Traduit par Bernadette Cosyn

Le pape François s’exprime sur le célibat des prêtres

par Christopher R. Altieri

dimanche 5 mai 2019

La remarque du pape François auprès de la presse durant le vol de retour des Journées Mondiales de la Jeunesse, entre le Panama et Rome, concernant la discipline du célibat des prêtres dans l’Eglise d’Amérique Latine a reçu une grande attention dans les jours qui ont suivi. Des analyses, des commentaires et plusieurs articles explicatifs sont apparus, plusieurs d’entre eux laissant entendre que le pape a dit plus ou moins ce que les auteurs espéraient lui voir dire sur le sujet.

Sa réponse à la question donnait un petit quelque chose à tous, mais il y avait une logique discernable dans ce qu’il disait. Sa réponse mérite d’être soigneusement épluchée.

« Je préfère donner ma vie avant de changer la loi sur le célibat », a proposé François, citant le pape Paul VI sur ce point. Il aurait pu s’arrêter là, mais il ne l’a pas fait. « Elle m’est venue à l’esprit et je veux la dire parce que c’est une phrase courageuse » a continué Francis, « [prononcée] dans un moment plus difficile que celui-ci – c’était dans les années 1968-1970 ».

« Personnellement », a poursuivi François, « je pense que le célibat est un don pour l’Eglise. Deuxièmement, je voudrais dire que je ne suis pas d’accord pour permettre un célibat facultatif ».

« Alors » a continué à dire le pape François, « il ne reste que quelque possibilité pour des endroits très isolés. Je pense aux îles du Pacifique, quand il y a une nécessité pastorale. » Il a ajouté : « le pasteur devrait se soucier des fidèles. »

Suivent deux paragraphes débattant de la thèse de Mgr Fritz Lobinger, évêque émérite d’Aliwal en Afrique du Sud. Selon cette thèse, certains « viri probati » (des hommes mariés éprouvés) pourraient être choisis parmi les fidèles des régions reculées et dépourvues de pasteur et seraient ordonnés prêtres. Seulement, leur autorisation d’exercer les charges d’enseignement et de gouvernement inhérentes à la prêtrise seraient limitée. Ils ne seraient autorisés à exercer que le « munis sanctificandi » : en substance, célébrer les sacrements.

Avant d’en venir là, François a pris soin de réitérer son opposition personnelle à cette idée. « ma décision est : célibat facultatif avant le diaconat : non » a-t-il déclaré. « C’est ce que je pense personnellement, mais je ne le ferai pas. Que cela soit clair. Ce n’est que mon opinion personnelle. Peut-être suis-je étroit d’esprit. Je ne veux pas me tenir devant Dieu avec cette décision. »

En d’autres mots, François a ses idées, mais Dieu peut en avoir d’autres – et François ne se mettra pas en travers du chemin de l’Esprit-Saint s’il peut l’éviter.

Par la suite, le pape François passe d’une hypothèse lointaine et guère attractive à laquelle il est personnellement opposé à une touchant des circonstances hypothétiques vraisemblables où la chose aurait dû être faite – et elle l’a été, et récemment en plus.

[Le candidat à l’ordination presbytérale selon l’hypothèse Lobinger] est déjà un homme mûr. Je prends cet exemple pour montrer où ce devrait être fait. Je parlais avec un officiel du Secrétariat d’Etat, un évêque, qui avait œuvré dans un pays communiste au commencement de la révolution. Il a vu arriver la crise de la Révolution, c’était dans les années 50. Les évêques ont ordonné secrètement des paysans d’une foi authentique. La crise est passée et trente ans plus tard, les choses étaient résolues. Et il m’a dit l’émotion qui a été la sienne quand durant une concélébration il a vu ces fermiers avec leurs mains calleuses revêtir leur aube pour concélébrer avec les évêques. Cela a été donné dans l’histoire de l’Eglise. C’est quelque chose à étudier, à penser et à repenser dans la prière.

La journaliste ayant posé la question du célibat des prêtres, Caroline Pigozzi de « Paris Match », a alors posé une question complémentaire portant sur les convertis venant de dénominations protestantes.

