Exhortation apostolique « Querida amazonia »

Le Pape habite en poète…

par Gérard Leclerc

jeudi 13 février 2020

Ma foi, en réfléchissant par avance hier à ce que pourrait bien être la réflexion du pape François à propos de l’Amazonie, je n’étais pas loin de la vérité, du contenu de son texte désormais public. Ce qui le distingue, c’est d’abord l’attention extrême, que l’on pourrait dire amoureuse, à l’égard de cette région et de ses habitants. Le Pape n’envisage pas les choses en sociologue ou en politologue, même si aucune donnée n’est par lui dédaignée. Sans exagérer, on pourrait dire qu’il s’exprime, sinon en poète, du moins à l’aide des poètes, donnant ainsi raison à Hölderlin : « L’homme habite en poète. » S’il n’est pas lui-même habitant de l’Amazonie, en tant qu’Argentin, il a un intérêt naturel pour elle et cet intérêt se porte d’abord sur une réalité humaine qui s’exprime dans le poème. Ce n’est pas des abstractions qu’il vise, mais un mode singulier d’habiter une terre.

Sans aucun doute, les prédécesseurs de François étaient tous de fins lettrés, et Jean-Paul II était lui-même poète. Mais à ma connaissance, aucun d’entre eux ne s’est référé directement aux poètes dans des documents officiels. C’est donc une première que cette accession à l’expression doctrinale et pastorale de l’évêque de Rome, mais ce n’est sûrement pas une facilité qu’il s’accordait. D’ailleurs, la Bible, la parole de Dieu elle-même ne relève-t-elle pas largement de l’écriture poétique ? Dès qu’il s’agit de comprendre ce qu’il y a de plus intime dans notre humanité, c’est le langage qui convient vraiment : « À travers un territoire et ses caractéristiques, écrit François, Dieu se manifeste, reflète quelque chose de son inépuisable beauté. »

Il y a, bien sûr, connivence entre le souci écologique tel qu’il a été exposé dans l’encyclique Laudato si’ et le fait d’habiter en poète :

« Amazone
capitale des syllabes de l’eau,
père patriarche, tu es
la mystérieuse éternité
des fécondations,
les fleuves choient en toi comme des vols d’oiseaux… »

Mais ce souci même ne nous renvoie-t-il pas aussi à l’attention maternelle de l’Église pour ces peuples aimés ? Car le Seigneur est glorieux et mystérieusement présent « dans le fleuve, dans les arbres, dans les poissons, dans le vent », comme celui qui règne sur sa Création. Bien sûr, il s’agit-là d’un parcours rapide d’un texte dense, mais il ne se veut nullement réducteur en mettant l’accent sur la tendresse de Dieu dont Marie est le témoin : « Nous te demandons de régner, Marie, dans le cœur palpitant de l’Amazonie. »

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 13 février 2020.

Messages

  • Après avoir lu "Querida Amazonia" et en approfondissant les termes utilisés par François justifiant et insistant sur la mise en œuvre du document final du synode sur l’Amazonie on se pose la question légitime de l’autorité conjointe de l’exhortation accompagnée du document synodal compte tenu de la Constitution Apostolique Episcopalis Communio que François a promulguée en 2018, document introduisant la nouvelle disposition selon laquelle « s’il est expressément approuvé par le Pontife romain, le document final [du synode] participe au magistère ordinaire du Successeur de Pierre ». Autrement dit François dit non à l’abandon du célibat mais dit oui par l’approbation du document final du synode !

  • Je plussoie le message précédent.

    Lecture rapide mais attentive laisse dubitatif, tant le vocabulaire employé manque de précision...Les outils relevant davantage du socio-culturel, ou politique, et certaines affirmations, sur les cultures y compris religieuses laissant pensif...

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.