Le chagrin et la colère

par Gérard Leclerc

mardi 5 janvier 2016

Un an après le massacre de l’équipe de Charlie Hebdo, l’éditorial de Riss, l’actuel directeur du journal, crée l’émoi, d’autant qu’il accompagne une couverture provocatrice. Beaucoup s’estiment insultés par une prose vindicative, voire haineuse, à l’égard des croyants, décrits uniformément comme des illuminés. J’avoue que ce qu’il y a d’insultant dans le papier de Riss ne m’a fait ni chaud ni froid. J’ai surtout retenu la colère de celui qui avait subi l’épreuve du feu, avec l’insupportable mise à mort de ses amis et compagnons. Que cela provoque une houle de fureur, comment s’en étonner, a fortiori s’en scandaliser ? Certes, cette colère alimente une rhétorique particulièrement véhémente, mais on a plutôt l’habitude de ce type de langage. Et pardon, mais à l’analyse, en terme de pensée, c’est plutôt pauvre et même nul. Cela ne vaut même pas réponse, c’est tellement hors de toute éthique de discussion.

Alors, le mépris ? Non, ce serait tomber dans un piège malheureux. On ne peut pas mépriser quelqu’un qui souffre à ce point, et qui hurle parce qu’il a mal. On peut être totalement étranger aux obsessions de Charlie Hebdo et se souvenir des visages de ceux que deux tueurs fous ont massacrés. J’en reste, pour ma part, à ma première réaction au moment du massacre. Une tristesse infinie, une colère d’être ainsi privé de collègues, d’interlocuteurs, dont tout à peu près me séparait mais dont l’absence m’était insupportable, ne serait-ce que parce que j’étais privé de la possibilité de les affronter en personne ! Et puis il y a des nuances à apporter. Avec certains collaborateurs de Charlie, il m’arrivait d’avoir des connivences, ne serait-ce qu’avec Bernard Maris. À la mort de Cavanna, j’ai même rendu hommage dans cette chronique au talent et à l’épaisseur humaine du personnage.

Non, il importe surtout de ne pas tomber dans le piège de la haine et du ressentiment. Nous avons beaucoup mieux à faire, ne serait-ce qu’à retrouver un fond d’humanité commune, qui nous soulève au-delà de nous-mêmes et nous fasse espérer.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 janvier 2016.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Décidément, la prose de Gérard Leclerc ne passe pas la rampe. Il ne peut pas s’empêcher de se placer au premier plan, de voir les évènements à travers ses impressions et ses sentiments, certes nourris par l’expérience. L’abus du prénom "Je" est ici caractérisque. Quel dommage pour ses analyses, qui y perdent terriblement en profondeur et en alacrité.

    En comparaison, l’article de Frédéric est d’une justesse remarquable.

  • Ah ! Quand G. Leclerc a des connivences avec certains collaborateurs de Charlie ou à d’autres personnages tout aussi malsains, il y a bien sûr des « nuances à apporter », il faut « rendre hommage à leur talent et à l’épaisseur humaine de ces personnages » ...
    Triste ...
    M. Leclerc, vous ne voyez donc pas que le chagrin et la colère sont uniquement à reconnaître chez les vraies victimes de toutes ces tueries ?
    Vous n’êtes pas obligé de donner votre avis tous les jours sur tout, surtout si c’est pour donner des excuses à des imbéciles dangereux qui. eux, ne demanderont jamais pardon pour leurs provocations, mais en profiteront de façon ignoble de se faire de la pub à bon marché

  • Si "çà ne vaut pas réponse" pourquoi y consacrer une page entière ?
    FC s’honorerait de cesser de parler de ce journal qui se complaît dans la fange. Le silence était la meilleure attitude pour cet anniversaire.
    NM

    • Je pense au contraire des trois messages précédents que le mot de G. Leclerc est celui qui justifie le mieux le titre de ce journal. Qu’il soit donc remercié pour ce propos, certes audacieux, mais qui m’oblige à mon tour. Et je lui suis reconnaissant pour cette obligation.
      Il est devenu difficile d’aimer la France, plus difficile encore d’aimer ceux qui l’habitent, d’y cultiver une paix authentique, c’est-à-dire, plus qu’une sécurité, une bienveillance envers autrui. En ce qui me concerne, seul ce genre d’éditorial m’aide à y survivre spirituellement. Et ce genre précis ne se trouve guère ailleurs dans la presse française.


