Le désir homosexuel

par Philippe Ariño

mardi 25 septembre 2012

Philippe Arinõ, vous publiez un essai intitulé "L’homosexualité en vérité"... Pourquoi est-ce important de parler d’homosexualité et d’intervenir dans les débats ?

Parce que vous allez vite comprendre que derrière le sujet «  banal  » de l’homosexualité, il y a beaucoup de souffrance humaine réelle. Et ça, ça ne peut pas nous laisser indifférents ! Nous devons la dénoncer, sans misérabilisme, mais avec énergie. Nous sommes appelés à aider les personnes à sortir de la souffrance non d’être homosexuelles, mais de pratiquer l’homosexualité ; à aider les individus non-homosexuels à comprendre que l’homosexualité n’est que le fruit de leur incapacité à s’aimer entre eux. Tout le monde est tétanisé à l’idée d’apparaître comme «  homophobe  » dès qu’il ose dire un mot sur le sujet homosexuel.
Il faut dire que par le passé, nos sociétés se sont comportées de manière honteuse avec les personnes homosexuelles. Nous vivons avec cette culpabilité. Du coup, par peur d’être catalogués, on tombe dans l’excès inverse d’un mutisme tout aussi coupable. Or, nous sommes tous responsables de soulager les souffrances, quelles qu’elles soient.

De quoi parle-t-on quand on dit «  homosexualité  » ?

La seule chose qui existe dans l’homosexualité, c’est le désir homosexuel. Il est une donnée physiologique indéniable, qui s’impose à l’individu qui la ressent sans qu’il l’ait a priori choisie. Après, est-ce que ce désir est passager ou durable ? On ne sait pas trop. Chez certains sujets homos, il a l’air d’être là depuis longtemps, et il ne partira pas comme ça ; chez la majorité d’entre eux, il se manifeste tardivement, semble être une mode passagère ou un concours de circonstances.

Est-il inné ou acquis ? On ne sait pas non plus. On n’a pas encore trouvé (et heureusement !) de gène gay ou lesbien ; et réduire l’homosexualité à une question d’éducation ou d’influence sociale est souvent bien caricatural. Quand on parle d’homosexualité, en réalité, on ne traite que du désir homosexuel. Quant à «  l’identité homo fondamentale  » ou «  l’espèce homosexuelle  », elles, elles n’existent pas. Le monde ne se divise pas, comme on essaie de nous le faire croire aujourd’hui, entre «  les homos  » d’un côté et «  les hétéros  » de l’autre ; il ne se partage qu’entre hommes et femmes (la seule division fondatrice de la vie humaine, c’est la différence des sexes).

On n’est jamais pleinement homosexuel. On ne se réduit pas à son orientation sexuelle du moment, même durable : la sexualité est un chemin évolutif et complexe, un mystère qui nous échappe. Quant à «  l’amour homosexuel magnifique  », pas sûr non plus qu’il existe (…ou alors je ne suis pas encore tombé sur les bons couples… mais ça m’étonnerait, vu le nombre de couples que je côtoie). Le désir homosexuel est avant tout un désir non-acté, un élan ressenti ; non une pratique affective/génitale ou un couple. Je suis tout à fait d’accord avec l’écrivain français Yves Navarre quand il signalait dans sa Biographie que l’homosexualité est «  une sensibilité avant de s’exprimer dans une sensualité et des actes sexuels  ».

Si on fait du couple l’unique condition de la validité du désir homosexuel, on peut déjà exclure de l’homosexualité les adolescents qui se sentent précocement homos mais qui n’ont pas encore fait le saut de vivre sensuellement leurs penchants, les célibataires, les hommes mariés, les personnes bisexuelles (pratiquant l’homosexualité par intermittence), les individus homos dont le partenaire est mort, bref, quasiment toute la communauté homosexuelle ! Donc dans les débats sur l’homosexualité, attachons-nous à ne parler que du «  désir homosexuel  ». Ce sera plus clair et plus réaliste.

http://www.france-catholique.fr/Fiche-produit-Philippe-Arino.html

L’actualité du «  mariage pour tous  » amène chacun à s’interroger sur le sens social de l’homosexualité. Ce langage de vérité aidera à s’y repérer, pour soi et pour ses relations avec les autres. Un langage qui peut être facilement compris par les jeunes et qui rend accessibles aux autres les codes de la culture la plus branchée. Pour les personnes qui se sentent directement concernées par le désir homosexuel, il s’agit d’un véritable guide pour orienter sa vie.

