prononcée le 8 novembre 2008 à Espalion - Association Culture et Patrimoine

Le général de Castelnau

Conférence de Ch. Prieur - 1ère partie - sur le général de Castelnau et le Nord Aveyron.

mercredi 26 février 2014

Le général de Castelnau est le « grand homme » de Saint-Affrique où il a sa statue. On oublie que celui qui fut un des grands chefs militaires de la guerre de 1914-1918 est issu d’une des plus vielles familles du Nord Aveyron. Ce sont ces deux aspects qui seront examinés dans les deux parties suivantes.

Le général Edouard de Castelnau descend en droite ligne d’une des plus anciennes familles nobles du Haut Rouergue et même de France.

Les familles de la noblesse française du temps de l’Ancien Régime se définissent par leurs noms, leurs titres, les châteaux, qu’elles ont occupés et la généalogie des porteurs du nom successifs.

I Le nom

La maison des Curières tire son nom d’un petit village situé sur les pentes de l’Aubrac. Etymologiquement, Curières vient du mot latin « curia » qui peut désigner une villa romaine ou gallo romaine, c’est-à-dire une exploitation agricole, confiée à un légionnaire – proximité de la voie romaine – qui prend racine dans le pays, et passée dans les mains d’un chevalier qui en adopte le nom. Dans ces périodes de guerre et de pillage, d’invasions barbares qui suivent la chute de l’empire romain, le chevalier est un homme d’armes qui protège les habitants qui cultivent ses terres, viennent habiter près du château et y abriter leurs récoltes ; il conforte cette sécurité en étant le vassal d’un personnage, plus important, son suzerain. Les Rois émergent comme étant les suzerains des suzerains. En échange de cette sécurité, les serfs doivent payer l’équipement du chevalier et de ses hommes d’armes, ainsi que les frais entraînés par le départ en croisade ou le mariage de sa fille.

Les Curières étaient donc des chevaliers du monde féodal et au 12e siècle, il n’y a qu’une seule famille qui porte ce nom en Rouergue. Géraud de Curières et son frère Hugues participent à la 7e Croisade (1248-1254) sous les ordres de leur suzerain, le comte de Poitiers et de Toulouse et du roi Saint Louis qui a lancé cette croisade. Ce sont eux qui ont rapporté un exemplaire de la Sainte Epine de la couronne de dérision du Christ ; on suppose qu’elle leur a été donnée par Saint Louis en récompense de leurs services ; ils l’ont déposé dans l’église de Saint Eulalie d’Olt où elle donne lieu, chaque année en Juillet, à une procession costumée.

Les Curières, pour se distinguer entre eux, faisaient suivre leur nom patronymique du nom d’une des terres qui leur appartenaient : Saint Eulalie, le Pouget, le Cambon,…

C’est donc Jean-Baptiste Géréon de Curières (1734-1799), introduit à la Cour, nommé grand Fauconnier du Comte d’Artois, qui, pour se distinguer de son père – qui venait d’acheter la baronnie de Saint Côme – prit le nom d’une terre de la famille, celle de Castelnau de Mandailles.

Ce nom assez courant – il signifie château neuf – était porté par plusieurs familles du Sud Ouest : les Castelnau d’Apcher, les Castelnau-Bretenoux, les Castelnau-Mauvissière. Mais elles étaient toutes éteintes ou n’avaient pas fait d’objection à ce qu’un Curières s’appelât Castelnau.

Jean-Baptiste Géréon, après une carrière militaire brillante, entre dans la diplomatie. Soldat, courtisan, diplomate, le baron de Castelnau a tracé dans une correspondance riche et souvent mordante, le tableau d’une société où apparaissent la plupart des grands personnages des dernières années de la Monarchie.

Partageant son temps entre Genève où il représente, pendant dix ans, le Roi comme Ministre Résident, et Versailles, il donne dans de nombreuses lettres à son père – demeuré à Saint Côme – une image vraie des intrigues de la Cour – où il essaie de pousser les fils de familles rouergates – et des vains efforts de Louis XVI pour faire face aux désordres des finances publiques.

Admis aux honneurs de la Cour en 1773 – ce qui était réservé aux seuls gentilshommes d’une ancienneté familiale reconnue – Jean-Baptiste fit partie officiellement du monde privilégié qui entoure le souverain et, à travers lui, c’est toute sa famille qui en est honorée.

Ministre Résident à Genève jusqu’en 1790, puis maréchal de camp des armées royales, le baron de Castelnau resta fidèle à son roi ; il devient agent du Comte d’Artois auprès duquel il vint résider en Angleterre, où il mourut en 1799.

