Le christianisme et la culture

par Gérard Leclerc

lundi 29 février 2016

En choisissant le thème de la culture confrontée à la foi, pour un cycle de trois ans dans le cadre des conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, le cardinal André Vingt-Trois a rejoint la plus vive des préoccupations des chrétiens dans le monde d’aujourd’hui. Il y a quelques années, une sociologue du religieux prétendait que le catholicisme s’était en quelque sorte « exculturé » par rapport à la pensée contemporaine, signifiant ainsi qu’il s’était isolé et rendu incapable de rejoindre les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Mais ce divorce prétendu entre christianisme et moder­nité pourrait renvoyer à la confrontation incessante qui existe depuis vingt siècles entre des conceptions du monde différentes et parfois même étrangères les unes aux autres. Les historiens de l’Antiquité chrétienne mettent ainsi en valeur l’opposition première entre culture grecque et annonce chrétienne du Salut. Opposition qui, cependant, évolue avec une patristique recherchant dans l’héritage ancien de quoi opérer un discernement utile à la foi.
Pour Origène, l’homme acquiert son humanité par la culture, mais celle-ci se trouve profondément renouvelée par la sagesse de Dieu et la science des Écritures. Ainsi s’accomplit un approfondissement en faveur de l’homme intérieur :

« Si l’on ne cultive pas l’homme intérieur, si l’on n’en prend pas soin, si l’on ne l’orne pas de vertus, si l’on ne le dote pas de bonnes mœurs, si l’on ne l’exerce pas dans les institutions divines, si on ne cherche pas la sagesse de Dieu, si on ne s’applique pas à la science des Écritures, on ne peut pas être appelé homme-homme, mais homme seulement, homme en tant qu’être psychique, car l’homme intérieur, celui à qui est dû avec plus de justesse et de noblesse le titre d’homme, a été tellement engourdi par les vices charnels et écrasé sous les soucis et les inquiétudes de ce monde qu’il ne mérite même pas de porter ce nom d’homme. [1] »

Cette opposition qu’on jugera sévère se retrouve aujourd’hui, lorsqu’à la suite de saint Jean-Paul II, la culture de vie se dresse contre les débordements éthiques d’une culture souvent officielle, d’autant plus qu’elle se trouve normalisée par la législation de nos pays.

On prêtera une particulière attention aux conférences de Notre-Dame qui se poursuivront jusqu’aux Rameaux sous la direction de Rémi Brague. Celle de dimanche dernier, prononcée par Caroline Roux s’inscrit tout à fait dans la ligne d’Origène. L’opposition entre culture de vie et culture de mort, par-delà la vaine querelle de l’exculturation, renvoie à une option fondamentale, eu égard à la dignité humaine indissociable d’une vocation divine. 


[1On se reportera avec intérêt à l’étude de Sébastien Morlet Les chrétiens et la culture. Conversion d’un concept (Ier-VIe siècle), Les Belles Lettres.

Pour aller plus loin :

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