Le ministère d’unité

par Gérard Leclerc

lundi 10 septembre 2018

Si l’Église vit actuellement une épreuve vraiment crucifiante, c’est qu’elle est blessée dans sa vocation à la sainteté, de la façon la plus grave. L’atteinte à l’innocence de l’enfance, du fait de la trahison du ministère sacré ne peut que faire trembler l’institution tout entière, sapée dans son caractère essentiel. Péché de cléricalisme, a dénoncé le pape François ? Sans aucun doute, à condition de bien voir que l’abus de pouvoir va jusqu’à la captation perverse de l’autorité passée sous l’empire du Malin. Notre Pape n’a aucun doute à ce sujet, ayant une rare conscience de la présence et de l’action de Satan en ce monde. La question n’est pas celle de la légitimité de l’autorité du sacerdoce ministériel, elle est dans son dévoiement, dès lors qu’elle s’identifie à la puissance de la transgression ou qu’elle couvre le forfait, en trahissant l’essence de l’épiscopat, laquelle se rapporte à la vigilance pour le bien des âmes.

Mais un autre scandale s’est ajouté à celui-là. La mise en cause de l’autorité suprême dans l’Église à la suite du document Viganò. Celle-ci n’est pas admissible. Car, en dépit d’éventuelles défaillances dans le gouvernement de l’Église, l’autorité suprême est la seule à pouvoir porter remède à ses propres torts, pourvu que ceux-ci soient avérés. Nous n’avons aucune information certaine sur la façon dont François a agi par rapport à l’épiscopat américain. Tout au plus, pouvons-nous soupçonner de graves désordres qui ne datent pas du pontificat mais s’enracinent dans des décennies de relâchement, notamment en ce qui concerne le recrutement et la conduite des séminaires.

S’il y a possibilité de purification et de redressement de la situation, c’est au charisme pétrinien qu’on le devra. Charisme qu’avait bien défini saint Irénée de Lyon dès le IIe siècle. À l’évêque de Rome appartient le ministère de la fidélité à la tradition et à la règle de la foi, en dernière instance. Le successeur de Pierre est en charge de l’ensemble de la communion des Églises dans la charité. Il n’est pas le chef d’un parti, parti de la conservation ou parti du mouvement. Les sensibilités les plus diverses, les écoles de spiritualité et d’apostolat nées de siècle en siècle doivent trouver en lui le témoin de l’unité. Lorsque des objections et des oppositions apparaissent en période de réformes nécessaires, elles doivent être dépassées selon les règles qu’un Yves Congar avait examinées à la veille de Vatican II. Et c’est l’épreuve qui devrait stimuler l’ensemble du peuple chrétien à participer à un mouvement de conversion et de réconciliation, Pierre étant reconnu comme le foyer de rassemblement sous la motion de l’Esprit Saint. 

Messages

  • Atteintes à l’enfance, sans doute. Mais leur nombre est minime, c’est d’homosexualité dont il s’agit, et la dénoncer c’est très politiquement incorrect par les temps qui court.. L’ancien évêque aux armées ose même admonester les laïcs qui ne sont pas prudents de laisser leurs enfants seuls avec des prêtres... tous les prêtres doivent donc être soupçonnés d’être pédophiles !!...Horrifiant !!!

  • Sur les abus commis par des prêtres les dernières informations ont circulé à un rythme soutenu. En effet, le hasard aurait voulu que le 15 août dernier soit publié par le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, le résultat de l’enquête sur les 300 prédateurs et leurs 1000 victimes ; suit, en France, la pétition intimant l’ordre à Mgr Barbarin de démissionner "dans les plus brefs délais" ; puis est catapultée la lettre ouverte de Mgr Carlo Maria Vigano requérant la renonciation du pape, et enfin le 26 août 2018 le mot "psychiâtrie" tombe du ciel lâché par François depuis le vol le ramenant de Dublin. Il n’en fallait pas plus pour que ses ennemis tombent sur l’Eglise... la confondant ainsi avec ceux de ses ministres gravement défaillants.
    On est en droit et c’est un devoir de dénoncer les agissements de prédateurs et le silence d’éventuels responsables. Mais on ne peut pas, ici, accuser l’Eglise.

    G. Leclerc a raison de mentionner "épreuve vraiment crucifiante" pour l’Eglise comme on ne peut qu’être d’accord avec lui sur le fait que "la mise en cause de l’autorité suprême n’est pas admissible". En de telles circonstances il convient plutôt d’aider à la recherche des vraies solutions et d’encourager les autorités judiciaires ecclésiales et civiles à mener à bien leur tâche. Mais rien de bien ni de bon n’est réalisable dans le désordre et le bruit.

