Le chien, compagnon spirituel

propos recueillis par Aymeric Pourbaix

vendredi 22 avril 2022

© Julian Kumar / Godong

Dans la Création, le chien jouit d’une place à part. Il peut nous guider sur le chemin du Ciel selon le Frère Xavier Loppinet, dominicain, docteur en théologie et auteur de Mon chien me conduira-t-il au Paradis ?

Pourquoi pensez-vous que le chien peut être un «  compagnon spirituel  » pour l’homme ?

Frère Xavier Loppinet, o. p. : Le premier enjeu est d’admettre, d’oser reconnaître, que ce que je vis avec mon chien a de l’importance pour moi jusque dans ma vie spirituelle. Il n’y a pas dans ma vie, d’un côté ma relation à Dieu et, d’un autre côté, ma relation avec le monde, et tous ses êtres vivants. «  Tout est lié  », comme le dit le pape François dans Laudato sí.
Dieu, devant sa création, «  vit que cela était bon  ». Notre regard, finalement, rejoint le sien quand nous percevons la bonté de notre animal de compagnie. Bien sûr, on rejoint là aussi toute l’intuition franciscaine qui voit dans chaque être, un frère, une sœur, tous issus d’un même Père.

On peut même associer, dites-vous, le rôle du chien à celui de l’ange ?

Dans la Bible et la tradition chrétienne, il y a ce que j’appelle un «  inséparable trio  » : l’ange, l’homme, et le chien. Avec ces trois-là, c’est tout le cosmos qui est représenté. Dans le livre de Tobie, le chien – qui n’apparaît que dans deux versets – a une fonction parallèle à celle de l’ange Raphaël. Dans la version de la Vulgate, de Jérôme, sans que l’on sache trop d’où Jérôme tire sa traduction, le chien a même la fonction d’annoncer la bonne nouvelle du retour de Tobie à ses parents qui le pensaient mort : «  Alors, le chien qui était avec eux sur le chemin les précédait, et survenant comme un messager, manifestait sa joie en remuant la queue  » (Tobie 11, 4).

Cette fonction de messager, c’est une fonction angélique ! On retrouve anges et chiens dans la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare (Luc 16, 19-31).

Pareillement, on les retrouve dans l’histoire bien connue de saint Roch. En fait anges et chiens sont mis par Dieu au service de l’homme, chacun dans sa fonction. Quant au fameux «  Gris  » de Jean Bosco, ce chien providentiel qui l’a sauvé plusieurs fois d’attaques d’assassins, survenant à l’improviste, le fondateur des Salésiens, à la fin de sa vie, a dit que c’était peut-être bien un ange qui se cachait derrière ses interventions.

Dans sa symbolique, le chien est un gardien de la conscience. Sainte Catherine de Sienne l’évoque ainsi…

Les dominicains et les chiens, c’est toute une histoire ! Il y a bien sûr ce jeu de mots sur le latin : les dominicains sont des Domini canes, c’est-à-dire qu’ils sont des «  chiens du Seigneur  ». Surtout, le chien qui aboie pour prévenir du danger et protéger le troupeau, a été considéré comme l’image même du prédicateur efficace. Cette image ne pouvait que convenir aux Prêcheurs que sont les dominicains. La dominicaine Catherine de Sienne, avec son génie propre, a intériorisé l’image : nous avons, en chacun de nous, la conscience, qui est comme le chien de garde de notre cœur. Il l’avertit des dangers.

L’écrivain Dino Buzzati qui était fou de chiens, a écrit une nouvelle formidable : Le chien qui a vu Dieu, dans laquelle se trouve un chien ayant appartenu à un ermite. Il suffit que l’animal regarde dans les yeux les villageois malhonnêtes pour qu’ils se détournent du mal qu’ils s’apprêtaient à faire. Je dirais qu’en général tout animal, regardé sincèrement, en âme et conscience, nous élève.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien et du Grand Angle dans le magazine.

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