11 novembre

Le culte civique.
L’homme devant la mort

par Gérard Leclerc

mardi 12 novembre 2019

Le Panthéon et Saint-Étienne-du-Mont, montagne Sainte-Genviève, Paris.
© Grégoire Coustenoble

Hier, 11 novembre, le pays a vécu dans le souvenir des morts de la Première Guerre mondiale, avec une attention particulière pour la cérémonie de l’Arc de Triomphe, en présence du chef de l’État. Mais cette année, une autre cérémonie a suivi, dans l’après-midi, avec l’inauguration d’un monument aux morts pour la France en opérations extérieures. Ainsi s’ajoute, au long de la Seine, ici dans le parc André-Citroën, un nouveau mémorial où le pays se reconnaît dans le sacrifice des siens. Comment s’en étonner ? C’est l’humanité entière qui est fondée sur la mémoire et la reconnaissance envers les générations qui l’ont précédée et auxquelles nous devons tout. On dit que François Mitterrand avait une particulière dilection pour les nécropoles et qu’il gardait en tête l’emplacement des tombes de ses écrivains les plus chers. Peut-être devait-il cette sensibilité à un certain héritage dix-neuvièmiste, celui que Philippe Muray avait analysé soigneusement, parce qu’il y voyait une donnée essentielle de la civilisation contemporaine.

Ce rapport à la mort donne lieu à une véritable liturgie républicaine, avec le recours aux uniformes militaires qui lui confèrent son décorum et contribuent à une certaine sacralité. Ce n’est pas seulement vrai pour la France. Philippe Ariès, qui demeure un de nos grands historiens sur le sujet, m’expliquait qu’il avait écrit sa somme majeure, L’homme devant la mort, grâce à l’accueil d’une fondation américaine, à Washington, capitale fédérale. Washington précisément, qui avait été organisée comme une nécropole pour entretenir la flamme nationale des États-Unis.

C’est qu’il n’y a pas de cité ici-bas sans relation avec une sorte de transcendance qui est un certain rapport au temps. Mais cette transcendance a une saveur plus positiviste que chrétienne. Pour le comprendre, il suffit de visiter le Panthéon, ancienne église sainte Geneviève transformée en nécropole républicaine. Il y manque la dimension de la Résurrection que le visiteur fera bien d’aller goûter juste à côté, dans la merveilleuse lumière de Saint-Étienne-du-Mont, avec le visage de sainte Geneviève et les tombes de Pascal et de Racine, ces chrétiens qui savaient où réside leur espérance.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 12 novembre 2019.

Messages

  • Votre réflexion est légitime, judicieuse et nécessaire aujourd’hui.
    Que justifie la mort d’un homme, le sacrifice choisi ou imposé par des circonstances imprévues, d’un trépas ?
    Des raisons patriotiques, des engagements professionnels, des activités périlleuses ?
    Comment la justifier sinon l’expliquer, l’empêcher sinon la combattre.
    Le sage antique, romain dans sa civilisation pratiquait le culte de la guerre, comme une raison de vivre et de lutter jusqu’à un terme contenu dans son engagement pour une religion des divinités.
    Les modernes du temps actuel ont-ils gardé le même esprit, la même assurance, la même audace dans l’entreprise de la guerre ?
    Jupiter a ses émules, le Dieu de la paix cherche les siens.

    Les divinités mises en concurrence ont-elles la même dimension spirituelle de leur motivation personnelle.
    Il sera rappelé pour les uns qu’en absence de justification surnaturelle, l’action sans regret justifie le sacrifice.
    Il sera rapporté pour les autres que le risque pris pour survivre passera outre la résistance et le renoncement.

    Les victimes innocentes de tout combat de survie y laisseront leurs dépouilles.

    La justice de la guerre, la justification de la paix se croiseront sur le champ des conflits.

    Faut-il s’y résigner, ou oser les justifier, et essayer de les comprendre sans les confondre.
    Le culte civique de la vie mène vers un absolu le destin de chaque homme.

    Ce destin est-il antinomique entre ces deux postures distinctes, différentes sans être contradictoires.
    Il semble loin de vouloir célébrer dans le trépas la victoire de toute adversité.

    Il demeure encore le sens de ce sacrifice personnel et humain, pour des causes justes qui inspirent des témoins courageux du bien commun, jusqu’à la mort.

    Le domaine du partage des lignes de références de chaque état personnel qui ne saurait être lié à des philanthropies exclusives, ouvre des horizons spirituels inconnus.

    La question demeure toujours, que justifie de mourir aujourd’hui ?
    Sinon de servir une vie meilleure pour soi et pour les autres.

    Mais laquelle ?

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