Le Pape dans La Croix

par Gérard Leclerc

mercredi 18 mai 2016

L’entretien que le pape François a donné à La Croix, et que notre confrère a publié dans son édition d’hier, a été repris et cité un peu partout. Les chaînes d’information ont fait un sort particulier à ce qu’il disait du cardinal Barbarin et du scandale de pédophilie qui a éclaté à Lyon. Lorsqu’on sait les relations entre l’archevêque de Lyon et François, on n’est pas étonné des qualificatifs employés à propos du Cardinal : « C’est un courageux, un créatif et un missionnaire. » Voilà qui compense heureusement la campagne virulente menée contre lui. Le Pape se montre parfaitement informé du dossier et réaffirme qu’aucune indulgence n’est possible à l’égard du scandale des prêtres qui « disséminent le mal, le ressentiment, la douleur ».

Mais l’ensemble de l’entretien réclamerait un large commentaire, tant il aborde des sujets cruciaux, sur lesquels le Pape est attendu du fait de ses engagements. Ses déclarations sur l’islam et les migrants apportent des précisions qui ne manqueront pas d’alimenter notre réflexion commune. J’ai retenu particulièrement le paragraphe qui concerne l’idée d’intégration culturelle que le Pape avait déjà évoquée, mais de façon presque allusive. Cette fois, il va beaucoup plus loin : « Cela montre pour l’Europe l’importance de retrouver sa capacité d’intégrer. Je pense à Grégoire le Grand (Pape de 590 à 604 précise la rédaction) qui a négocié avec ceux qu’on appelait les barbares, qui se sont ensuite intégrés. Cette intégration est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que l’Europe connaît un grave problème de dénatalité, en raison d’une recherche égoïste du bien-être. Un vide démographique s’installe. En France, toutefois, grâce à la politique familiale, cette tendance est atténuée. »

Un tel propos est littéralement vertigineux, par l’ampleur de la perspective qu’il ouvre, en rapport avec une séquence historique de rupture. Ce n’est pas moins qu’un ébranlement de civilisation qui s’impose à nous, analogue à celui qui devait décider de la formation de l’Europe médiévale, consécutive à la désintégration de l’Empire romain. François voit se dessiner des transferts massifs de populations que notre continent devra accueillir dans le but de les intégrer. Sa vision grandiose, prophétique, est loin d’être partagée aujourd’hui par les dirigeants et les peuples européens. Nul doute que c’est un formidable débat qui s’annonce.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 18 mai 2016.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Heureusement que le Père Matthieu Rougé a décrypté un peu cet interview que comme certains j’ai eu du mal à comprendre ! ...!.....

    http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2016/05/19/31004-20160519ARTFIG00347-matthieu-rouge-francois-un-pape-qui-met-les-catholiques-en-mouvement.php?pagination=2#nbcomments

  • Encore de la logorrhée irresponsable !Mais qu’il la boucle un peu et travaille au lieu de se mettre en scène en permanence !

  • Il me semble que le pape n’est pas sans savoir la tendance d’une partie non négligeable des catholiques français à se situer aujourd’hui de plus en plus à droite voire à l’extrême-droite de la politique et à prêter l’oreille à des discours de fermeture et de repli en France même et en Europe.

    C’est particulièrement vrai en ce qui concerne le discours sur les racines chrétiennes de l’Europe qui est trop souvent instrumentalisé à des fins d’exclusion et de délégitimation de ce qui ne participe du fonds chrétien de la civilisation, un peu comme en Russie, l’identité russe est assimilée à l’orthodoxie de sorte qu’on relègue comme suspectes toutes les confessions chrétiennes non orthodoxes et toutes les religions non traditionnelles (avec le paradoxe qu’en Russie, l’islam est traditionnellement présent).

    Sans aller jusqu’à parler de "claques" salutaires, pour faire écho à un récent commentaire d’un intervenant qui se sent inconfortablement interpellé par les propos du pape, il paraît clair que, pour François, cette tendance n’est bonne ni pour l’Eglise, ni pour la France. Et on se félicitera qu’il le laisse entendre.

    Bref, le pape ne voit pas l’Europe - et la France- comme un territoire canonique de chrétienté, mais comme un monde, certes très développé, à évangéliser tout autant que les autres. Et sur ce point, il y a plutôt continuité avec le Jean-Paul II de la nouvelle évangélisation que trop de catholiques français, parce qu’il a lutté contre le communisme soviétique, ont tendance à voir comme un pape conservateur et par suite à instrumentaliser au profit de leurs convictions politiques personnelles ...J’irai presque jusqu’à dire que le François s’emploie indirectement à "déboutiniser" le catholicisme français !