C’est lui qui fit connaître le nom de Castelnau à la fin du 18 siècle avant que le général Edouard ne lui donne au 20e siècle une renommée encore plus grande.

II Les Titres

Les Curières appartenant à la noblesse d’extraction chevalière ne portaient pas de titres autres que celui de chevalier, écuyer ou damoiseau : la noblesse était un état et non un titre. Ses deux principaux fondements étaient la richesse foncière jusqu’au 13e siècle et la valeur militaire.

Les armes des Curières étaient « un lévrier sur champ d’azur » et leur devise : currens post gloriam semper ».

Ce qui importait sous l’Ancien Régime, c’était l’ancienneté de la famille : à partir de quand, des documents faisaient-ils état de la présence en quelque lieu d’un membre de la famille ? En l’occurrence pour les Curières, c’était la 7e Croisade. Les titres étaient décernés par le roi en récompense des mérites de personnes de la noblesse la plus ancienne.

En 1741, Jean-Baptiste de Curières (1703-1794), ayant hérité d’un oncle décédé sans postérité, acheta au marquis Louis de Bourbon-Malauze, les terres et la baronnie de Saint Côme d’Olt ; en vertu de la loi de dévolution des titres, l’acheteur, moyennant le paiement d’une taxe, et pourvu qu’il soit de haute noblesse, pouvait prendre le titre et le transmettre. C’est ainsi que Jean-Baptiste de Curières devînt baron de Saint Côme. C’est pour se distinguer de son père que Jean-Baptiste Géréon, déjà cité, prit le nom de Castelnau et le titre de baron.

En septembre 1747, Louis XV, compte tenu de l’ancienneté de la famille et des services qu’elle avait rendus dans les armées royales pendant 15 générations, érigea par lettres patentes, la baronnie de Saint Côme en marquisat-héréditaire. Jean-Baptiste Géréon ne porta pas le titre de marquis, son père ayant vécu très âgé.

III Les châteaux

La famille a habité successivement deux châteaux :

1. Le château de Saint Eulalie d’Olt

Les Curières descendus de leur montagne ont occupé dès 1200 un château féodal à Saint-Eulalie, château qui a disparu. Ils firent construire au 15e siècle une grande maison de trois étages, au centre de Saint-Eulalie, avec une tour à l’arrière desservant les étages. Quinze génération de Curières naquirent dans cette demeure où ils vécurent la vie de la noblesse provinciale de l’Ancien régime, gérant leurs propriétés, fournissant à l’Armée et à l’Eglise nombre de leurs enfants ; ils avaient transformé dès le 13e siècle leurs droits de propriété sur la terre en baux perpétuels moyennant redevances en nature ou en argent, faisant de leurs serfs des hommes libres, ce dont la population leur était reconnaissante. Les Curières n’avaient pas beaucoup de moyens et notamment pas ceux de se payer des rubans pour aller à la Cour. Ils vivaient donc sur place et ce n’est qu’au 18e siècle que Jean-Baptiste Géréon, envoyé se former aux pages de la Grande Ecurie, à Versailles, fit une carrière militaire et diplomatique brillante évoquée ci-dessus.

Le château de Saint-Eulalie fut vendu en partie comme bien national, le surplus étant resté dans la famille de Curières ; celle-ci vendit le château à Jean-Baptiste Thedenat en 1821 ; il resta dans cette famille jusqu’en 1940, date à laquelle il fut acheté par un médecin de Nancy qui le vendit en 1974 au docteur Solinhac, maire d’Espalion. Le château demeure dans cette famille.

2. Le château de Saint-Côme d’Olt

Construit au 13e siècle par les barons de Calmont d’Olt, passé dans les mains des Castelnau-Bretenoux, restauré au 15e siècle et adapté au goût de la Renaissance, vendu aux Bourbon-Malauze, le château fut acheté par Jean-Baptiste de Curières déjà cité avec la baronnie. Son petit fils fut le dernier occupant du château où il mourut en 1862. L’arrière petit fils de Jean-Baptiste, établi comme avocat à Saint-Affrique auprès de sa belle famille, mit, en 1891, le château à la disposition des frères marianistes qui y dirigèrent une école (pensionnat Saint-Louis) jusqu’en 1963. En 1970, la famille céda l’antique manoir, très modifié, à la municipalité de saint Côme qui en fit la mairie. Une plaque apposée en 1955 y rappelle le souvenir du général Edouard et de ses frères ainsi que celui de leurs enfants et petits enfants morts pour la France.

