Le Pape est-il de gauche ?

par Gérard Leclerc

lundi 4 septembre 2017

En cette matinée de rentrée, les sujets ne manquent certes pas. J’ai choisi, parmi eux, ce qu’on pourrait appeler la rentrée de l’Église, et qui semble se concentrer, ces jours-ci, sur le livre d’entretien avec le pape François que Dominique Wolton publie sous le titre Politique et société aux Éditions de l’Observatoire. Je n’en ai lu pour le moment que les bonnes feuilles publiées dans le dernier numéro du Figaro magazine. Cela a suffi à attiser ma curiosité pour lire, au plus vite, l’ensemble de l’ouvrage. Je connais et j’apprécie depuis longtemps les travaux de Dominique Wolton, et je lui suis particulièrement reconnaissant d’avoir obtenu, avec son ami Jean-Louis Missika, du cardinal Lustiger cet autre livre d’entretiens qui s’intitule Le choix de Dieu. Car il est, à mon sens, proprement indispensable dans son genre. Si l’on veut comprendre qui fut l’ancien archevêque de Paris, dans son histoire personnelle, sa démarche spirituelle, sa pensée profonde, il faut absolument lire Le choix de Dieu. Dominique Wolton a-t-il réussi, avec le pape François, le même genre de prouesse ? Je ne pourrai le dire que lorsque j’aurai lu l’ensemble de l’ouvrage.

Je voudrais faire auparavant un petit reproche à mes collègues du Figaro magazine. Pourquoi ont-il titré à la une : « Le pape est-il de gauche ? » La formule fait choc, c’est indiscutable, mais elle a pour moi le défaut de donner une traduction partisane et presque polémique de la personnalité et des engagements du Pape. Bien sûr, il n’est pas interdit de se servir d’une grille politique pour pouvoir juger des choix de l’évêque de Rome, mais il y a un risque de déviation idéologique, en situant la pensée du Pape dans un cadre ou même dans un ordre qui n’est pas le sien. Ce qui caractérise un Pape, c’est fondamentalement le choix de Dieu, et ce qu’il implique de vision de l’homme. Ce n’est pas une position « ouverte et humaniste » que j’attends d’un homme de Dieu, mais un regard transformé pour me dire ce que Dieu attend de l’homme et ce que signifie le grand mystère de la charité pour la transformation du monde.

Le Pape n’est pas un homme politique, il n’est pas non plus l’équivalent d’un secrétaire général des Nations unies. Il se réfère au secret de Dieu, et à ce qui en résulte, dans la dynamique de l’Incarnation et de la Rédemption. Le reste nous est donné par surcroît.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 septembre 2017.

Messages

  • Le saint père nous déroute mais il est le pape Que le sacre collège a élu avec le souffle de l’esprit pour tenir la barque de pierre par tout temps
    Prions pour le pape prions pour tout abandonner afin de porter nous aussi La Croix en faisant l’effort de comprendre ou se trouvent les périphéries
    Mais tres respectueusement prions pour que le pape apprécié nos jeunes prêtres visibles et missionnaires
    C’est aussi cela l’église

  • Cher Gérard Leclerc,

    Si le Pape n’est pas un homme politique, il n’en demeure pas moins que ses dernières prises de position
    en matière d’immigration l’ont amené à formuler des propositions qui entrent directement dans le champ du politique, bien au delà d’affirmations de principes respectant la liberté des laics dans leur mise en oeuvre de la vertu de prudence au sein de la Cité...