    Pour être encore plus clair, ce discours du pape sur le catholicisme français est résolument a- voire même anti-maurrassien en ce sens qu’il ne conçoit pas le catholicisme comme un corps organique - ni non plus comme un parti de l’action (catholique) française - permettant d’abord aux catholiques de se situer en revendiquant un "patrimoine politique" propre (nous, catholiques détenteurs des clés du bien et du vrai, et eux) ; un corps politique qui, fort de sa supériorité morale revendiquée, serait alors chargé de donner de la cohérence à la société politique et de "refaire" la France chrétienne. On voit bien d’ailleurs que l’offensive très dure menée contre le cardinal Barbarin en ce moment a pour objet de démolir l’autorité de ce catholicisme "donneur de leçons". Offensive d’autant plus injuste que le cardinal Barbarin ne donne précisément pas dans ce catholicisme de droite sûr de lui et quelque peu dominateur en dépit de sa faiblesse numérique...

    Pour le pape, il me semble que le catholicisme est avant tout une dynamique missionnaire d’évangélisation tous azimuts capable de mobiliser toutes les bonnes volontés dans les "hôpitaux de campagne" chargés de soigner les blessés de la cité libertaire.

    On comprend mieux le geste de Lesbos consistant à embarquer des familles musulmanes pour Rome qui a fait grincer quelques dents dans nos paroisses...Et on comprend mieux aussi une déclaration comme celle de La Havane...Le pape a fait la concession (et aussi le pari...) d’accorder au Patriarche de Moscou un texte un peu politique dont celui-ci avait besoin pour calmer les plus réactionnnaires de son Eglise mais qui était le point de passage obligé en vue de relancer une dynamique oecuménique d’unité. Or, là était pour lui le plus important quitte à donner rendez-vous à un Kirill triomphant sur un aéroport cubain...

    On ne peut que se féliciter du courage du Pape qui n’hésite pas à bousculer un peu les cathos français bien installés dans leurs chapelles respectives comme il fait bouger d’autres frontières ou comme il contourne bien des obstacles...Un pape dont le discours peut être entendu de cathos de droite comme de cathos de gauche qu’on a un peu trop tendance à oublier, notamment sur ce forum...

    Cette façon qu’à François de se trouver là où on ne l’attendait pas est réjouissante...et cela d’autant plus que le pape renoue avec la tradition chrétienne la plus authentique : celle du Christ, juif pharisien, qui s’adressait aux plus humbles sans se soucier des scribes, des clercs et des autorités politico-religieuses du Temple de Jérusalem...

    Cela dit, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il y a un peu d’asymétrie dans le discours du pape entre ce qu’il dit, vigoureusement, pour remettre les catholiques français dans la bonne direction, et ce qu’il affirme, avec un prudent euphémisme, sur le caractère "exagéré" de la laïcité, alors que nous n’en sommes plus là depuis longtemps : la France est un pays de laïcisme généralisé propageant une intolérance aux religions, d’abord au catholicisme et à présent, de plus en plus, à l’islam, et un quasi-athéisme d’Etat. On ne peut comprendre les crispations politiques des catholiques français de droite, et le silence étourdissant des cathos de gauche qui ne se sont pas remis de leur vote de 2012, que si on tient aussi compte de ce contexte de persécutions et de dérive idéologique libertaire qui ont pris des proportions préoccupantes sous le mandat de Hollande tentant pas ce moyen de faire oublier la médiocrité de son bilan...

  • Le pape François devrait aller voir le pape Benoît pour apprendre un peu la vertu du silence. Je plains le successeur de ce pape, il aura une tache bien difficile car il ne sera plus crédible et je crains la foire d’empoigne ; en ce sens, le pape François est sans doute le dernier pape..

    J’aimerais savoir en quoi il bouscule comme le dit Romain ? Il ne fait que reprendre tout ce que l’on entend à longueur de journée dans les médias : en fait, nous avons le premier pape de l’histoire qui rejette l’universel au nom du mondialisme. Il ne bouscule rien du tout, il colle au discours ambiant.

    Cela en soi n’est pas grave : François ne s’intéresse pas au dogme mais aime descendre dans l’arène pour blablater comme tout un chacun, à l’image de nos hommes politiques qui remplacent l’action par un discours inaudible. Bien sûr, il parle de L’Evangile mais qu’il dilue dans une espèce de philosophie humaniste héritée des lumières : la radicalité du christianisme s’en trouve diluée et perd sa singularité.

