Le Pape et le Patriarche dans la tragédie du Moyen-Orient

par Gérard Leclerc

mardi 2 décembre 2014

Cette visite du pape François en Turquie ne pouvait qu’être marquée profondément par le drame qui se déroule en ce moment en Syrie et en Irak. La Turquie du président Erdogan n’est-elle pas assaillie par une foule de réfugiés qui déferlent sur son territoire ? Le Pape a voulu rencontrer, à la fin de son séjour, une centaine de jeunes exilés chrétiens et musulmans, recueillis dans un centre animé par des religieux salésiens aux portes d’Istanbul. Ainsi voulait-il manifester sa sollicitude pour leur détresse et appeler la communauté internationale à venir au secours d’une population littéralement martyrisée. Avec le patriarche Bartholomée, son unité de vue ne pouvait être que complète à ce propos. Ce dernier pouvait ainsi déclarer : « L’unité qui occupe tant de nos réflexions est en train de se réaliser dans certaines régions, malheureusement par le martyre. » Comment la division entre chrétiens pourrait-elle se perpétuer alors que catholiques et orthodoxes sont l’objet d’une même persécution, qui vise leur éradication dans tout le Moyen-Orient ?

Que ce colloque singulier du patriarche de Constantinople et de l’évêque de Rome se fasse entendre précisément en Turquie relève d’un étonnant paradoxe. Là où hier s’étendait l’Empire byzantin, ce n’est plus qu’une infime minorité de fidèles qui subsiste, pas même protégée par une législation adéquate. François a explicitement demandé au président Erdogan de reconnaître aux juifs et aux chrétiens des droits effectifs. Ce dernier a dénoncé pour sa part l’islamophobie dans les pays occidentaux. Nous sommes loin de la période où la Turquie voulait résolument entrer dans l’Union européenne. Ces dernières années, la politique et l’orientation de la société ont été à l’inverse des principes kémalistes pour mieux s’identifier à une identité religieuse musulmane. Certes, l’islam turc est d’une essence fort différente de l’islamisme radical. Les conditions sont-elles réunies pour autant afin de susciter une alliance « entre musulmans et chrétiens, appelés à travailler ensemble de façon constructive » ? Tels sont les vœux communs de François et de Bartholomée.

Comment sera accueilli dans le reste du monde ce projet d’une alliance interreligieuse pour mieux contrer les ravages de la terreur fondamentaliste de l’État islamiste ? François a renouvelé dans la grande Mosquée bleue d’Istanbul le recueillement qu’avait observé son prédécesseur Benoît XVI au même endroit. C’est qu’un même dessein bienveillant se poursuit, non sans effet partiel, mais sans déclencher encore un mouvement universel qui permettrait de conjurer une violence qui ensanglante aussi toute une partie de l’Afrique.

Messages

  • Il ne faudrait pas que le Pape François ne soit qu’un simple serre-mains en remerciement des aides que quelques États (Turquie, Jordanie) apportent aux réfugiés occasionnés par les troubles, révolutions Arabes, guerres, etc, dont les chrétiens du Proche et du Moyen-Orient élargi sont les premières victimes. Ces Chrétiens, encore présents aujourd’hui dans le monde Musulman, sont devenus l’ombre d’eux-mêmes. Pourtant, ils étaient présents, historiquement, bien avant l’Islam dans toutes ces régions citées. Un exemple, si saint Augustin naissait aujourd’hui, il serait algérien.

    Ces chrétiens sont, bien sûr, les victimes de l’islamisme dont on sait que cet "islamisme" est fomenté par les puissances occidentales et leurs arsenaux de "services" et d’installations stratégiques destinés à détruire des États et des structures établies de la région. Les puissances occidentales, sauf quand ça les arrange, n’ont cure du sort des Chrétiens de tout l’Orient proche et moyen et d’Afrique du Nord (quand il en reste)

    Ceci dit, il se trouve que je lis quand je le peux Manlio Dinuci sur le site : mondialisation-ca. Souvent ce journaliste italien lucide colle à l’actualité, c’est à dire l’actualité comportant le sens historique qu’elle véhicule, ce qui n’est pas évident pour beaucoup d’autres journalistes.

    Ci-dessous donc, cet extrait de l’article en français de Manlio Dinucci relatif à la visite du Pape François en Turquie et le LIEN de l’article entier :

    — Ces déclarations qui font les louanges (probablement sur la base d’un calcul diplomatique) du rôle de la Turquie et de la Jordanie dans la région moyen-orientale et de leur engagement en faveur de réfugiés, se prêtent à être un instrument utile dans la campagne conduite par les gouvernements et par les médias occidentaux pour mystifier la réalité. Ce n’est pas un hasard si le président Napolitano, dans son message à la veille du départ du Pape pour la Turquie, souligne « le rôle crucial qu’Ankara est appelé à jouer dans une région secouée par de fortes tensions et de sanglants conflits ».
    En réalité la Turquie et la Jordanie constituent les avant-postes de l’opération guerrière USA/Otan, dont le vrai objectif n’est pas la destruction de l’Emirat islamique, fonctionnel à cette stratégie, mais la démolition de l’Etat syrien (après le yougoslave et le libyen), la reconquête de l’Irak (éventuellement en le démembrant pour pouvoir mieux le contrôler) —

    http://www.mondialisation.ca/le-pape-entre-verite-et-diplomatie/5417399

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