IV La généalogie

La liste des seigneurs de Curières est connue depuis 1200 parce que l’usage voulait que, dans chaque famille, on tînt un livre de Raison, cahier où étaient scrupuleusement notés les naissances, mariages, décès, héritages de chaque membre de la famille ainsi que les évènements un peu extraordinaires qui frappaient les esprits : sécheresse, peste, inondations…

Chez les Curières qui ont tenu cinq livres de raisons successifs, conservés dans la famille, la règle non écrite mais respectée, à quelques exceptions près pendant des siècles, était que seul l’aîné de la famille prenait femme pour assurer la descendance, les cadets restant célibataires, se consacrant à l’Eglise ou à l’Armée et revenant dans le château familial rouergat pour y mourir.

Evoquons quelques figures marquantes nous conduisant au général de Castelnau. Nous avons cité Jean-Baptiste (1703-1794) qui grâce à un important héritage inespéré acquit la baronnie de Saint-Côme et la fit ériger en marquisat héréditaire. Appartenant à une branche cadette des Curières, seigneurs de Saint-Eulalie et autre lieux, il eut 9 enfants. Son aîné fut admis aux pages de la grande Ecurie, ce qui lui mis le pied à l’étrier pour faire une grande carrière militaire et diplomatique : c’est le baron de Castelnau déjà cité comme grand Fauconnier du comte d’Artois. Son cadet Antoine, le chevalier de Saint Côme fit une carrière maritime et participa à la guerre d’Indépendance américaine comme commandant d’un vaisseau de la flotte de l’Amiral d’Estaing. Le troisième, l’abbé de Castelnau, après avoir été vicaire général de l’évêque de Béziers finit sous l’Empire comme chanoine de la cathédrale de Rodez.

Ces trois garçons étant restés célibataires, le marquisat échut à la première fille de Jean-Baptiste, Brigitte (1748-1807) ; pour ne pas laisser le titre en déshérence, Brigitte épousa en 1786 l’aîné de la branche aînée, Alexandre (1762-1823), officier retiré à Saint-Côme après une courte carrière militaire ; bien qu’elle eût 14 ans de plus que lui, elle réalisa par son mariage, l’union des Curières de Saint-Eulalie avec les Curières de Saint-Côme. Alexandre devint marquis de Saint Côme à la mort de son beau-père.

Brigitte était une forte femme ; elle résida à Saint-Côme pendant la Révolution – son mari ayant émigré – sous la protection de la population qui se porta fort de ses sentiments de « bonne patriote » et la défendit lorsque quelques « sans culottes » ruthénois voulurent détruire le château et l’arrêter. Brigitte réussit à faire rayer son mari des listes de l’émigration et à le faire rentrer (il a fini sous la Restauration comme colonel de gendarmerie et se retira à Biounac près d’Espalion) Brigitte soigna son père, devenu aveugle, sa sœur paralysée, cacha son frère prêtre réfractaire et éleva comme elle put ses quatre enfants dans ces temps troublés.

Le fils aîné de Brigitte, Jean-Baptiste Marie-Silvestre (1787-1862), entré dans l’administration impériale des finances, habita Caen jusqu’en 1812, année de son mariage avec Emilie Ayral du Bourg d’Espalion. Nommé, en 1818, receveur des Tabacs à Espalion, fastueux et dépensier, il vendit une grande partie des terres de la famille et mourût à Saint Côme en 1862.

Jean-Baptiste Sylvestre eut 8 enfants ; son aîné Michel, fut envoyé à Saint-Affrique où deux frères, les abbés Barthe, venaient d’ouvrir une école (le collège Saint Gabriel). Après son baccalauréat, il fit des études de droit à Paris et devint avocat ; rapidement, il abandonna la capitale et revint dans l’Aveyron, au barreau de Saint-Affrique où il épousa la nièce des abbés Barthe, Marthe de Mandebourg, fille de notaires royaux implantés depuis des siècles à Murasson. Michel se fixa donc à Saint-Affrique dont il devint maire, tout en exploitant les propriétés de sa femme, loin de son propre père qui menait une vie quelque peu fantasque à Saint-Côme.

C’est ainsi que débuta l’enracinement de la branche aînée des Curières à Saint-Affrique.

De l’union de Michel avec Marthe, naquirent 7 enfants dont trois eurent une carrière nationale :

Léonce (1845-1909), magistrat, puis avocat après sa révocation en 1880 lors des mesures d’épuration de la magistrature au moment de l’application de la loi sur les congrégations religieuses ; bâtonnier du barreau de Nîmes, il fut député de l’Aveyron (1902-1909).