« Vous me posez une question sur ce que le pape Benoît a fait » a commencé le pape François dans sa réponse. Ce n’est pas ce que Pigozzi avait fait – pas spécifiquement en tout cas. François a poursuivi : « c’est vrai, j’ai oublié cela. Benoît XVI a fait « Anglicanorum coetibus ». Les prêtres anglicans qui sont devenus catholiques et ont mené la vie qu’aurait mené un prêtre oriental. »

Pas de doute, les prêtres de rite anglican et ceux de rites orientaux ont dû être tout aussi surpris d’apprendre à quel point leurs vies étaient semblables, mais ce n’est pas le point principal : « je me rappelle une audience du mercredi au cours de laquelle j’ai vu de nombreux hommes en col ecclésiastique accompagnés de nombreuses femmes avec enfants et ils m’ont expliqué... c’est vrai, merci de me l’avoir rappelé. »

On pourrait peut-être être pardonné de cultiver l’impression que François voulait critiquer « Anglicanorum coetibus », et d’un angle spécifique. En tout cas, c’est quelque chose qui était clairement dans l’esprit de François.

Une interprétation possible de sa remarque est qu’il est en train d’essayer de préparer le terrain et/ou de se convaincre de changer. Il n’a pas contesté la requête, bien que le directeur par intérim du bureau de presse du Saint-Siège, Alessandro Gisotti, ait demandé que les questions soient circonscrites aux actions concernant les Journées Mondiales de la Jeunesse. La question de Pigozzi n’avait pas plus à voir avec elles que celle de Junno Arocho de « Catholic News Service » sur la crise des abus sexuels, dont François a tenu à dire qu’Arrocho l’avait introduite subrepticement.

Pour résumer : le couvercle est en place sur cette boîte de Pandore.


Christopher R. Altieri est journaliste, écrivain et rédacteur en chef basé à Rome Il a passé plus d’une douzaine d’années au service des informations de Radio Vatican. Il possède un doctorat de sciences humaines de l’Université Pontificale Grégorienne.

Illustration : Le pape répondant aux questions dans le vol de Panama à Rome. A ses côtés, Alessandro Gisotti, du bureau de presse du Saint-Siège [photo d’Alessandra Tarantino / Associated Press]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/02/06/pope-francis-on-priestly-celibacy/

Messages

  • ce qui se conçoit bien.......et les mots pour le dire viennent aisément : est ce que le Pape n’est pas clair, est ce que l’article est brouillon ? Bref, je n’y comprends rien ; un lecteur peut il m’éclairer :
    quelle est la pensée du Pape à propos du célibat sacerdotal ?

    Merci

  • On ne saurait reprocher à ce billet d’être bâclé ou "mal ficelé" : les propos de François y sont correctement rapportés, les références à certains prêtres du clergé d’Eglises de rite oriental et à Mgr Fritz Lodinger sont exactes ; et pourtant le lecteur peut sortir de cette lecture avec le sentiment de n’avoir pas bien saisi le sujet ou d’être resté un peu sur sa faim. En tels cas, le mieux est peut-être d’aller directement à la source, ici la vidéo où, de retour de Panama, le pape répond à la question de C. Pigozzi les sous-titres y sont bons. Alors pourquoi ce sentiment de "flottement" qui laisse perplexe ? La réponse se trouverait-elle dans les mots suivants ? :

    - "En d’autres termes, François a ses idées, mais Dieu peut en avoir d’autres, et François ne se mettra pas en travers du chemin de l’Esprit Saint s’il peut l’éviter" ; et bien d’autres allusions jusqu’à la conclusion :

    - "Pour résumer, le couvercle est en place sur cette boîte de Pandore"...

     ???

    La question peut se poser.

    P.S.
    Christopher R. Altieri est aussi un auteur qui intervient régulièrement dans certaines publications catholiques des USA.

  • Pour confirmer le message du 14 mai 02:03 sur la base d’une 2ème visite à la vidéo du pape François dans l’avion de retour de Panama (28/01/2019), et sa réponse à la question du célibat des prêtres dans l’Eglise latine, il rapporte les paroles du pape saint Paul VI : "Je préfère donner ma vie plutôt que changer la loi du célibat". Et d’ajouter : "Personnellement je pense que le célibat est un don à l’Eglise. Et personnellement je ne suis pas d’accord pour permettre le célibat optionnel. Non !", la dernière négation étant prononcée avec une grande fermeté. Cette vidéo est la preuve que, loin de louvoyer, François, répond aux questions posées et parfois de manière catégorique.

    Les passages de l’article où Altieri livre ses interprétation et explication toutes personnelles ("En d’autre termes... etc.) ne sauraient être considérés comme la fidèle traduction des paroles du pape et de leurs sens. Un auteur est libre d’avoir son sentiment sur un sujet et sur une personne. C’est au lecteur qu’il appartient d’évaluer ses lectures à l’aune de la réalité des situations.

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