiqué un abus astucieux de lois anti-discrimination pour exercer une discrimination anti-chrétienne.

Ceci ne va pas être une bataille facile. Mais plus nous travaillons tous à répertorier et dénoncer les sortes d’abus qu’a identifiés l’Observatoire, plus les fanatiques anti-chrétiens auront de difficultés.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/07/02/the-unobserved-anti-christian-bias/

2 juillet 2018

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