  • On peut toujours avoir un regard pour les personnes en tant que personnes et Bernard Marris pouvait peut- être se montrer attachant (Je ne suis pas fou de Keynes, mais enfin on peut en discuter) mais l’institution de "Charlie" me glace et ce journal sort droite ligne des "démons de Dostoïevski, qui a prophétisé la complaisance mondaine et aujourd’hui médiatique et politique dont ce journal bénéfice.
    Maintenant il est vrai que leurs imprécations de vieux gamins et contre Dieu font sourire et le mieux c’est de laisser tomber, de ne pas lui accorder plus d’importance que cela mérité Dieu n’a pas besoin de nous pour se défendre ou permettre de convertir ceux qui le persécutent, lui et son" fils qui a versé son sang pour nous, la victime innocente" comme dit Aliocha les yeux étincelants à son frère Ivan, l’athée , qui accuse Dieu les dans les frères Karamazov ;
    Plus grave est l’offense souvent graveleuse, faite délibérément aux croyants de bonne foi, sincères de toutes religions, en particulier les catholiques, ce qui n’est pas tolérable ( Tout le monde n’est pas islamiste chez les musulmans et nous devons les aider ceux qui luttent contre cette tentation par notre délicatesse et aussi notre consistance ) Oui, le fait de croire e en Dieu ne nous dispense pas automatiquement de nos péchés et les chrétiens le savent bien, mais cela offre du moins pour les chrétiens ,plus précisément pour les catholiques et les orthodoxes l’occasion de grandir dans notre liberté d’enfants de Dieu, nous mettre face à nos responsabilités devant le bien et le mal et comme le dit en conclusion le héros qui se reconvertit à la fin des " démons" Stephan le professeur libéral " Dieu est nécessaire parce qu’il est le seul être que l’on puisse aimer éternellement ?
    On ne peut donc passer sous silence cette offense délibérée d’un journal, qui est devenu une icone médiatique chérie du pouvoir .ni oublier son pouvoir de nuisance nihiliste et de démoralisation sur tous ceux que nous fragilisons, à qui nous transmettons ce détestable exemple, ceux que nous déboussolons et scandalisons : les plus jeunes d’entre e nous. Réagissons, luttons : Paix certes, aux victimes, quelques qu’elles soient , et recueillement , mais non nous ne s sommes pas Charlie, ce journal nous fait mal, nous ne l’aimons pas et personne ne nous forcera à l’aimer ! Et rappelons que si le Christ a pardonné à tous ses persécuteurs, il ne les pas bénis.

    • Trois ou quatre titres ont couvert les articles publiés dans FC sur le sujet "Charlie". Les réactions précédentes qu’ils ont déclenchées peuvent, à mon avis, être considérées comme légitimes, que l’on soit d’accord, ou pas, ou en partie avec les idées exprimées par G. Leclerc et F. Aimard. Chacun de ces billets comporte, me semble-t-il, des éléments à ne pas négliger, mais j’ai retrouvé une expression commune dans les deux : "bête et méchant". Cette expression courante pourrait cependant être interprétée de plus d’une manière et serait, comme on dit, à "double tranchant". Quoiqu’il en soit, il ne me viendrait pas à l’idée de la considérer comme, par exemple, une sorte de "parachute" pour, disons, "amortir" la violence, d’où qu’elle émane. "Bête et méchant" pourrait être traduit par exonérer les collaborateurs de cet hebdo-scato de leurs responsabilité personnelle et collective. Cependant, le contenu des deux articles montre de façon claire, dans le style propre à chacun de leurs auteurs, comme la ligne directrice de deux pensées qui finissent par se rejoindre, une pensée que j’ai traduite par "tout jugement n’appartient qu’à Dieu Seul". Ce qui ne m’empêche pas d’ajouter en vitesse : non, je ne suis pas Charlie, je suis, "comme disait la Mistinguett" ...comme le Bon Dieu m’a fabriqué...

      Dans des messages précédents, le thème de la violence a été abordé
      à juste titre : il est indéniable que nous sommes envahis par une violence à tous les niveaux, nous y sommes englués, la violence nous cerne : spots publicitaires, langage écrit et parlé, JT et autres "infos" films, séries télévisées, les victimes jonchent les scripts, tueurs, révolvers en action, viols en tous genres, persécutions, massacres,
      meurtres et autres crimes, guerres... la panoplie complète est étalée en boucle et re-boucles, bref, nos petits et grands écrans sont éclaboussés de sang qui gicle de partout !...La presse écrite n’est pas en reste. Le "style" Charlie hebdo ne semble pas y échapper. Sans oublier de souligner que, oh et bien plus que le prophète Mahomet, combien Dieu, Jésus, et l’Esprit ont été les cibles préférées de ces plus qu’ "irrévérencieux" crayons talentueux minés (sans jeu de mots) par comme une haine irrépressible... avec la bénédiction de la liberté d’expression...N’ayant jamais déboursé un centime pour acquérir ces tableaux, il m’a été néanmoins possible d’en faire provision scatologique sur le web.

