Le drame de la paysannerie

par Gérard Leclerc

lundi 12 octobre 2015

Hier dimanche, un maraîcher breton a érigé six cents croix blanches devant la basilique Sainte Anne d’Auray, un des lieux religieux les plus symboliques de la Bretagne, qui se situe dans le Morbihan. Il s’agissait de rappeler la mémoire des agriculteurs qui se donnent la mort chaque année, par désespoir de ne pouvoir sortir de leurs difficultés financières qui les entrainent à la ruine. Il y a, semble-t-il, une querelle à propos des statistiques, celles avancées par Jacques Jeffredo, responsable de l’initiative, ne coïncidant pas avec les chiffres officiels. Cela n’empêche pas qu’il s’agit d’une réalité incontestable. La profession agricole est sinistrée dans beaucoup de régions et les récentes manifestations qui ont investi jusqu’à la capitale, ont révélé l’ampleur du mal.

Je ne m’attarderai pas ici sur les causes proprement économiques du malheur paysan, n’étant pas sûr moi-même d’en maitriser les données. En revanche, pour côtoyer le monde rural chaque été, je ressens profondément le malaise de cette population en constante régression et dont les survivants s’interrogent avec angoisse sur la viabilité de leurs exploitations, même lorsqu’ils se sont adaptés aux évolutions de la technique et du marché. Je ne suis pas prêt à accepter l’idée d’une France sans paysans, ce qui au demeurant constitue une étrange contradiction à l’heure de ce que le pape François appelle la conversion écologique.

Et puis il y a toute l’épaisseur du drame humain auquel l’initiative d’Auray a voulu donner une pleine visibilité. Mgr Centène, évêque de Vannes, en célébrant la messe dans la basilique à la mémoire des agriculteurs disparus, a montré la sollicitude de l’Église à leurs familles et plus généralement aux membres d’une profession dévastée. Une stèle a été également inaugurée à quelques mètres de la statue de sainte Anne d’Auray, protectrice de la Bretagne. Nous sommes généralement habitués à la colère des agriculteurs aux portes des préfectures. C’est leur peine maintenant qui s’offre à nous dans l’espace qui est celui de la miséricorde et de l’intercession. Peut-être serons-nous plus touchés ainsi par le drame qui devrait affecter la nation toute entière.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 12 octobre 2015.

© Wikiagri.fr
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Messages

  • Il faut toujours avoir des morts pour que l’on s’intéresse à des personnes.

    C’est tellement plus facile de faire appel à une générosité chrétienne pour accueillir des migrants... de l’exotique !!! alors que avons des détresses à côté de nous. Le monde ne tourne pas rond et nos evêques ne vont pas bien.

    L’appel pour les migrants OUI mais l’appel pour des agriculteurs NON !
    C’est tellement plus facile... plus valorisant, plus joyeux, plus médiatique.

    Ce monsieur qui a fait ces croix c’est çà qu’il exprime et je le félicite.

    Pauvre Eglise de France, j’ai vraiment honte... Fille Aînée de l’Eglise ?
    Je me le demande parfois.

  • Hélas, le drame de la paysannerie n’intéresse personne et encore moins les pouvoirs publics.

    • L’article de G.Leclerc invite à la réflexion sur ce douloureux sujet. Ce drame de la paysannerie intéresse, au contraire, nombre de citoyens, la question étant tout de même de savoir au niveau individuel et tout à fait personnel, que peut-on faire ?

      Rejoignant ici le premier message, pourquoi se plaindre à chaque intervention de l’Eglise (de France) ? Que pourrait-on lui reprocher dans ce cas précis ?

      Sans des détails pertinents pour éclairer le débat, on se trouve comme impuissant, et ce ne sont pas les jérémiades qui feraient avancer ni apporter des ébauches d’éventuelles solutions à ce véritable drame de la paysannerie. Les larmes de la compassion sont une très bonne chose, mais seules ne sont pas, à mon avis, efficaces.

      Il y a, bien entendu, la prière, mais là aussi, sans aucune volonté ni action pertinente pour aider à résoudre le problème, c’est comme offrir un sandwich sans rien dedans.

      Les idées constructives, et les explications seraient les bienvenues.

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