Le danger islamiste en Asie

par Gérard Leclerc

lundi 29 avril 2019

Messe pour les victimes des attentats du dimanche de Pâques au Sri Lanka célébrée le 28 avril 2019 en l’église Saint-Charles de Monceau, Paris (XVIIe).
Elle a été célébrée en cinghalais par le père Prabath Thamel, sri lankais, aumônier de la communauté cinghalaise d’Île-de-France, qui est prêtre étudiant résident dans la paroisse. © Michel Pourny

Dans ma paroisse hier, une messe a été célébrée en tamoul par un prêtre sri-lankais en présence de la petite communauté de ses compatriotes forcément très touchés par les attentats meurtriers qui ont eu lieu à Colombo, la capitale, le jour de Pâques. J’ai déjà exprimé en quelques mots combien j’appréciais ces fidèles absolument exemplaires et au demeurant parfaitement intégrés parmi les autres paroissiens. Ce n’était que justice qu’une de nos églises leur soit ouverte pour prier à l’attention de leurs défunts et des familles en deuil. Si l’on considère qu’ils sont à l’image des chrétiens de leur pays, une minorité significative (7,6 % de la population), il semble évident qu’il n’y a aucun sentiment belliqueux justifiant une quelconque vengeance de la part des terroristes de l’État islamiste.

Il faut rendre hommage à la presse française pour la qualité des informations qu’elle dispense, en ce moment, pour rendre compte des événements de dimanche. Ainsi, il est patent qu’entre chrétiens et musulmans il y avait souvent plus qu’une coexistence pacifique. D’ailleurs, beaucoup de personnes en danger ont pu se réfugier dans une mosquée de Colombo. Les chrétiens peuvent être en colère, mais ils ne cherchent nullement à se venger. Emmanuel Derville, l’envoyé spécial du Figaro, note que le clergé catholique garde la population sous contrôle et préserve la paix civile. Mais alors comment expliquer cette flambée de violence ? Le Monde consacre plusieurs pages au problème : « Pourquoi l’Asie devient la nouvelle cible de l’EI. » L’Asie est devenue une terre « une terre d’expansion de la franchise terroriste qui multiplie les actions meurtrières du Bangladesh à l’Indonésie ».

L’enquête menée au Sri Lanka met en évidence des menées extérieures. Les attentats ont été planifiés de longue date par des spécialistes du terrorisme qui ont procédé à la reconnaissance des cibles, ont fabriqué les bombes, sélectionné et entraîné les kamikazes. C’est donc que la défaite des djihadistes au Moyen Orient n’a pas mis fin à une entreprise qui gagne d’autres zones et notamment aujourd’hui le cœur de l’Asie. Il s’agit, pour les dirigeants de l’EI de gagner à leur cause un partie des populations musulmanes locales. Devant pareil défi, on comprend les enjeux du dialogue interreligieux que le Pape tente de nouer avec certains responsables de l’Islam.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 29 avril 2019.

Messages

  • "... il semble évident qu’il n’y a aucun sentiment belliqueux (chez les chrétiens Sri Lankais) justifiant une quelconque vengeance de la part des terroristes de l’EI...". Pourrait-on rappeler que nulle part ailleurs où les chrétiens sont persécutés un tel sentiment ne justifie les mêmes crimes des mercenaires de l’EI ; "Pourquoi l’Asie devient la nouvelle cible de l’EI" et "l ’Asie est devenue "une terre d’expansion de la franchise terroriste qui multiplie les actions meurtrières du Bangladesh à l’Indonésie" : voilà une formulation pour le moins "curieuse" puisque, loin de la devenir, l’Asie EST la cible de l’EI depuis 2010-2011 : en effet, l’Irak et la Syrie, pour ne citer que ces deux pays de la région dite du Proche ou Moyen-Orient font bien partie du continent asiatique. D’autre part, l’affirmation selon laquelle "il s’agit pour les dirigeants de l’EI de gagner à leur cause une partie des populations musulmanes locales" ne saurait en aucune manière être assez suffisante pour expliquer les massacres et persécutions de chrétiens de l’Afrique à Asie (en passant par le P.O. ou M.O. où non seulement les chrétiens mais aussi les musulmans et les yézidis ont été persécutés).

    "Le danger islamiste en Asie" tel que configuré ne semble pas justifier à lui seul les nombreuses et quelque part ténébreuses raisons - j’allais dire prétextes - qui expliquent ces bains de sang perpétrés par les mercenaires criminels sous la bannière de l’EI. La réalité semble franchement se trouver bien au-delà de la violence gratuite d’une armée "religieuse", et semble relever plutôt de calculs profondément et bassement politiques et économiques et d’enjeux scélérats sous couverture d’un fanatisme intolérable et outrancier qui n’attendait peut-être que cela et, soit dit en passant, dont les actions meurtrières sont motivées, entretenues et amplifiées par la circulation de la drogue, de l’argent et d’autres "biens" matériels.

    Le "dialogue interreligieux" cité par Gérard Leclerc peut-il être aussi "compris" comme la participation à la recherche d’une éventuelle solution d’une crise hautement politique et économique ?

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