Le conflit des prisons

par Gérard Leclerc

jeudi 25 janvier 2018

Le grave conflit qui a éclaté chez les gardiens de prison, à la suite des exactions que certains d’entre eux ont subies de la part de détenus radicalisés, ne peut être considéré comme de nature locale ou sectorielle. Il a une dimension sociale et politique d’ordre général. Celle-ci n’est pas circonscrite par la seule question du radicalisme djihadiste, mais elle oblige à une sorte de ressaisissement à propos de nos conceptions de la justice, de la répression des crimes et de la nature de l’enfermement carcéral. C’est vrai qu’un certain romantisme soixante-huitard en a pris un vieux coup. Je me souviens d’avoir interrogé Michel Foucault à propos de l’action qu’il avait menée en faveur des détenus dans le cadre de son Groupe d’intervention sur les prisons. L’auteur de Surveiller et punir, le grand livre publié en 1975, qui avait eu une influence considérable sur la perception de l’appareil judiciaire par toute une génération – et pourquoi ne pas le dire ? sur moi-même –, m’avait paru sur la réserve.

Que dirait-il aujourd’hui de la violence qui met sans cesse en danger un personnel désarmé aussi bien moralement que physiquement ? C’est une dimension tragique qui s’est réinvitée chez nous et face à laquelle les bons sentiments humanitaires paraissent dérisoires. De ce point de vue, on ne peut séparer cette violence de la situation générale du pays, avec ses divisions et parfois ses scissions. Robert Redeker a bien raison de souligner que la prison reproduit ces divisions avec la provenance des détenus et celle du personnel, celui-ci issu de la France périphérique en déshérence économique.

Il ne s’agit pas de plaider, en réaction au laxisme d’hier, en faveur d’un super système répressif, dont la violence répondrait coup pour coup à celle qu’il s’agit de juguler. J’ai plusieurs fois confié mon appréhension d’un alignement sur le système américain qui bat tous les records mondiaux d’incarcération bien au-delà de la Russie et de la Chine. Le slogan reagnien « Soyons durs contre le crime » ne saurait suffire en matière de politique judiciaire, d’autant que prospère en Amérique une logique du profit sans rapport avec la mission de la prison. Cette mission ne consiste pas seulement à surveiller et à punir, encore moins à créer des criminels encore plus endurcis à leur sortie qu’à leur entrée. Il est vrai que dans les conditions de surpopulation actuelle il est problématique d’envisager le suivi et la réinsertion des personnes détenues.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 25 janvier 2018.

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