  • Le "Message du pape François pour la Journée mondiale des migrants et des réfugiés 2018" du 15/08/2017 se réfère au Sommet des N.U., N.Y. 19/09/2016 au cours duquel plusieurs dirigeants politiques se sont engagés à signer en 2018 deux accords globaux sur leur volonté d’agir pour les migrants et les réfugiés.
    Compris sous cet angle, le message de François s’articule autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer et est à considérer comme un rappel de valeurs basées sur la doctrine sociale de l’Eglise dépassant largement le cadre politique. Mais il est des circonstances où, on ne sait par quelles mystérieuses confusions involontaires ou non, le "social" et le "politique" se retrouvent fort curieusement imbriqués... Ce document du pape a été salué par une "levée de boucliers" titrait un quotidien et, ailleurs voilà diffusée, comme l’indique G. Leclerc, l’interrogation : "Le pape est-il de gauche ?".
    Il ne serait pas déplacé d’observer que des opinions ou présupposés quant à la "sensibilité" de François dépassent le contexte des flux migratoires pour se focaliser sur la seule personne du successeur de Pierre. Reviendrait-on à l’époque où circulait allègrement l’affirmation : "Jésus a été le premier des communistes" ?...
    Le "style" pape François heurte, il est vrai. Est-ce pour autant justifié de le présenter comme tel ou tel ? Simple constat : quand François parle on l’accuse de dire des inepties et quand il se tait on l’accuse de ne rien dire, comprendre complice de malfrats. Libre à chacun de penser ce qu’il veut du pape, mais est-ce chrétien d’aller jusqu’à lancer l’opprobre ? En tous cas, est-ce vraiment la meilleure façon de faire avancer l’Eglise ?
    L’inquiétude face aux migrants est tout à fait compréhensible. Le chrétien est un être comme les autres et ne saurait l’épargner l’appréhension du phénomène migratoire. Mais le chrétien veut aussi marcher dans les pas du Maître. Sans extrapoler : hier, lundi 04/09, dans Luc 4, 16-30 "...Amen, je vous le dis, aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays...", et encore : "Au temps du prophète Elysée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien". Plus loin, un commentaire sur la "difficulté de reconnaitre l’autre dans sa véritable identité. Classer l’autre dans une catégorie connue est alors une manière de me rassurer moi-même tant cet autre me fait peur. Il est une autre manière de considérer l’autre, qui me met en présence de l’Autre, càd du mystère de Dieu qui a pris pour nous un visage humain sous les traits de Jésus de Nazareth" (J.-F. Baudoz, prêtre, enseignant de l’Ecriture sainte à l’Institut catholique de Paris).

    L’article de Gérard Leclerc mérite d’être salué pour la justesse de vue exprimée.

    Viviane Gemayel

  • La lecture de la presse catholique concernant la personnalité du pape actuel est assez révélatrice de la perplexité qu’elle peut susciter. Malgré la tonalité très révérencielle de certains articles quelques éclairages percent, furtivement. Ainsi Dominique Wolton interviewé dans la Croix (6/09/2017) nous révèle que le pape « a l’obsession d’établir des ponts, et de ne pas parler de l’islam comme ennemi des catholiques. Pour lui le dialogue avec l’islam est même plus important que l’oecuménisme. ». Les chrétiens non catholiques apprécieront...Mais l’explication à tout cela nous est peut-être donnée par Pèlerin Magazine, (6 /09 /2017) selon lequel le livre d’entretiens avec D. Wolton « révèle en profondeur la personnalité d’un pape rusé ». Je serai assez d’accord avec la réflexion de Gérard Leclerc sur le caractère plutôt réducteur du titre du Figaro Magazine ; pour ma part une interrogation plus appropriée aurait été du type « Le pape croit-il à l’avenir d’une chrétienté ? »

  • Un cinéphile avisé s’abstient de lire les critiques cinématographiques publiées ici et là avant d’avoir visionné lui-même un film donné, ce qui lui réserve d’être soumis à un regard neuf et personnel. Il en va de même pour un tableau de maître, un concert, un livre et autres. Alors que prendre connaissance a posteriori de ce qui circule ici là sur telle ou telle oeuvre pourrait s’avérer quelque part enrichissant ou, au contraire, tristement appauvrissant.

    Etre sur la même ligne que G. Leclerc à propos du titre "Le pape est-il de gauche ?", m’interdit tout autre questionnement sur ce qu’est le pape, ce qu’il pense et ce qu’il croit à travers la publication d’un entretien du pape avec X ou l’idée dont se fait de lui Y. Voir et surtout entendre le pape via la télévision, par exemple, révèle sa pensée et encore à condition que le travail des traducteurs et interprètes soit satisfaisant. Il y a plus : notre propre compréhension et/ou interprétation. Et tout cela ça fait déjà beaucoup. Sauf erreur, il n’a nulle part été à ce jour diffusé que le pape se demande si la religion catholique cèdera un jour la première place dans le monde à l’Islam. Une telle diffusion sur le pape, si elle arrivait, devra être traitée de fait sérieux.

    Quant à une anticipation, en l’occurrence : "Le pape croit-il en l’avenir d’une chrétienté ?". En regardant dans le rétroviseur : l’Histoire est pleine de tant de chevaliers, de tant de rois qui ont conquis des terres et qui y ont construit une chrétienté. Mais à la suite des apôtres de Jésus-Christ, sans ces petites poignées de saintes et de saints, nommés dans le calendrier ou inconnus du "grand public", sans le christianisme y aurait-il une chrétienté ?

    "...On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau...Vous êtes la lumière du monde... Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature comment redeviendra-t-il du sel ?" (Mt 5, 13-16). Voilà une vraie question...

    Quel honneur pour le chrétien. ! Et quelle immense responsabilité...

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