Le cardinal Barbarin, bien au-delà de la tempête

par Gérard Leclerc

lundi 17 septembre 2012

L’archevêque de Lyon est interrogé sur une actualité, il est vrai brûlante, dans deux médias locaux, et ses propos suscitent des échos passionnés dans toute la France... En dépit du caractère souvent désagréable de telles réactions, il faut peut-être se féliciter que la parole du Primat des Gaules « percute » ainsi les consciences, en obligeant à reprendre les grandes questions en dehors des cadres convenus dans lesquels on voudrait les enfermer. Encore faut-il, évidemment, qu’il n’y ait pas déformation du sens des propos tenus. Le cardinal Barbarin n’a pas associé l’homosexualité à la polygamie (mot qu’il n’a d’ailleurs pas prononcé) et à l’inceste. Il n’a pas lancé de condamnation morale à l’égard d’une catégorie de la population. Il a mis en garde contre les conséquences structurelles profondes d’une modification de législation sur le mariage. L’ouverture de celui-ci aux personnes du même sexe signifierait, en effet, une atteinte à l’intégrité de l’union conjugale, justifiée par l’accueil et la protection de l’enfant. Il en va ainsi de quelques principes essentiels, sans lesquels une société est promise à l’anomie et à la dissociation. Le grand penseur du droit qu’est Pierre Legendre a donné un nom à la fonction de ces principes. Ils permettent tout simplement « d’instituer la vie ».

Bien sûr, cette intervention d’une des principales personnalités de l’Église de France dans le débat sur le mariage « pour tous » ne pouvait que secouer l’opinion, et d’abord la classe politique et les médias. Bertrand Delanoë, en vif désaccord avec le Cardinal, a néanmoins reconnu que c’était un sage. La sagesse consiste ici à mettre en relief ce qui doit l’être à l’encontre des dérivations qui font perdre de vue ce qui est en cause avec l’union de l’homme et de la femme. Certains — et même la plupart — des avocats de la modification de notre droit, expliquent qu’il s’agit de promouvoir la dignité de personnes, qui dans le passé et aujourd’hui encore, ont été méprisées, voire persécutées. Le cardinal Philippe Barbarin affirme et montre que, dans son esprit, il ne s’agit nullement de mépriser. Au contraire, il va très loin dans l’affirmation de la présence nécessaire de personnes d’orientation homosexuelle dans l’économie ecclésiale. Lui-même s’est distingué par un charisme d’accueil et de dialogue qui dément toute interprétation négative à leur égard. Il ne faut pas se tromper sur la question posée. Elle est trop déterminante pour le devenir le plus humanisant de notre société.

Messages

  • « Plus Gay sans Mariage », collectif homosexuel défendant la liberté de parole sur l’homosexualité, réagit aux propos du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon.

    Devant la folie médiatique qui s’est levée suite aux propos de l’évêque de Lyon - suffisamment travestis par les rédactions pour ne pas être condamnés par le Ministre de l’Intérieur - le collectif "Plus gay sans mariage", emmené par deux jeunes athées homos, Xavier Bongibault et Nicolas Deborbe, apporte son plus grand soutien à Mgr Philippe Barbarin, cardinal de Lyon.

    "+ gay sans mariage", collectif homosexuel défendant la liberté de parole des homos et l’homosexualité, réclame depuis juillet 2012 la tenue d’un vaste débat national sur les conséquences du mariage homosexuel et de l’adoption par les couples de même sexe ; il ne peut rester inerte face à ce nouveau déchaînement médiatique, suscité cette fois-ci par les mots « polygamie » et « inceste » sortis de leur contexte de l’interview que Mgr Barbarin a donné sur RCF et TLM Lyon ce vendredi 14 septembre.

    L’opposition au projet de loi est quasi-interdite

    Les accusations d’homophobie portées à l’encontre des ecclésiastiques par les militants et les porteurs de ce projet de loi, comme le maire de Paris qui n’ose pas à lui-même péter les plombs avec le « pétage de plomb » du cardinal, ne reposent que sur un refus du débat, de la liberté de parole et de l’interdiction laïque de toute opposition.

    La seule faute – qui n’en est pas une – qu’ait commise l’archevêque de Lyon, c’est de ne pas s’être suffisamment fait comprendre.

    En effet, lorsque Philippe Barbarin affirme que le mariage homosexuel est, à terme, une porte ouverte à l’inceste et à la polygamie, il ne fait, à nos yeux, que tirer les conséquences de l’argument des associations LGBT faisant reposer l’ouverture du mariage aux homosexuels sur la seule considération de leur amour.

