Le grand déclassement ?

par Aymeric Pourbaix

mercredi 9 décembre 2020

Destruction, Le cours d’un empire, Thomas Cole, 1836.

Un de nos grands intellectuels, Jacques Julliard, plutôt classé à gauche – mais d’une gauche à la Péguy – vient d’établir un diagnostic au scalpel, avec une hauteur de vues saisissante sur l’état de la France aujourd’hui. Dans Le Figaro du 7 décembre, l’auteur se résout, après bien des réticences, à employer le mot de «  grand déclassement  » à propos de notre pays, comme, dit-il, «  on doit la vérité à qui l’on aime  ».

Désindustrialisation, et donc renoncement à la puissance, fin de l’ambition intellectuelle en matière d’enseignement et de recherche, société en voie de fragmentation, la France «  suradministrée et sous-gouvernée  » est en miettes, affirme-t-il, en mal de souffle créateur et d’esprit éducatif… Bref, «  un juin 40 à la petite semaine  », sans projet qui fédère les cœurs et les intelligences, en attente d’une réforme intellectuelle et morale pour affronter la grande épreuve que nous traversons.

Au siècle du Christ déjà

À bien des égards, cette attente et cette analyse sans concession en rappellent une autre, qui nous ramène 2 000 ans en arrière, dans cette période antique qui a précédé la naissance du Sauveur. «  L’homme était épuisé  », juge ainsi le grand écrivain anglais Chesterton dans son livre L’Homme éternel (DMM, 1999). Malgré l’apparence d’une civilisation à son apogée, «  Rome, Athènes, Jérusalem et les autres cités déclinaient comme une mer qui glisserait lentement vers un abîme sans fond  ».

Car ce qui était altéré, selon Chesterton, c’était la force et la sagesse du monde. Comme pour un Vendredi saint, où «  ce que le monde a de meilleur – les prêtres d’un vrai monothéisme et les soldats d’une civilisation universelle – se montrent sous leur plus mauvais jour  ».

Et pourtant ! Ce déclin des forces terrestres masquait en réalité une régénération en profondeur, la plus puissante qui soit : celle d’un Dieu fait homme, qui allait révolutionner l’histoire – au sens plein du terme, c’est-à-dire d’un retour aux origines, d’une nouvelle jeunesse. Au point de déterminer un avant et un après, comme le marque notre calendrier grégorien.

Mais alors personne, mis à part quelques rares veilleurs – saint Jean-Baptiste, Siméon, la Vierge Marie bien sûr – ne croyait plus vraiment à la venue du Messie. Et l’inouï s’est produit !

La leçon de l’histoire que tire Chesterton est que ce monde ne pouvait se sauver lui-même. Elle est d’une actualité criante, en cette période de l’Avent qui doit nous conduire à Noël, et alors que le terrorisme frappe dans nos villes, et qu’un virus menace de mettre à genoux des économies et ce qu’il reste de civilisation. Oui de tout cela, que restera-t-il dans le monde d’après ? Sera-t-il, comme le dit Houellebecq, «  le même en pire  » ? Il faut espérer qu’il se trompe mais sur quoi fonder cette folle espérance, sinon en premier lieu sur l’Enfant-Dieu ? «  En dehors de Moi vous ne pouvez rien faire  », affirme la Sainte Écriture (Jn 15, 5).

Avec Lui, tout redevient possible.

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