Le drame de Berlin

par Gérard Leclerc

mercredi 21 décembre 2016

Le drame qui a endeuillé, lundi soir, Berlin et l’Allemagne toute entière, n’est sans doute pas intervenu par hasard dans un marché de Noël. Au surplus, dans un des lieux les plus significatifs de la capitale, presque au pied de l’église du souvenir, cette église bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale et témoin de la détresse provoquée par la folie nazie. La correspondante du Monde parle à juste titre d’un monument emblématique comme prédestiné à pleurer les habitants de la ville. On présume, dans l’attente des résultats de l’enquête, qu’il s’est agi, pour les responsables et les auteurs de l’attentat, d’atteindre un pays dans sa chair vive, à un moment privilégié, là où s’affirment une culture et une forme de vie. Culture et vie stigmatisées au nom d’une conception contraire qui inspire un rejet radical et se justifie aussi par un énorme ressentiment.

Bien sûr, on peut s’interroger sur ce qui reste de spécifiquement chrétien dans ce marché de Noël et dans les festivités qui marquent la fin de l’année pour les foules qui investissent le centre de Berlin. L’Allemagne continue à fêter la Nativité avec plus d’éclat que la France. Ce n’est pas pour autant que les sentiments religieux soient plus ardents que chez nous, Mais c’est toujours la manifestation d’une civilisation qui accommode les réjouissances profanes, d’ailleurs de bon aloi et de caractère familial, aux traditions anciennes. Mais cela même est insupportable à ceux qui se réclament d’une pureté islamique intransigeante.

L’Europe paraît désarçonnée par cette offensive, non seulement parce qu’elle est cruellement meurtrière, mais parce qu’elle remet en cause son propre équilibre que garantissait sa sécularisation tranquille et garante de la liberté de conscience et de religion. La voilà désarçonnée par cette guerre déclarée à ce que Marcel Gauchet appelle « le désenchantement du monde », c’est-à-dire la sortie du religieux précipitée par le rationalisme des Lumières. Le défi qui nous est imposé n’est pas seulement politique, il est culturel et nous n’avons pas fini de nous débattre avec lui.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 21 décembre 2016.

Messages

  • Réflexion salutaire sur la sécularisation non apaisée
    On n’ôte pas impunément tout sens à la vie et on ne peut lutter contre le vide par le vide Est -ce donc vraiment un hasard si ces événements touchent des sociétés qui s’autodétruisent. avec la complicité aujourd’hui mondaine des médias, la forme moderne du pharisaïsme Maintenant on ne résistera pas avec cette inconsistance sentimentale et compassionnelle, des formules qui tournent à vide.
    Alors peut-on espérer que chacun fasse honnêtement le bilan de ce qu’il a manqué , de ce qu’il a renoncé à transmettre, à faire l’effort d’un vrai examen de conscience, et de sa complicité à ceux qui veulent effacer le nom de l’homme, libérant les forces du chaos des révolutionnaires et à ce titre les auteurs des attentats sont les miroirs de notre nihilisme à nous. Bref relisons les " Démons" , ( plus connu sous le tire « les possédés de Dostoïevski ) livre que presque personne ne lit plus , et qui prophétise notre temps. Veillons et résistons. Reconstruisons nos relations et abandonnons nos chimères .

    Dans cette déréliction, souvenons nous d’Hölderlin : " Là où il y danger, croit ce qui sauve aussi ":construire une vraie relation, la faire naitre, de cultiver ses talents.et d’aider les autres à le faire. Oui, aux antipodes de la doxa actuelle sur l’accueil à ce qui nait, de l’enfant objet de consommation. Oui ; ce qui est caché, précède bien Noël.

  • « le désenchantement du monde », c’est-à-dire la sortie du religieux précipitée par le rationalisme des Lumières.

    Il est sans doute fatal que l’ "Europe", cette "Europe" abîmée dans la dévotion à mammon, au marché, soit punie par où elle a péché.
    Les "Lumières" ont chassé Dieu de la sphère publique. Chassez Dieu, et tôt ou tard, vous chasserez l’homme. Ces "lumières" sont autant de faux témoignages qui, répétant les faux témoignages du procès de Jésus-Christ, ne concordent pas.

    Alors d’agissant du tropisme islamiste et son introduction, en "Europe", c’est bien là un "cheval de Troie" redoutable et évidemment -inattendu-. En particulier en France, ce pays complètement déchristianisé avec ses intellectuels aveuglés par leur superbe et qui nous ont crétinisés. Ici les critères "humanistes" des "Lumières" volent en éclats et l’actualité dévoile impudiquement et à répétition les mœurs politiques et économiques frelatés ainsi que du rôle mensonger des médias et fait perdre les principaux points de repères de la Vie.

    Comme l’a écrit E. Todd, La France s’est mise volontairement en servitude dans cette "Europe" dont, pour son malheur, elle a aidé fortement l’instauration malgré la lucidité du général de Gaulle à l’époque. C’est une faute de la France, une de plus qui lui est fatale. Ainsi en est-il de ceux qui sont entraînées dans ce même carcan "européen". La France à renié ses racines chrétiennes, spécialement catholiques. Certes une république quelconque pourrait accepter le catholicisme dans sa constitution si telle est son assise. Mais la République française a été et est toujours notoirement anticatholique. Non plus comme en 1905, mais selon 1905 (après 1789).

    J’y ai fait allusion plusieurs fois. Dans notre ’logiciel’ psychique, ou mental (voire neurologique) d’humains se trouve une ’instance’, disons, mystique-philosophique, y compris bien entendu chez les ’rationalistes’ et les ’athées’ les plus endurcis. Donc, cette instance aura introduit le laïcisme qui, sur le plan psychique, est de type religieux. C’est là une religion qui ne s’annonce pas comme telle, mais dont l’essence est identique sur le plan psychique.
    À mon sens, c’est la raison principale qui fait que les hommes ne sont pas près de s’entendre...

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