      Ceci étant posé, une question me hante : peut-on attaquer quelque chose ou quelqu’un qui n’existe pas ?... Il faudrait être fou, ou bête et méchant... Qu’on veuille bien m’en excuser, mais je n’ai jamais cru que les caricaturistes de l’hebdo-scato l’étaient... Tout compte fait, il me semble que la moindre des choses serait que je les remercie de m’avoir apporté comme une preuve que Dieu est bel et bien Présent...

      Qu’il me soit permis de mentionner un terme lu dans le message du 5/1 16:17 à propos de Charlie : "...icône médiatique...". Mais... chut !

      Pour conclure, on voudra bien me pardonner : aujourd’hui, pour moi, et avec tout le respect dû à qui de droit, aujourd’hui c’est la très belle fête de l’Epiphanie, la fête de la Lumière par excellence... qu’il me serait, personnellement, j’écris bien personnellement impossible d’oublier et de remplacer par aucune autre manifestation. Ne serait-ce qu’au nom, comme on dit, de la LIBERTE DE PENSER.

      MERCI.

  • "Beaucoup de bruit pour rien" quand on lit la réaction des lecteurs de France Catholique révoltés par Charlie Hebdo. Il ne s’agit que de Charlie Hebdo, journal bête et méchant et depuis très longtemps en panne de lecteurs. Il a fallu l’horrible crime perpétré contre ses membres (de vieux messieurs d’une autre époque pour la plupart) pour redonner un souffle trompeur à cette "institution".
    N’ayant vu que rapidement la caricature , je n’ai rien compris, quelqu’un peut-il me dire ce que signifie le triangle sur la tête : une mitre ? un signe cabalistique ?
    Cette caricature qui choque tant de pieuses âmes, en fait, témoigne de l’incapacité d’une partie de l’opinion journalistique bien-pensante à comprendre le sacré et le religieux.
    Bref, les caricaturistes pour s’en prendre à Dieu, ressortent la vieille image d’un père Noël barbu couvert de sang car le dieu monothéiste est le grand coupable, cela va sans dire. Vieille rengaine !! On a oublié comme par enchantement les plus grands crimes dus à l’athéisme du vingtième siècle...
    Pourquoi, ce déchaînement contre Charlie Hebdo alors que cette idée est défendue par toute la presse "officielle" sans caricature mais avec plus de "perfidie".

    J’ai été révoltée moi par la une de Marianne, j’avoue avoir eu un haut le cœur en étant agressée par le titre : "se moquer, provoquer , c’est çà la France" et d’illustrer cette sentence par des photos. Certes, cette France existe et je pense que souvent, je peux m’y associer mais enfin la France ce n’est que cela ? j’en ai marre de voir Voltaire trôner partout. Et la France de Pascal ? et le tragique ? on est que cela pour la presse officielle : la rigolade et se moquer de tout ? comment opposer aux ennemis qui veulent notre mort ce "rien" placé par nos bien-pensants comme l’absolu ?

    Et pour finir une pensée pour Michel Galabru qui représentait lui la France du rire, de la légèreté et de la gravité (aspect moins connu de sa personnalité) cela nous change de "la France sérieuse qui pense"......

    Laurelo

  • Cher Gérard Leclerc,

    On ne saurait vous reprocher l’expression d’une compassion qu’on sait sincère.

    On peut en revanche vous reprocher de ne pas vous situer sur le bon registre qui ne peut pas en rester aux sentiments. Il n’est pas question dans mon message de sentiment mais de philosophie politique.

    Les Charlie se sont faits les propagateurs d’un nihilisme idéologique violemment anti-religieux. Car il y a une violence dans leurs dessins et dans leur prose.

    On ne peut pas impunément semer la violence par un média et prôner le nihilisme en affirmant haut et fort que rien n’est respectable et surtout pas les croyances religieuses, comme l’ont fait et le font encore les Charlie, sans devoir en assumer toutes les conséquences.

    Au cours d’un colloque sur la crise de la démocratie, je me souviens avoir entendu Philippe Nemo expliquer froidement que si tout était relatif, alors la vie du prochain l’était aussi et l’on pouvait en disposer selon son choix...C’est d’ailleurs ce qui arrive quotidiennement avec l’ IVG.

    Les tueurs de Charlie n’ont pas procédé autrement. Ils ont, à leur insu, poussé l’idéologie Charlie dans ses ultimes retranchements.

    Que les Charlies n’aient rien compris, c’est leur problème. Nous ne pouvons que compatir effectivement face à tant d ’inconséquence. Mais elle est celle de notre époque qui se prend, comme un boomerang, la violence qu’elle distille quotidiennement par le libertarisme ambiant.

    A présent, les Charlies, ironie du sort, se voient infliger un bien étrange purgatoire : on se met à parler d’eux...religieusement. Vous me permettrez de laisser cela à d’autres.

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