Gabriel-Clément (1849-1907), polytechnicien fit une brillante carrière dans l’industrie minière.

Edouard (1851-1944), le général de la guerre de 1914.

Conformément à l’usage établi après la Restauration, l’aîné de la famille, Léonce, portait le titre de marquis, le cadet, celui de comte et le troisième, le futur général, celui de vicomte.

Michel de Curières, le maire de Saint-Affrique et père du général Edouard, avait un frère cadet, Marie Jean-Baptiste (1830-1905) demeuré dans le Nord Aveyron ; celui-ci fit carrière dans l’administration financière et fut successivement receveur des contributions directes à Saint-Côme puis à Campagnac, à la limite de la Lozère. Il démissionna en 1890 et se retira à Saint-Côme. Chef de la branche cadette des Curières, il eut de son mariage avec Christine Cledon de Saint-Côme, deux fils :

Charles-Marie (1877-1954), grand père du conférencier, qui épousa Marie-Louise Goninfaure, fille d’un imprimeur de Thiers venu installer à Espalion la première imprimerie : celui-ci créa le Bulletin d’Espalion, journal d’informations et d’annonces légales dont le premier numéro porte la date du 21 juillet 1838.

Joseph-Emile, avocat au barreau de Saint-Affrique, député de l’Aveyron, élu en 1914 où il succéda à son oncle Léonce, décédé ; il ne se représenta pas en 1919 et permit à son oncle le général Edouard de se faire élire comme député de la chambre Bleue-Horizon.

***

Depuis les Croisades, la famille de Curières de Castelnau est restée fidèle à son Rouergue, à ses traditions tout en s’adaptant aux circonstances. Telles sont les racines fort anciennes du général Edouard dont la vie fait l’objet d’une seconde partie de la conférence.


http://www.france-catholique.fr/sur-le-general-de-Castelnau-et-le.html

http://www.france-catholique.fr/Edouard-de-Castelnau.html

http://www.france-catholique.fr/Le-general-de-Castelnau.html

http://www.france-catholique.fr/4-En-finir-avec-l-humiliation.html

http://www.france-catholique.fr/10-CASTELNAU-CATHOLIQUE-INSOUMIS.html

http://www.france-catholique.fr/Saint-Cyr-Promotion-De-Calstelnau.html

http://www.france-catholique.fr/Remy-Porte-Castelnau-a-ete-l-un.html

http://www.france-catholique.fr/5-La-FNC-pour-quoi-faire.html

http://www.france-catholique.fr/3-ILS-NE-PASSERONT-PAS-COMME-A.html

http://www.france-catholique.fr/Edouard-de-Castelnau-1851-1944.html

Messages

  • Quelle vénération ! Je lis dans Chefs d’Etat et maréchaux", d’Emile Moussat, ancien président de la société Les Médaillés militaires et familier de Foch, président d’honneur de cette société, que Castelnau aurait selon les dires de Foch à l’auteur, perdu son bâton de maréchal en donnant fin août 14 l’ordre écrit et réitéré d’abandon de Nancy et du Grand Couronné, ordre auquel le colonel de Montlebert aurait répondu en désobéissant et en se maintenant face aux Allemands sur la position de Sainte-Geneviève, près de Pont-à-Mousson qu’il avait reçu, de Castelnau, l’ordre d’évacuer. Ce maintien forcené aurait amené les Allemands à désespérer de faire la percée et à Castelnau de préparer et gagner la bataille du Grand Couronné.
    Fdaises ou vérités ? Mais un peu de sens critique permettrait à M. Prieur de se dégager d’une vénération qui distrait un peu sa raison. Les Montlebert plus héroïques que les Curières ? Serait-ce possible ? Au fond, personne ne s’en soucie vraiment, c’est de l’histoire ancienne sur laquelle un certain sens de l’objectivité et de la relativité devrait permettre de réagir sans cette passion non contenue qui obscurcit la pensée de l’auteur.

    • Je ne sais pas où vous voyez une « vénération » de la part de Ch. Prieur. Il connaît seulement bien son sujet.

      Votre message est un exemple typique du mépris dans lequel on tient l’Histoire. Posture courante aujourd’hui quand elle n’est pas tout simplement dictée par l’ignorance.

      Pourtant, c’est dans l’étude de cette Histoire qu’on tire les leçons et les fils qui permettent de parfois mieux comprendre la trame des événements du jour.
      Ce qui éviterait bien des commentaires débiles dont sont truffés les forums et autres pages ouvertes de la presse du web.

