Charlie

Le contraire de la caricature

par Dominique Decherf

lundi 26 janvier 2015

Après trois jours passés à Sanaa, il y a quelques années, je m’étais surpris moi-même à mon retour à Djibouti depuis le taxi qui m’emmenait de l’aéroport à la ville à fixer avec curiosité et une avidité sans précédent chaque visage féminin (Djibouti est un pays entièrement musulman mais où la grande majorité des femmes portent un simple voile de couleur qui ne dissimule pas la face). En trois jours dans la capitale du Yémen, je n’avais pas vu un seul visage de femme à découvert, rien que des ombres noires longeant les murs, y compris les fillettes.

Cette expérience me conduit à penser que la vraie réponse à l’islam rétrograde du voile intégral et de tout ce dont il est le symbole n’est pas la caricature, portrait à charge, mais au contraire la sublimation, l’art ou tout artifice qui embellit. L’arme la plus efficace dans cette lutte n’est pas la critique masculine, comme par exemple la journaliste italienne Oriana Fallaci qui ridiculisait hier les génuflexions des musulmans pendant la prière, mais bien l’exaltation du féminin.

C’est au plus fondamental le miracle grec. Plus que le berceau de la démocratie, moment si éphémère de son Histoire qu’on doit en retenir surtout la fragilité, la Grèce classique est l’invention de la beauté, l’idée de la perfection dans la nature. Je rappelle l’émerveillement du jeune Charles Maurras découvrant le Parthénon lors des premiers jeux olympiques modernes en 1896 et enlaçant une colonne des Propylées comme une femme aimée : « Un exercice ordinaire de la pensée montre souvent comme il est triste ou honteux d’être un homme sujet au mal et à la mort, mais j’éprouvais ici la noblesse de notre essence ; toutes les plus hautes disciplines de la raison rapprochaient de moi la beauté. » (Anthinéa)

C’était de sa part un geste plus religieux encore que simplement amoureux. L’esprit de la Grèce classique nous est parvenu par cette statuaire. Contrairement à Rome, la Grèce n’était pas à elle-même sa propre déesse, mais renvoyait à un autre ordre. Maurras poursuivit cette vérité dans les salles grecques du British Museum : «  Elle nous enseigne à chercher hors de nous les équivalents d’un rapport qui est en nous, mais qui n’est pas notre simple chimère. »

J’y pensais tout naturellement en attendant les résultats des élections du 25 janvier, celles d’Athènes, et celle de Miami où se déroulait la finale de la 63e édition du concours annuel de Miss Univers. Pourquoi cette dernière ? Par chauvinisme, aucune miss France ne s’étant jamais distinguée depuis la seule et unique fois qui remonte à 1953, et que cette année la petite miss France était pour la première fois une miss Nord-Pas de Calais (une « payse » pour moi), une Calaisienne qui paraissait avoir ses chances. Ces compétitions – Miss Univers d’esprit hyper-américain, Miss Monde plus cosmopolite qui a son siège à Londres – sont plus politiques qu’il n’y paraît au premier abord. La française pensait peut-être bénéficier de l’effet Charlie comme en 2008 il y avait eu un effet Obama. Peine perdue. La politique joua un rôle, la seconde dauphine étant Miss Ukraine et la première dauphine, Miss USA, la première hispano-américaine de naissance aux Etats-Unis ! La Française parvint à se qualifier parmi les quinze semi-finalistes (sur 88 candidates) mais son destin s’arrêta là.

Ces concours qui avaient suscité un temps le courroux des féministes consacrent aujourd’hui un modèle féminin beaucoup mieux assumé, une femme-sujet, responsable, active, intelligente et non plus simple objet. La participation de représentantes de pays musulmans — ou de Miss d’origine musulmane dans des pays d’immigration — progresse, bien que lentement, après les émeutes qui avaient empêché la tenue de miss Monde au Nigeria en 2002 (une Miss Nigéria avait été élue Miss Monde au lendemain des attentats du 11 septembre) et les protestations enregistrées lors de la tenue de Miss Monde en Indonésie en 2013.

Notre civilisation, depuis les déesses de la Grèce antique, mais aussi les femmes de la Bible culminant dans le visage de Marie, s’incarne plus que tout dans l’image de la femme. Mieux que les caricatures, et au-delà de toute pornographie, seule l’idée du Beau qui est aussi celle du Bon triomphera des fondamentalismes et de la violence.

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