    Romain parle de "déboutiniser" le catholicisme français, d’accord mais en quoi le pape François redonne vie au catholicisme Français qui donna des saints et des héros ? il semble ignorer complètement ce que fut l’Eglise de France. Le catholicisme français ne pourra sortir de son allure de chaisière coincée que lorsqu’il redeviendra l’Eglise de France avec fierté et panache, et non cette Eglise mal dans sa peau qui est ici mais qui veut être partout, donc nulle part !! Pouvez-vous me citer un évêque qui parle encore de l’Eglise de France ? l’Episcopat ne parle que de l’Eglise qui est en France, c’est-à-dire sur un territoire sans histoire, ni géographie....

    Ce qui peut remuer l’Eglise de France et le pape semble l’oublier, c’est que surgissent des saints dignes de ceux que notre pays a su engendrer, et on ne pourra le faire qu’en renouant avec la radicalité du christianisme et non avec des discours médiatiques.

    "François et la Croix", demain "François et le Monde", etc.. cela va finir par lasser même les médias qui se servent de ce qu’ils peuvent pour leur idéologie et passent très vite à d’autres figures plus "rentables".

    Les médias veulent toujours plus, le pape François vient de commettre une erreur de "casting" en recevant le cardinal Barbarin, cela ne semble pas plaire à ces messieurs qui attendaient bien sûr la renonciation du primat des Gaules sous sa pression : première cassure entre le "monde" et lui. Je crains que ce pape, qui reste malgré tout le pape, connaisse avec la presse de graves désillusions et des critiques de plus en plus virulentes. Alors on verra les mêmes, si enthousiastes à son égard, l’attaquer sur son passé "peronniste", etc.. comme ils avaient tenté de le faire au début de son pontificat, mais comme il répondit à leurs attentes, ces allusions cessèrent tout de suite. Nul doute, qu’elles reprendront le moment venu quand le pape, à leur grande déconvenue, devra "faire le pape", c’est-à-dire s’affronter à eux.

    Pour ce qui est du discours très politique et non évangélique du pape sur l’Europe multiculturelle : il risque de se couper non seulement du peuple catholique mais des peuples en général. Il est évident que les nations redressent la tête et que cette idéologie, si elle doit triompher, se fera dans la violence car c’est bien de la vie ou de la mort de l’Europe dont il s’agit. François n’est absolument pas crédible dans ce domaine, il ne parle pas en pape mais en "militant" et cela ne peut être accepté.

    Ce pape ne comprend rien à la France ni aux nations européennes, cela n’est pas grave en soi, mais alors il faut se faire conseiller et ne pas parler en heurtant les sensibilités et surtout l’âme des nations. Il parle comme Attali et non comme le pape.

    L’entretien avec la Croix a suscité en moi une autre réflexion : pourquoi François se fait-il le propagandiste du voile ? Les musulmans très actifs le font suffisamment, à longueur d’antennes, que le pape s’oppose à l’état français si le port de la croix est interdit, d’accord mais il n’est pas là pour se faire le porte-parole d’une religion qui n’est pas la sienne et qui est tout sauf muette.

    Laurelo

    • Laurelo,

      Je réagis point par point à votre message, car je crois que vous exprimez des réactions qui sont partagées par de nombreux lecteurs.

      1° "Le pape François devrait aller voir le pape Benoît pour apprendre un peu la vertu du silence. Je plains le successeur de ce pape, il aura une tache bien difficile car il ne sera plus crédible et je crains la foire d’empoigne ; en ce sens, le pape François est sans doute le dernier pape.."

      Le pape ne parle pas : il enseigne, urbi et orbi. C’est sa mission. Pour le silence, il y a le carmel ou la chartreuse...

      2° "J’aimerais savoir en quoi il bouscule comme le dit Romain ? Il ne fait que reprendre tout ce que l’on entend à longueur de journée dans les médias : en fait, nous avons le premier pape de l’histoire qui rejette l’universel au nom du mondialisme. Il ne bouscule rien du tout, il colle au discours ambiant."

      Le Pape nous "bouscule" parce qu’il redonne à l’Evangile sa fraîcheur originelle, en le concrétisant en fonction des enjeux de notre temps. Et avec un discours qui peut être entendu et compris dans le monde entier. C’est en ce sens qu’il est vraiment un pape adapté au "mondialisme". Pour le chef d’une église universelle, c’est assez cohérent, non ?

      Voir notamment son enseignement d "écologie humaine intégrale" dans Laudato Si. Si vous ne comprenez pas la portée de ce texte puissant et novateur...

      3° "Cela en soi n’est pas grave : François ne s’intéresse pas au dogme mais aime descendre dans l’arène pour blablater comme tout un chacun, à l’image de nos hommes politiques qui remplacent l’action par un discours inaudible. Bien sûr, il parle de L’Evangile mais qu’il dilue dans une espèce de philosophie humaniste héritée des lumières : la radicalité du christianisme s’en trouve diluée et perd sa singularité."