Ce livre parle de ce qu’est le désir homosexuel, puis du comment «  vivre avec  » et comment en parler ; enfin, le troisième chapitre, le plus original sans doute, concerne le discours de l’Église catholique sur l’homosexualité. Loin de toute condamnation.

Frédéric Aimard éditeur,

96 pages, 10,53 euros

Salvator-diffusion, en librairie à partir du 13 octobre 2012.

Messages

  • Ne parler que du désir homosexuel lorsqu’on évoque l’"homosexualité", cela reviendrait à ne parler, de manière générale, que du désir sexuel lorsqu’on traite de l’amour. C’est une anthropologie matérialiste que la vision psychanalyste du monde (y compris des prêtres-psychanalystes ou des psychanalystes-prêtres, je ne sais) nous impose, parce qu’on a perdu le sens d’une anthropologie intégrale, réaliste (inspirée de la conception fine et complexe d’un saint Thomas d’Aquin), qui parle d’abord d’amour et d’affectivité. Celle-ci comporte une sensibilité qui, elle-même, a une dimension sexuelle, mais en aucun cas ne se réduit à elle. C’est la raison pour laquelle l’homophilie (terme qui, lui, évite toute sexualisation immédiate) comporte, je crois, une issue dans l’ "amour d’amitié" (au sens médiéval) qui ne contraint pas à un choix de la continence qui exclurait l’amour. Il faudrait relire à ce sujet saint Aelred de Rievaulx qui connaissait de l’intérieur l’affectivité homophile ou, plus près de nous, un Julien Green que Jacques Maritain, fort de sa propre expérience (exceptionnelle dans le mariage) du voeu qu’il avait fait avec son épouse Raïssa quelques années après leur mariage, avait orienté dans ce sens.

    • C’est pourtant une réalité !

      Il y a plus qu’une large différence entre "homophilie" et "homosexualité". Dans ce dernier terme, il y a indiscutablement une référence au désir sexuel, et c’est volontaire puisqu’il ne s’agit pas de dépeindre les mêmes réalités.

      Philippe Arinõ ne cherche pas à définir une nouvelle anthropologie. Tout au contraire il cherche à tordre le cou à cette idée fumeuse que les lobbies "gay" tentent d’imposer à la société.

      L’auteur a parfaitement raison de dire : « Quant à «  l’identité homo fondamentale  » ou «  l’espèce homosexuelle  », elles, elles n’existent pas. Le monde ne se divise pas, comme on essaie de nous le faire croire aujourd’hui, entre «  les homos  » d’un côté et «  les hétéros  » de l’autre  »

    • C’est précisément parce que l’humanité se divise entre hommes et femmes et non entre homosexuels et hétérosexuels qu’il vaudrait mieux parler, à mon sens, des hommes et des femmes qui ont une attirance affective pour leur propre sexe autrement qu’en termes qui évoquent immédiatement un désir ou une activité d’ordre sexuel. Non seulement cela éviterait d’enclore leur affectivité dans l’ordre d’un désir sexuel (ou d’une pratique sexuelle) qu’elle déborde largement, mais cela permettrait de leur proposer une autre issue qu’une continence qui ne fait pas sa place à l’amour et à l’affectivité sensible que tout amour humain implique nécessairement. Assurément le désir homosexuel existe - qui pourrait le nier ? -, mais il ne suffit pas (et encore moins sa mise en oeuvre génitale) à caractériser l’affectivité de celui qui se dit homosexuel.

      Je sais bien que Philippe Ariño ne cherche pas à définir une nouvelle anthropologie, ce n’est pas son but, bien au contraire, mais il situe son discours, qu’il le veuille ou non, en référence à une anthropologie réductrice. Mieux vaudrait, je pense, qu’il ouvre son propos (sans entrer bien évidemment dans une "technicité" qu’il ne maîtriserait peut-être pas ou qui ne serait pas comprise) à une anthropologie métaphysique et théologique. Le témoignage qu’il ne cesse de donner avec courage n’en aurait que plus de portée réelle et il n’en serait que plus solide.

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