Le Pape entre François et Ignace

par Gérard Leclerc

mercredi 18 février 2015

Il ne fait aucun doute que l’avènement du pape François a produit un véritable bouleversement dans l’Église catholique, qui est d’abord d’ordre spirituel et dont on attend les effets institutionnels. Spirituellement, le Pape a encore précisé sa pensée dans l’homélie qu’il a prononcée, dimanche, à Saint-Pierre, devant le collège cardinalice renouvelé : « Ceci est la route de l’Église  : non seulement accueillir et intégrer, avec un courage évangélique, ceux qui frappent à notre porte, mais sortir, aller chercher, sans préjugés et sans peur, ceux qui sont loin en leur manifestant gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement. » Ce radicalisme, une fois de plus exprimé, est sans commune mesure avec l’écho publicitaire qui lui est souvent donné. Ce n’est pas parce qu’est récusé le rigorisme formel des docteurs de la Loi que le relativisme est promu en règle de vie. Il ne s’agit nullement de s’aligner sur les mœurs du temps, mais de tendre la main pour secourir ceux qui vivent loin des préceptes de la vie chrétienne. Laisser penser que ce pape est prêt à abandonner l’enseignement de ses prédécesseurs et plus largement celui de la Tradition de l’Église, c’est se tromper et tromper son monde.

Mais il est vrai aussi que la démarche proposée ne conduit pas à la facilité. On s’en rend compte notamment à propos de la famille et des discussions autour des deux synodes qui lui sont consacrés. Le dernier numéro de la revue de théologie internationale Communio consacré à ce sujet, contient de précieuses mises au point. Ainsi que l’écrit le père Jean-Robert Armogathe, « la sécularisation généralisée ne doit pas conduire l’Église à des procédures d’exclusion, pour rester entre “purs” : la tentation du catharisme n’est jamais très éloignée. Elle ne doit pas pour autant dévaluer son héritage doctrinal, ni évacuer l’enseignement des Écritures et de la Tradition. La ligne de crête est étroite : entre laxisme et rigorisme, le pied des marcheurs a souvent trébuché ».

Dans un autre ordre, institutionnel celui-là, on retrouve d’autres exigences paradoxales. On s’en aperçoit avec la réforme de la Curie, qui demandera encore de longues années, avant d’aboutir à une forme constitutionnelle achevée. Il n’était plus possible d’en rester à la situation délétère à laquelle avait été confronté Benoît XVI, au point de lui faire abandonner sa charge. Mais les solutions à trouver sont problématiques. Il ne suffit pas de mettre en avant quelques mots prestigieux (subsidiarité, décentralisation, collégialité) pour définir les coordonnées d’un nécessaire équilibre entre le Siège romain et les Églises particulières. C’est d’abord à ces dernières de démontrer en acte leur créativité apostolique. Et il ne faut pas s’y méprendre, il n’y a pas que la Curie romaine à souffrir des maux que François a dénoncés. De façon générale, il convient de faire entrer en cohérence l’institutionnel et le charismatique, ainsi que le disciple du Poverello et du fondateur de la Compagnie de Jésus est conduit à l’envisager.

Pour aller plus loin :

Messages

  • En effet faire la synthèse entre Saint François et Saint Ignace,deux saints d’époqes radicalement différente historiquement parlant ouvre une porte forte étroite et risque d’apparaître comme de l’équilibrisme en se mettant à dos finalement tout le monde,à "droite",à "gauche" mais aussi au "centre" d’où les réactions multiples et contradictoire et parfois très violentes que les mots et les actes du Pape François suscitent d’autant plus qu’il est particulièrement bavard,émotif et imprécis par détestation du travail purement spéculatif !Cela va donc tanguer pendant tout son pontificat comme pendant celui de ses prédécesseurs depuis le Concile et qu’il le veuille ou non seule cette spéculation intellectuelle permettra de franchir cette porte étroite comme le fit Saint Thomas d’Aquin en son temps,sauf à tomber dans le fidéisme ou l’intégrisme mais la tâche est plus qu’ardue et l’on ne voit pas poindre de Saint Thomas à l’horizon pour ces temps troublés !En quelque sorte,faire comme le voulait Mallarmé qui n’y est d’ailleurs pas arriver :"redonner un sens commun aux mots de la tribu" !Peut-être Hans Uhr Von Balthasar et son inspiratrice mystique ,Catherine(?) Von Speyr,ancienne protestante !

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