    Si la loi offre aux couples homosexuels la possibilité de se marier en vertu de leur amour, sur quelle base sera-t-il interdit à un trio dont les membres s’aiment, et comme il en existe des milliers en France, ou à une mère et son fils qui s’aiment, comme il en existent des millions en France, d’avoir accès au contrat de mariage ?

    Pour "+ gay sans mariage" ce ne sont pas les propos de Mgr Barbarin qui sont choquants mais l’argument d’ "amour" du milieu militant gay ! En effet ce n’est pas au maire, pas à la loi, de juger des sentiments entre deux personnes, et quelque soit leur orientation sexuelle !

    Le mariage homo ne fait pas l’unanimité dans l’opinion publique ni même au sein de la communauté homosexuelle.

    Le collectif dénonce un nouvel exemple du refus par les medias et les lobbys gays des divergences d’opinion, que ce soit dans la société en général, mais aussi, et c’est plus grave, dans la communauté gay.

    Une chose est certaine, c’est qu’en jetant ce pavé dans la mare vide du débat national, Philippe Barbarin a éclaboussé l’opinion publique, qui, loin d’être convaincue du bien-fondé de cette réforme, attend d’urgence et d’impatience , avec la majorité homo-silencieuse, l’ouverture de celui-ci.

    Tandis que le ministre de l’Intéreur lui-même affirme « que L’Eglise catholique participe au débat, c’est son droit », il y a urgence à ouvrir ce dialogue avec tous, homos et athées compris.

    « Plus gay sans mariage » demande donc à nouveau, avec tant d’autres de plus en plus nombreux – du Courant des Poissons Roses du PS au Collectif pour l’Humanité durable de Frigide Barjot – que le gouvernement ouvre dès maintenant des Etats généraux sur le mariage et la filiation contre la précarité familiale, pour éviter toute dérive vers la polygamie, l’ « inceste » et… l’homophobie .

    Le débat, c’est maintenant ! Le débat, c’est urgent !
    Et c’est avec tous les homos !

    Xavier Bongibault,

    Nicolas Deborbe

     Collectif « Plus gay Sans mariage »

    06 69 51 82 55

    plusgaysansmariage@gmail.com

    Paris, lundi 17 septembre 2012

  • Le Cardinal Barbarin, et l’Eglise de France en général, me paraissent oublier la réponse évidente au "problème" du mariage homosexuel. Pour les catholiques, depuis le décret Tametsi du Concile de Trente, le seul mariage est celui contracté par le consentement mutuel de presente échangé devant le proprius parochus, et dont la preuve résulte des actes paroissiaux. Pour les non-catholiques (et pour les catholiques avant la promulgation du décret Tametsi, présumée par une constitution de Pie X), la preuve du mariage résulte du droit naturel codifié par l’usus du droit romain ("boire, manger, coucher ensemble / est mariage, ce me semble" écrivait un jurisconsulte du début du XVIème siècle), et la puissance publique n’y intervient nullement. Autrement dit, les propositions Taubira ne font que confirmer ce que l’Eglise, tout au moins quand elle n’a pas été muselée par le Concordat et les Articles Organiques, a toujours affirmé, c’est à dire que le "mariage" civil est inexistant en tant que mariage. L’évanescence de la pâle copie du mariage tridentin instituée par le législateur de 1792 puis par le Code Civil l’a montré progressivement, allant jusqu’au divorce ad nutum, la reconnaissance des enfants adultérins et l’abolition de la distinction entre enfants légitimes et enfants naturels. Le "mariage" homosexuel le démontrera définitivement. La réponse logique de l’Eglise serait de demander l’abolition pure et simple du mariage civil : le PACS suffit amplement pour assurer les effets civils de l’union, qu’elle soit homo- ou hétérosexuelle, et les problèmes relatifs au statut des enfants seraient résolus d’un coup.

    • Tout à fait d’accord avec M. Foncin.

      Pourquoi l’Eglise attache-t-elle de l’importance aux modalités du mariage civil qui n’est pas de son ressort ?

      L’Etat a créé sa propre institution du mariage en copiant l’union religieuse. Il veut en faire bénéficier les homosexuels : c’est son affaire.

