Islam

Le pari de François

par Gérard Leclerc

mercredi 10 mars 2021

© Antoine Mekary / Godong

On me permettra de prolonger la réflexion que j’ai commencée lundi dernier, à propos du voyage du pape en Irak. Lui-même nous invite à méditer l’événement, ce qui l’a précédé et ce qui devrait le suivre, non sans se référer aux critiques que sa volonté de rapprochement avec certains responsables de l’islam peut susciter. Aux journalistes présents dans l’avion du retour, François a ainsi déclaré : « On doit avancer avec les autres religions. Le concile Vatican II a permis un grand pas. L’institution catholique a suivi. Mais il faut prendre des risques et donc subir des critiques : “Le pape n’est pas courageux, il est inconscient, il marche hors de la doctrine catholique. Il est à un pas de l’hérésie !” Ce sont des risques mais ces décisions d’avancer se prennent toujours par la prière, dans le dialogue en demandant conseil. C’est une réflexion et non un caprice, c’est aussi la ligne de Vatican II. »

En contraste avec une telle déclaration, on pourrait s’interroger sur l’énorme polémique qui concerne ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme. Le pape ne serait-il pas à côté de la plaque, alors que nos pays d’Occident sont confrontés à un véritable problème de civilisation et que leurs universités mêmes sont le lieu d’un bouleversement culturel majeur, à cause précisément de la présence de l’islam ? Et lorsque l’un de nos meilleurs spécialistes de la question, Gilles Kepel, dans son dernier livre [1] met en cause la quatrième mutation du virus djihadiste, on pourrait se demander si l’Église n’est décidément pas hors course.

Le pape, cependant, a pu constater de visu le caractère incroyable de la cruauté djihadiste. Il ne devait donc rien ignorer du défi. Mais il parie sur la possibilité de trouver des alliés chez certains dirigeants musulmans. Ce pari est-il risqué ? Je suis payé pour savoir que parmi les plus hauts responsables de la hiérarchie, il est l’objet d’un débat sérieux.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 mars 2021.


[1Gilles Kepel, Le prophète et la pandémie, Du Moyen-Orient au jihadisme d’atmosphère, Gallimard, Paris, 2021.

Messages

  • Comment aborder, lire et essayer de comprendre la démarche de François en Irak sans avoir médité sur les deux précédents articles de G. Leclerc : "Le pape en Irak"
    et "Le langage du pape en Irak" respectivement des 08 et 09 mars 2021...

    Un seul désaccord - j’allais dire reproche - à ce dernier billet de G. Leclerc : le titre. Le mot "pari" serait-il le terme le plus adapté ou le plus significatif ou encore le plus réel pour couvrir cette dernière démarche du pape en pays d’Islam ? Ce "pari" aurait-il été emprunté à G. Kepel ? Quoiqu’il en soit, une chose semble certaine : François ne s’est pas aventuré à Longchamp, ni à Ascott, ni devant la roulette à Los Angeles mais il aura probablement pris un risque. Et un risque n’est-il pas pris, généralement, quand toutes les autres options auraient échoué ? Après tout, les risques jalonnent nos chemins : risque de sortir de chez soi sans savoir si on y retournera, risque d’adresser un bonjour au voisin sans recevoir de réponse, risque de consommer un médicament qui déclencherait une allergie, risque d’accepter de se faire vacciner quand médecins, chercheurs, politiques et journalistes n’en finissent pas de se contredire sur les possibles bienfaits et méfaits des vaccins, etc. à l’infini... Pour en terminer, un risque n’est-il pas la dernière démarche lorsque tant d’autres semblent avoir échoué ? Dans ce contexte, se rend-on compte du résultat des guerres déclenchées pour, nous a-t-on dit, y "instaurer la démocratie (sous la houlette de la fiole-preuve-de destruction massive brandie par Colin Powell à l’ONU)... Par contre, G. Leclerc a raison de rappeler une réflexion de François qui démontre que le pape est conscient des "risques" accompagnés par "la prière et dialogue", quand devant un "pari" on croise seulement les doigts.

    "l’Occident est confronté à un véritable problème de civilisation... à cause précisément de la présence de l’Islam...". Cette présence serait-elle vraiment la seule cause des problèmes que rencontre l’Occident ? C’est à voir... On peut croire Gérard Leclerc concernant le "débat sérieux parmi les hauts responsables de la hiérarchie", et aussi quand il assure être "bien payé pour le savoir". Les victimes et les pays désintégrés le sont aussi...

  • juste pour un témoignage : catholique « appliquée », dirais-je, j’ai été comme appelée à alphabétiser des mineurs migrants majoritairement musulmans ; le contact a été aisé, ; j’ai annoncé la couleur : c’est en tant que catholique, pour l’amour de Jesus et Marie que je vous accueille et je priais toujours un Ave avant toute intervention ; j’zi distribué des médailles miraculeuses bien acceptées et même envoyées parfois dans les familles en détresse au loin ; Le Christ m’a aidé -sûr - pour la regularisation d’un ivoirien ;
    j’ai reçu, par le Ciel, pour Noël un fils
    , orphelin afghan chiite, à la suite d’une toute petite prière de rien du tout indiquant au Seigneur que j’avais une petite place libre dans mon coeur( mais sans penser à un garçon particulier)
    Juste pour dire que je suis la première étonnée moi même mais que je pense que le Ciel « supervise et contrôle » cette situation nouvelle et j’ai confiance.
    J’espere leur conversion et prie pour ; spécialement le petit chapelet indiqué à Monique Marie( Par les plaies de Jésus et les larmes de sa sainte Mère, doux Père, faites leur connaître votre Fils !)
    J’aime et j’adore la très sainte Trinité !

  • Ce pape est courageux, audacieux et prions pour lui !

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