    • Réaction étonnante car elle ne dit rien du problème posé, le sérieux, ou non, d’un ouvrage cité avec la précision voulue (on aurait pu ajouter "page 77"). On ne peut évidemment pas dialoguer avec quelqu’un qui, tout en se drappant du voile de l’Histoire, se limite à traiter de "débiles" les propos qui lui déplaisent ; Donc réaction vraiment étonnante.

    • Désolé pour le manque de ponctualité dans la réponse mais je vais essayer de me racheter en m’attachant à y conférer la précision qu’elle mérite. Saint-Affricain d’adoption, je me suis toujours étonné de l’absence de reconnaissance qui entoure la personnalité du général de Castelnau, une grande figure de la scène politique et religieuse française de l’Entre-deux-guerres. Sans adhérer à l’ensemble de ses opinions, il convient de reconnaître, et c’est tout à son honneur, qu’il n’y a jamais dérogé. Le courage des convictions, dont il a fait preuve toute sa vie (y compris sous l’Occupation), dépasse la seule bravoure militaire qui s’inscrit, elle aussi, logiquement dans la nature même du personnage.
      Sur le plan militaire justement, le contenu de votre message paraît particulièrement intéressant dans la mesure où y transparaît l’historiographie de la Grande Guerre, au lendemain de l’Armistice. Elle se bâtit notamment sur l’hagiographie et la constitution de mythes autour des chefs militaires vainqueurs. Or, indépendamment des valeurs de chacun, il semble évident que l’histoire des combats se soient écrites à l’aune des querelles personnelles, des ambitions et des intérêts politiques des années d’après guerre. C’est ainsi que naît la légende malveillante selon laquelle Castelnau, cédant à la panique, aurait ordonné l’abandon de Nancy. Effectivement, Castelnau, par précaution, avait fait rédiger l’ordre d’évacuer la position stratégique du Grand Couronné protégeant Nancy. Transmis aux officiers de liaison de l’armée, cet ordre ne devait être donné aux commandants des unités sur le terrain que si la situation venait subitement à se dégrader. Or, si cet ordre n’a jamais été diffusé, cette mesure de prévention n’a pas plaidé en faveur de Castelnau dans sa lutte d’influence avec le général Foch avec lequel il venait de se brouiller suite à l’épisode de Morhange (où un des fils de Castelnau a trouvé la mort). En effet, le 20ème corps de Foch, subordonné de Castelnau, y avait été surpris à découvert par l’armée allemande. Bousculé, son repli entraîna la retraite de l’ensemble de la 2ème armée jusqu’aux positions des hauteurs du Grand Couronné. Cette défaite initiale était imputable à Foch et le fait que lui-même et ses proches, que vous citez dans votre message, rendent responsable Castelnau des revers de Lorraine est donc à considérer avec prudence.
      Plus tard, le maréchal Joffre mettra lui aussi en cause Castelnau dans les échecs des opérations en Lorraine, en août 1914. Il faut alors se rappeler qu’en 1917 Castelnau et lui s’opposaient pour le commandement en chef des armées françaises. Après que le gouvernement ait finalement opté pour une solution alternative avec Nivelle, on peut supposer que une certaine inimitié ait perduré ensuite entre les deux chefs. En 1915, la situation étant différente, Joffre, loin de limoger Castelnau, le promut commandement du groupe d’armée du Centre en charge de l’offensive de Champagne.

      Avec Foch et Joffre comme opposants et des convictions religieuses en contradiction avec celle de la République laïque, il ne faut pas chercher plus loin les raisons pour lesquelles Castelnau ne reçut pas le bâton de maréchal. Derrière la vénération, que vous dénoncez à juste titre, et les légendes qui émaillent encore les pages des livres d’histoire, il y a des situations, des contextes et surtout des hommes avec leurs qualités mais aussi leurs faiblesses qui ressemblent à celles de ceux d’aujourd’hui. Elles sont constitutives de notre humanité. Et, même longtemps après les faits, la recherche de l’objectivité n’est pas chose aisée. Ne l’oublions pas et ne nous laissons pas abuser.

  • Bonjour

    Le général était une personne qui avait du charisme, ça il ne faut pas le nier. En tous cas, cet article apprend beaucoup sur le cursus de cette personne qui a beaucoup représenté pour la France.
    fax mailing

  • Bonjour

    J’ai déjà entendu parlé de ce général avant mais je n’ai jamais eu d’informations lui concernant. Ainsi, je vous remercie pour cet article car c’est très enrichissant.

    maintenance aéronautique

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