      Quant à la philosophie du mariage religieux selon l’Eglise, j’attire l’attention sur le remarquable article d’Olivier Roy dans le Monde :
      http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/27/de-l-amour-chretien-a-l-anthropologie-profane_1766762_3232.html

      Il me semble en effet que le fondement du mariage chrétien est la sublimation de l’Eros par l’agape et non une anthropologie basée sur des sciences sociales extrêmement mouvantes. En clair, pourquoi en appeler à Levi-strauss plutôt qu’à Saint Paul ?

    • Oui, mais tout de même respectons l’égalité hommes-femmes, une évolution à peine en gestation au Ier siècle de notre ère. Pour le reste, certes les milieux de l’Eglise ne reçoivent guère de formation en anthropologie, science délicate, faite de multiples et longues observations de terrain et de théories se modifiant au fur et à mesure de ses avancées successives. Science délicate, et inconscience répandue, ne serait-ce que sur l’homosexualité, à propos de laquelle on entend encore parfois des jugements qui, mutatis mutandi, évoquent ce qu’on disait encore dans les années trente sur les Juifs, ce "peuple déicide". Et l’amour, l’homosexualité et l’abstinence qui semblent se conjuguer mieux chez les homosexuels que chez les hétérosexuels, peut-être plus demandeurs, sait-on jamais.

    • “Pourquoi l’Eglise attache-t-elle de l’importance aux modalités du mariage civil” vous demandez-vous.

      L’institution maritale est à la charnière de la société. D’elle découlent tout un tas de principes allant de la filiation à la transmission patrimoniale.

      Le rôle de l’Eglise ne se limite pas à définir des formes liturgiques ou à édicter des règles concernant l’organisation de son clergé.

      Non, l’Eglise est chargée d’évangéliser, c’est le Christ lui-même qui lui a attribuée cette mission en la fondant.

      Même si le Christ a établi une certaine distinction entre ce qui concernait "César" et ce qui concernait Dieu, son message a pourtant clairement concerné de larges pans de la vie sociale, ceux qu’on regrouperait aujourd’hui sous le chapitre éthique, notamment.

      Par ailleurs, si l’Etat républicain a repris à son compte, là également, des rites empruntés à l’Eglise lorsqu’il a défini le mariage, on ne peut pour autant pas dire qu’il ait copié l’union religieuse.

      Le "mariage" est bien plus universel que cela et si la diversité des cérémonies et des rites paraît considérable, il n’en reste pas moins que les constantes majeures sont à peu près les mêmes quels que soient les lieux dans le monde et les époques.

    • Evangéliser serait-ce se sentir concerner par la sexualité des autres et la juger ?
      Non, rien de cela dans les Evangiles et je dirais même au contraire.

      Bien sûr que l’Etat a copié le mariage religieux pour instituer sa propre union civile. Il a même fait un copier/coller du baptême sous le nom de "baptême républicain" (toujours en vigueur). Il fallait le faire ! Eh bien l’Etat républicain l’a fait :

  • "Instituer la vie". Oui, mais justement, la vie est un phénomène complexe, divers, mouvant, multiforme voire contradictoire.
    L’instituer suppose la prendre dans toutes ses dimensions, ne pas être réducteur. Cela suppose de l’envisager dans sa globalité donc cela suppose aussi de prendre en compte les comportements sexuels minoritaires et de les instituer eux aussi.

    • Pourquoi vouloir accéder aux demandes des lobbies gay et refuser en même temps les unions entre frères et soeurs ? Si ils s’aiment, seraient-ils moins légitimes que des couples de même sexe ?

      Vous prétendez qu’il faut « prendre en compte les comportements sexuels minoritaires ». Comment se fait-il alors que même des homosexuels s’élèvent contre la pédophilie ? Celle-ci ne semble guère moins minoritaire que l’homosexualité.

      D’ailleurs, le vocable “pédéraste” paraît très éclairant à l’égard d’une pédophilie dont le lobbie gay tente de se démarquer désespérément et rageusement...

      La liste des « comportements sexuels minoritaires » étant sinon infinie du moins très étendue, il va falloir sérieusement épaissir le Code Civil si l’on veut légaliser tout ça ! Les humoristes et chansonniers des temps passés se seraient délectés à la perspective de telles propositions incongrues.

      Le kama-sûtra et la visite des sex-shops et autres peep-shows vont-ils devenir les incontournables des études de droit pour comprendre la genèse tortueuse de la législation nouvelle ?

    • Vous avez d’excellentes idées, qui sont autant de nouvelles frontières à atteindre pour nos sociétés contemporaines. Même si la Grèce et l’Egypte anciennes les avaient déjà traversées pour certaines.

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