Le Pape et Satan

par Gérard Leclerc

mercredi 4 avril 2018

Il faut reconnaître au moins ce mérite aux médias de prêter beaucoup d’attention au pape François, même si parfois c’est au détriment de la vérité et en faveur d’étranges rumeurs. En ce moment, circule la rumeur que François aurait nié la réalité de l’enfer. Il faut dire tout de suite que le responsable de cette fausse nouvelle est un récidiviste dans le genre, puisqu’il s’agit d’Eugenio Scalfari fondateur du quotidien italien La Repubblica. Ce n’est pas la première fois qu’il retraduit les propos du Pape de façon fantaisiste. Mais cette fois-ci, il a fait vraiment très fort, car il attribue au Pape l’idée selon laquelle les âmes pècheresses « disparaîtraient ». Il ne dit pas qu’elle seraient anéanties, mais c’est le sens le plus vraisemblable de son étrange expression : « L’enfer n’existe pas, il existe la disparition des âmes pècheresses. » Pour la coup, Scalfari a inventé une hérésie carabinée, propre, comme disait Léon Bloy, à faire hennir les constellations ! Y a-t-il des précédents à pareille invention ? Peut-être des érudits viendront-ils m’apporter leur secours à ce propos.

La vérité des rapports du Pape avec les réalités de l’au-delà est strictement à l’inverse de ce que prétend Scalfari. François est le Pape moderne à avoir le plus parlé de Satan dans sa prédication. En quelques années, il en a beaucoup plus parlé que Jean-Paul II et Benoît XVI réunis durant leurs pontificats. Il ne cesse de rappeler que « le démon n’est pas un mythe, une figure, une idée, l’idée du mal »… qu’il existe réellement et que nous devons lutter contre lui.

C’est à un tel point qu’on lui a attribué à la Pentecôte 2013, deux mois après son élection, la pratique d’un exorcisme en direct, place Saint-Pierre, sur la personne d’un jeune homme en chaise roulante se mettant à rugir comme un lion. Ce fait est rapporté dans un Lexique bien intéressant publié par les éditions du Cerf et qui reprend les termes les plus familiers du Pape, parmi lesquels, justement, celui de Satan. Qu’en conclure, sinon que les confrères feraient bien de se renseigner sérieusement avant de diffuser sans précaution des allégations de cette nature. En l’espèce, on pourrait rappeler le dicton populaire selon lequel « le diable porte pierre ». Car la diffusion d’un pareil bobard a au moins le mérite d’attirer l’attention sur ce que la théologie appelle les fins dernières. L’historien Guillaume Cuchet signale, à juste raison, qu’elles avaient fâcheusement disparu de la prédication contemporaine.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 avril 2018.

Messages

  • "Le pape n’a pas nié l’existence de l’enfer puisqu’il parle tout le temps de Satan."

    C’est un peu léger, non ? L’enfer et Satan sont deux réalités distinctes et affirmer l’existence de l’un n’implique pas forcément d’affirmer l’existence de l’autre. On peut croire à l’enfer sans Satan – où l’homme s’enverrait tout seul, de lui-même – et à Satan sans l’enfer – où Satan ferait "disparaître" les âmes damnées.

    Bref, cet article ne prouve pas grand-chose. Sinon que François est quand très – trop – facilement interprétable n’importe comment.

  • à ma connaissance, les témoins de Jéovah croient dans la résurrection des justes mais pas dans la survie des non-ressuscités.Bref, il y a selon eux un paradis mais pas d’enfer.

  • Pourquoi donc le Saint Père s’obstine t-il à s’entretenir avec M Scalfari, sachant que chaque entretien
    fait ensuite l’objet de propos polémiques de ce dernier, et dont le démenti n’est jamais bien vigoureux ?

  • Cette doctrine niant l’existence de l’enfer, les âmes damnées étant détruites, peut faire penser à la doctrine de Jean Scot Erigène (c. 800/815 - 876) : "Dieu ne prévoit ni peines, ni péchés : ce sont des fictions. L’enfer n’existe pas, ou alors il se nomme le remords qui nous travaille intérieurement."

    https://www.france-catholique.fr/Scot-Erigene-rehabilite.html

  • Il n’en reste pas moins que des personnes a priori dignes de foi ont parfois des paroles surprenantes : ainsi le père Arturo Sosa, général des Jésuites aurait dit : « nous avons créé des figures symboliques, comme le diable, pour exprimer le mal ». Rapporté par Action familiale et scolaire ; n° 253 d’octobre 2017. Larticle en question est du reste fort intéressant car il apporte des « preuves » (mot utilisé) de l’existence du diable données par l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, le Catéchisme et les pratiques de l’église, la vie de nombreux saints, etc. L’article se termine en citant le livre « Moi, le dernier exorciste » du Père Amorth qui exalte la puissance du rosaire.
    Roger le Masne

  • Vrai pas vrai ?... Traduction incorrecte de la langue de l’autre côté des Alpes ?...
    Interprétation personnelle dans la Republicca et sujette à examen des propos tenus sur le sujet par le pape François ?....

    Eugenio Scalfari, on connait. Mais que penser de tout cela sauf que de telles informations donnent, comme on dit, du pain sur la planche. Les media doivent continuer à tourner avec ou sans Satan et l’enfer, que diable !

  • Je lis le billet de G. Leclerc "le Pape et Satan" où il conteste fortement l’idée que le Pape ait pu dire "qu’il existe la disparition des âmes pécheresses", phrase reprise dans l’article "l’enfer existe il ?" de Mme Breynaert

    Qu’on puisse s’etonner que le pape ait pu dire çà, c’est ne pas connaitre la théologie de Maurice Zundel qui le dit carrément.

    lire en PJ le texte d’une conference de Michel Fromaget, spécialiste de maurice zundel à ce sujet.

    Paul VI avait une grande admiration pour Maurice Zundel. Que le pape Francois le cite également montre une continuité dans la pensée des papes.

    Lire le petit commentaire de la pensée de Maurice Zundel de michel Fromaget dans son livre "Mort et émerveillement dans la pensée de Maurice Zundel ", éd. Le thielleux, où vous pourrez lire en page 23 une pensée de Maurice Zundel : "Jesus en nous révélant la Trinité, nous a délivrés de Dieu . il nous a délivré de Dieu !"

    À enseigner aux mahométans coupeurs de tête de votre entourage.

  • Et Maurice Zundel a, comme on le sait, payé très cher son audace et ses écrits incompris et rejeté qu’il a été par ses frères. Ceux qui ont eu le bonheur de connaitre l’abbé Zundel, qui l’ont entendu, qui l’ont vu vivre peuvent témoigner de son intégrité, de la richesse et de la profondeur de sa pensée. Oui, Paul VI appréciait Zundel, et il l’a même invité une fois, sauf erreur, à donner des homélies à Rome durant la semaine sainte.

    "Jésus en nous révélant la Trinité, nous a délivrés de Dieu... ". Bien sûr, Il nous a délivré du Dieu de l"oeil pour oeil dent pour dent", du Dieu implacable et punitif. La Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, n’est-elle pas Amour ?....

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