Le cas Aude Lancelin

par Gérard Leclerc

mercredi 19 octobre 2016

Le journaliste que je suis ne manque pas de s’inquiéter de l’avenir de la presse écrite, à laquelle il a consacré la plus grande part de sa carrière. On sait que l’avenir économique de cette presse est plus que problématique. Où est le temps où un journal comme Le Monde pouvait vivre de sa propre activité, fier de son indépendance par rapport aux puissances financières et industrielles ? Ce n’est matériellement plus possible aujourd’hui. Comment ne serais-je pas d’accord sur ce point avec ma collègue Aude Lancelin, congédiée de L’Obs (l’ancien Nouvel Observateur) pour trop d’indépendance d’esprit ? « La presse française traverse une période extrêmement difficile, elle est désormais entièrement dans la main des avionneurs, de bétonneurs, des géants du luxe et du CAC 40. »

Aude Lancelin vient de publier à ce propos un essai véhément, où elle exprime tout ce qu’elle a sur le cœur et qu’elle a trop longtemps gardé pour elle (Le monde libre, Éditions Les liens qui libèrent). Je ne dis pas que je me retrouve sur toutes ses positions, mais j’apprécie hautement sa franchise et surtout sa liberté entière avec sa position originale dans le champ des idées. Il est plutôt rare pour une intellectuelle reconnue franchement à gauche de se réclamer du catholicisme social de Chesterton, de l’iconoclasme d’un Pasolini ou encore de l’humour féroce et décalé d’un Philippe Muray. Moi, ça me convient parfaitement, mais c’est très mal porté dans une certaine intelligentsia, d’autant plus que ces références réactionnaires s’allient à des convictions sociales authentiques et un véritable engagement pour la gauche qui n’a pas renié l’honneur syndical et ouvrier.

Nous avons particulièrement besoin de cette liberté de pensée parce que nous vivons une période où le discernement intellectuel est d’une urgence absolue. Si une Aude Lancelin est inopportune dans une presse qui se veut de gauche, ce n’est pas une bonne nouvelle. Car à l’heure où notre pays doit prendre des décisions fondamentales, il a besoin d’un vrai débat de fond, avec toutes les forces disponibles pour déterminer où sont les urgences, où sont les accords et les désaccords nécessaires pour notre avenir commun.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 octobre.

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