    On a lu et entendu que le pape François refusait de recevoir des prélats des Etats-Unis. Et voilà qu’ils vont le rencontrer aujourd’hui, jeudi 13 septembre, au Vatican !

    Et si l’urgence était, pour les uns, prier, pour les autres faire preuve de retenue ?...

  • On a beau savoir que ce n’est pas la première secousse importante dans l’Eglise (je relisais dernièrement la biographie de St Athanase d’Alexandrie qui fut le contemporain - et le protagoniste - de troubles invraisemblables dans la chrétienté *), la situation actuelle ne laisse pas de plonger les chrétiens dans la perplexité et le désarroi.

    Je ne voudrais pas ajouter au trouble mais il faut savoir que l’Eglise orthodoxe est en plein ébranlement, elle aussi.
    Pas pour des questions de moeurs. L’Ukraine est au coeur d’une querelle qui prend de l’ampleur jusqu’au risque de produire un schisme !

    Pour simplifier à l’extrême : le Patriarche Bartholomée (Patriarcat de Constantinople) pourrait accorder unilatéralement l’autocéphalie au "Patriarcat de Kiev" (un pseudo Patriarcat, non canonique, auto-proclamé par le non moins auto-proclamé "patriarche" Philarète Denissenko...) [voir les articles Wikipédia pour plus de détails ].
    Or l’Ukraine est du ressort (territoire canonique) du Patriarcat de Moscou (Métropolite Onuphre, de l’Eglise Orthodoxe Ukrainienne, УПЦ).
    Derrière tout ça se trouvent le président Porochenko et les ultra-nationalistes, pour qui tout ce qui rappelle Moscou d’une manière ou d’une autre est l’objet de leur haine.
    Une grande partie de l’orthodoxie se demande quelle mouche a pu bien piquer Bartholomée pour nommer deux exarques - en vue d’accorder l’autocéphalie ! - sur un territoire canonique ne dépendant pas de son patriarcat.
    Les ultra-nationalistes menacent de s’emparer de la grande Laure de Kiev (depuis Maïdan, 50 églises fidèles au Patriarcat de Moscou, dont la cathédrale de St Vladimir, ont déjà été annexées dans la violence au profit de l’Église de Denissenko) dès que l’autocéphalie est accordée au "Patriarcat de Kiev".
    Pour ne rien arranger, l’Eglise gréco-catholique (Uniates d’Ukraine) est en embuscade et son clergé nationaliste (favorable à Maïdan) compte bien profiter de la situation.

    L’agitation est à son comble, les paroles blessantes et les anathèmes fusent. Il ne manque plus que les armes ! L’Ukraine est déjà en guerre (en gros, l’ouest ultra-nationaliste contre l’est russophone). Une guerre religieuse (des millions de fidèles n’accepteront pas de se laisser déposséder de leurs églises) achèverait de ruiner ce pays qui est déjà au fond du gouffre.

    https://orthodoxie.com/declaration-du-departement-des-relations-exterieures-de-leglise-orthodoxe-ukrainienne-au-sujet-avec-la-nomination-des-exarques-a-kiev-par-le-patriarcat-de-constantinople/

    https://orthodoxie.com/allocution-du-patriarche-bartholomee-lors-de-la-synaxe-des-hierarques-a-constantinople/

    * https://fr.wikipedia.org/wiki/Athanase_d%27Alexandrie

  • @ Réginald de Coucy

    "... quelle mouche a bien pu piquer Bartholomée", ça... Ne serait-ce vraiment qu’une question uniquement "religieuse" au coeur de l’orthodoxie ? Kiev, Moscou, Constantinople, Porochenko, Poutine, Erd...oups ! enfin, la politique régionale, voire internationale, serait-elle capable de fourrer son nez dans tous ce qui se passe ?

    Si les problèmes actuels dans l’orthodoxie et ceux dans le catholicisme sont apparemment différents, ici autocéphalie accordée, là sexe et cie, Bartholomée, Kyrill, Vigano, François et on en passe, le 15 août 2018 est en tous cas la date qui aura comme donné le "La" d’une cacophonie généralisée. On ne s’en sort plus !
    Il y a parfois des situations qui s’enchevêtrent comme par hasard, ou par magie.

    Josef Ratzinger avait, en son temps et sauf erreur, dit que l’Eglise est comme une barque qui prend l’eau de toutes parts. Aujourd’hui c’est l’Eglise "Peuple de Dieu" dans toutes ses composantes qui semble perdre pied.

    Mais Jésus, Lui, a marché sur l’eau, l’eau dont les profondeurs ténébreuses cachent des créatures invisibles et néfastes. Jésus a marché sur l’eau et Il a aussi tendu la main à ses amis pris de panique dans leur embarcation secouée par la tempête...

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