Le Pape face à la tempête

par Gérard Leclerc

mercredi 1er avril 2020

La scène est unique dans l’histoire. Le Pape s’adresse au monde entier, depuis une place Saint-Pierre absolument vide de tout public. Il est vrai qu’en l’occurrence, c’est l’humanité entière qui se trouve symboliquement présente entre les colonnades du Bernin largement ouvertes comme deux bras tendus à tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Dans ces circonstances exceptionnelles, le successeur de Pierre ne peut répercuter que le pur message de l’Évangile. En l’espèce, il a choisi le passage de l’évangile de saint Marc (4, 35-41) désigné habituellement comme celui de la tempête apaisée. Jésus et ses disciples se trouvent surpris par une tempête sur le lac de Génésareth. Le maître s’est endormi à l’avant de la barque, alors que les siens sont en proie à la plus vive angoisse : «  Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ?  » Jésus va ramener la sérénité en commandant aux éléments.

« Apeurés et perdus  »

François a songé qu’il y avait analogie directe entre la tempête et la situation actuelle. «  Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires. Tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement.  » Mais le Saint-Père creuse plus loin sa réflexion en invitant son auditoire à se poser les questions qu’impose une profonde remise en cause suscitée par la force déstabilisante de l’événement. «  La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos habitudes et priorités.  » Il s’agit d’en finir avec «  le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos “ego” toujours préoccupés de leur image  ».

Âme en examen devant Dieu

On retrouve bien là le disciple d’Ignace de Loyola, toujours préoccupé de l’exercice spirituel qui met l’âme en examen devant Dieu. Le Christ nous invite à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix, «  le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas  ». En un mot, «  c’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres  ». Face à la parole papale, c’est l’unité de la communion ecclésiale qui devrait prévaloir, au-delà de tous les désaccords et loin de toutes les polémiques. Notre Église a connu, ces dernières années, bien des querelles et François lui-même n’a pas été indemne des critiques les plus vives, ce qui peut se comprendre dans le climat de crise qui a été le nôtre ces dernières années. Mais aujourd’hui, c’est l’impératif de rassemblement qui doit prévaloir en faveur d’un commun témoignage sur l’essentiel. Un essentiel qui se traduit notamment par des gestes sacramentaux dont celui de la bénédiction du Saint-Sacrement. Sans oublier le service du prochain à l’image de l’héroïsme de tous les soignants. «  La prière et le service sont nos armes gagnantes.  »

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