Le cardinal Vingt-Trois

par Gérard Leclerc

lundi 13 novembre 2017

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a donc remis sa charge au Saint-Père, à l’occasion de son soixante-quinzième anniversaire. Le pape François devrait dans un avenir, sans doute assez rapproché, nous donner le nom de son successeur. Mais avant que ne se fasse la transmission avec le nouvel archevêque, il nous est précieux de faire le point sur l’épiscopat qui s’achève. Le cardinal, lui-même, a procédé à une sorte de bilan personnel dans un grand entretien qu’il a donné à Jean-Marie Guénois, au Figaro de samedi dernier. Ceux qui connaissent la personnalité de Mgr Vingt-Trois n’ont pas été étonnés de la substance de son propos, tant il correspond à la solidité de son caractère tempérée par un humour toujours aux aguets.

Il y a beaucoup de choses à retenir de cet entretien. J’ai été, quant à moi, sensible à la vision du peuple chrétien qui s’en dégage : « L’Église du peuple, dit le cardinal, n’est pas seulement composée de militants et on ne peut pas, non plus, se satisfaire d’une Église à deux vitesses ! L’Église doit donc accueillir tous les degrés et toutes les modalités d’appartenance. La personne qui est cachée derrière un pilier participe tout autant à la messe que le chef de chœur estampillé catholique pratiquant. Ce mystère d’intériorité, personne n’est capable de le rationaliser. Mais il nous revient de permettre à chacun, quel qu’il soit, d’accéder à Dieu, quel que soit le degré de sa participation. » J’ai apprécié l’image et la réalité à laquelle elle correspond.

Précisément, ce peuple chrétien, surtout lorsqu’il n’est pas bien estampillé, ne craint-il pas, en ce moment, pour son avenir, notamment face au phénomène de populations nouvelles qui met en cause ce qu’on appelle son identité ? Là-dessus aussi, le cardinal a son appréciation : « La question est de savoir si nous avons une vitalité suffisante pour les accueillir et leur proposer un mode de vie différent, ou si nous sommes à ce point anesthésiés que l’on n’ait plus qu’à se cacher et leur laisser occuper le terrain… » N’est-ce pas toute la question, qui est de savoir s’il ne convient pas mieux de remplir nos églises que de se plaindre de la présence d’autres croyants sur notre territoire ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 13 novembre 2017.

Pour aller plus loin :

Messages

  • confirmation de votre dernière phrase à travers l’aphorisme imagé d’Aristote ’’la nature a horreur du vide’’, qui est vraiment universel et se constate dans tous les ordres de la création : en physique, dans les manifestations de la vie et de la société, … et même dans le domaine spirituel ; à cela se rajoute le phénomène d’inertie, càd du temps de changement d’états (plusieurs années ou dizaines dans les questions de société).
    Ainsi depuis 50 ans, le vide démographique dû aux non-naissances par avortement se compense par l’immigration, et la désaffection numérique régulière des églises est remplacée par une pratique croissante dans les mosquées.

  • remplir les églises...
    Voilà bien un objectif prioritaire -et permanent - pour les chrétiens.

    Je me souviens encore de la feuille de route que le cardinal Lustiger (de bienheureuse mémoire) nous avait transmise lors d’un rassemblement - une convocation cardinale, plutôt... - dédié à l’évangélisation. Cette évangélisation qui est, en définitive, le seul moyen de remplir les églises.

    La tâche est immense, tant la société de consommation a mené un inlassable travail de sape pour miner et effondrer les valeurs qui conduisaient l’homme à préférer un mode de vie conforme aux prescriptions de l’Evangile (pour lesquelles les biens de ce monde ne sont que secondaires).

    Un commentaire précédent parlait du vide. Ce vide n’est pas que démographique. Il est avant tout spirituel, intellectuel, culturel et même affectif. La démographie n’est qu’une des conséquences de ce vide.

    L’avoir a supplanté l’être. La quête obsessionnelle des objets matériels l’emporte sur la quête métaphysique. Résultat immédiat : une société dépressive qui croit se guérir au travers de ses boulimies et de ses addictions, toujours plus étendues, qui ne font que l’enfoncer un peu plus.

    Les faux prophètes du relativisme ont provisoirement gagné et ceci sur le terreau d’une inculture grandissante (*). Cette culture, jugée parfois élitiste par ses détracteurs, qui pouvait jusqu’alors servir de garde-fou en donnant à tout un chacun des outils de réflexion, d’analyse et de raisonnement.

    L’hédonisme, le relativisme et l’indifférence ont fait beaucoup plus pour siphonner les églises que l’athéisme militant (bien souvent ringard et caricatural ; cf. les "libres-penseurs" de Ploermel...).

    L’immigration remplit les mosquées ? Les Français "de souche" remplissent les centres commerciaux !

    Ça s’équibre, diraient les observateurs cyniques et désabusés...

    * il faut se garder de confondre culture avec savoirs techniques et connaissances segmentées ; l’école privilégie ces derniers (plutôt mal, d’ailleurs, mais cela-même fait partie du deal ultra-libéral...) au détriment du développement de l’intelligence sur un large spectre

  • "La personne qui est cachée derrière un pilier participe toute autant à la messe que le chef de choeur estampillé catholique pratiquant..." Plus loin à propos de ce que Mgr Vingt-Trois nomme "les populations nouvelles" : "... la question est de savoir si nous avons une vitalité suffisante pour les accueillir et leur proposer un mode de vie différent, ou si nous sommes à ce point anesthésiés que l’on n’ait plus qu’à se cacher et les laisser occuper le terrain...". Discours pertinent et qui laisse à chacun le soin d’ interroger sa propre conscience...

    En remerciant Gérard Leclerc de rapporter ces mots de Mgr Vingt-Trois, on note que la conclusion de l’article résume en quelque sorte le discours du prélat : "...toute la question est de savoir s’il ne convient pas mieux de remplir nos églises que de se plaindre de la présence d’autres croyants sur notre territoire...".
    Sont évoqués, ici et là et à juste titre d’ailleurs, "un pilier", "nos églises", "notre territoire"... Toutefois, la question ne serait-elle pas aussi - et surtout- de réfléchir à l’évocation, dans les précédents messages, du vide ?

    A propos de vide, pourrait-on se permettre d’autres citations : "le vide n’est pas que démographique. Il est avant tout spirituel, intellectuel, culturel... L’avoir a supplanté l’être... L’immigration remplit les mosquées ? Les Français "de souche" remplissent les centres commerciaux !". (Au vu de ce qui nous est présenté aux infos, ce ne sont pas seulement les mosquées qui sont remplies de prières mais également les rues).

    Et pendant ce temps, on reparle d’interdiction de crèches en certains lieux, tout dernièrement de celle de la croix au-dessus de la statue de saint JPII, de signes religieux apparents, etc... Ce soir, un ami nous demandait si, en se rendant à son lieu de travail en récitant comme d’habitude "in petto" ses prières il risquait de se faire conduire commissariat au cas où, par distraction, il les terminait un jour en faisant, dans la rue, le signe de la croix. Nul ne s’est jugé autorisé à lui donner la réponse adéquate. Pas plus qu’une adresse où elle pourrait lui être fournie.

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