Le pape et le populisme

par Gérard Leclerc

mardi 6 octobre 2020

© Antoine Mekary / Godong

L’encyclique Tous frères est désormais disponible en librairie, et chacun est donc en mesure d’apprécier sur pièce la pensée du pape. Il est vraisemblable que vu la longueur et la densité du texte, les avis des uns et des autres seront contrastés en fonction de ce qui aura le plus polarisé l’attention. Un critique à fait remarquer – et ce n’était pas un compliment de sa part – que le texte de François représentait en volume le triple de la célèbre encyclique Rerum novarum de Léon XIII, qui inaugura l’enseignement social de l’Église catholique. Cette longueur s’explique par le souci de François de donner une analyse exhaustive du monde actuel, celui de la globalisation. Le propos de Léon XIII se rapportait certes à la réalité sociale de la fin du XIXe siècle, mais il était de nature plus normative que descriptive.

La volonté de décrire le plus exactement possible la complexité de notre monde oblige le pape François à entrer dans des explications qui relèvent de différentes disciplines, avec des aspects multiples. Ainsi, on peut relever ce qui concerne le phénomène populiste jugé très péjorativement. Ce qui peut étonner de la part de celui qui fut marqué dans son pays d’origine, l’Argentine, par l’expérience péroniste que le populisme définit assez adéquatement. Mais ses pires côtés sont ressentis désormais parce qu’il consisterait dans l’exacerbation « des penchants les plus bas et égoïstes de certains secteurs de la population ».

Cependant, ce jugement très critique a sa contrepartie, parce que le pape refuse également un universalisme niveleur qui ne ferait pas sa place à la diversité et détruirait « la richesse ainsi que la particularité de chaque personne et de chaque peuple ». Le pape est également sévère à l’égard de l’effacement de « la conscience historique », celle qui contient « la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise au cours des générations ». Voilà de quoi faire réagir, notamment à l’heure où l’excellent géographe qu’est Christophe Guilluy entend montrer que la résistance populaire, solidaire de tout un patrimoine transmis, manifeste de plus en plus sa voix [1].

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 6 octobre 2020.


[1Christophe Guilluy, Le temps des gens ordinaires, Flammarion.

Messages

  • "... vu la longueur et la densité du texte les avis des uns et des autres seront contrastés...". Oui, bien sûr, comme il est tout aussi vraisemblable que si le texte était "comprimé" au maximum les critiques négatives auraient quand même fusé ici et là ; il n’est pas difficile de trouver dans la toile des objections à cette encyclique avant sa parution le 03/10/2020, laborieuses anticipations façon "tutti frutti.

    Quoiqu’il en soit, au paragraphe 6 de la présentation de ce document François souligne bien : "...les pages qui suivent n’entendent pas résumer la doctrine de l’amour fraternel mais se focaliser sur sa dimension universelle, sur son ouverture à toutes les personnes...".

    La conclusion de l’article de G. Leclerc reflète bien, en les résumant, le but et la portée de "Fratelli tutti" à lire, en effet, attentivement avant toute prise de position.

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