      Vous vous trompez en opposant François à Benoît XVI. Le discours de François est complètement chevillé dans l’enseignement de ses prédécesseurs, mais son souci est d’abord et avant tout pastoral. François ne descend pas dans l’arène mais va au plus près du terrain, là où se trouvent les hommes blessés ou en souffrance. C’est du christianisme concret et pas du tout dilué mais diffusé avec toute la puissance de la miséricorde du Père.

      4° "Romain parle de "déboutiniser" le catholicisme français, d’accord mais en quoi le pape François redonne vie au catholicisme Français qui donna des saints et des héros ? il semble ignorer complètement ce que fut l’Eglise de France. Le catholicisme français ne pourra sortir de son allure de chaisière coincée que lorsqu’il redeviendra l’Eglise de France avec fierté et panache, et non cette Eglise mal dans sa peau qui est ici mais qui veut être partout, donc nulle part !! Pouvez-vous me citer un évêque qui parle encore de l’Eglise de France ? l’Episcopat ne parle que de l’Eglise qui est en France, c’est-à-dire sur un territoire sans histoire, ni géographie...."

      Fierté et panache...Je crois que vous êtes un peu trop dans le catholicisme "identitaire". Je ne vous le reproche pas car l’Eglise en France a un peu trop pratiqué l’effacement.

      Mais ce n’est pas là l’essentiel : le Pape veut une Eglise qui rende palpables et présents l’Amour du Père, le don du Fils et la grâce de l’Esprit. On peut faire bien des critiques à nos évêques mais on ne peut pas dire qu’ils n’aient pas ça profondément à coeur.

      Et ce n’est pas parce que le Pape connaît moins bien l’Europe que Benoît XVI ou Jean-Paul II qu’il n’a pas à l’esprit l’identité des nations. On en aura la preuve cet été lorsqu’il se rendra en Pologne pour les JMJ, j’en suis convaincu...

      5° "Ce qui peut remuer l’Eglise de France et le pape semble l’oublier, c’est que surgissent des saints dignes de ceux que notre pays a su engendrer, et on ne pourra le faire qu’en renouant avec la radicalité du christianisme et non avec des discours médiatiques."

      Entièrement d’accord et si vous n’avez pas compris que c’est ça le sens du ministère de François, c’est que nous avons besoin de progresser ensemble sous l’action de l’Esprit saint...

      6° Le Pape et les médias. Tous les papes ont connu le désamour des médias...Paul VI avec l’encyclique Humanae Vitae, Jean-Paul II quand il a parlé de la protection de la vie, Benoît XVI quand on lui a reproché de favoriser un peu trop les traditionnalistes etc...

      Ca fait partie des coups de vent qu’il faut essuyer sur le Lac de Tibériade...Mais le Christ est à bord, non ?

      Ce qu’a dit le Pape à propos de la crise dont le cardinal Barbarin est le centre est un nouveau témoignage de sérénité dans la tempête. Un très bel exemple.

      7° "Pour ce qui est du discours très politique et non évangélique du pape sur l’Europe multiculturelle : il risque de se couper non seulement du peuple catholique mais des peuples en général. Il est évident que les nations redressent la tête et que cette idéologie, si elle doit triompher, se fera dans la violence car c’est bien de la vie ou de la mort de l’Europe dont il s’agit. François n’est absolument pas crédible dans ce domaine, il ne parle pas en pape mais en "militant" et cela ne peut être accepté."

      Le pape ne nie nullement les racines chrétiennes mais prend acte de ce qu’il n’y a pas que chrétienté en Europe. Il ne se fait pas le propagandiste du voile ou du multiculturalisme, mais il se borne à dire qu’on ne règlera pas la question des musulmans en France ou en Europe en fliquant les tenues.
      Je suis entièrement d’accord avec ça.

      Que les peuples européens soient dans une phase de réaffirmation de leur identité parce qu’ils se sentent menacés dans leur être, soit, mais ce n’est pas une raison pour les catholiques de s’aligner sur une idéologie d’exclusion. Là encore, le pape a raison de nous mettre en garde.

      L’Europe n’est nullement menacée de mort. Elle connaît une mutation difficile et douloureuse, pas la première. Et il appartient aux catholiques de contribuer à ce qu’elle se produise en allant vers plus de paix et plus de justice. Votre refus d’entendre ce que le pape a à nous dire n’y contribue pas...

      Je pense que vous n’êtes pas vraiment à l’écoute du Pape, avec confiance et ouverture de coeur et d’esprit. Vous êtes sur une posture de défiance et de rejet. Cela vous empêche de saisir en quoi le Pape propose des réponses à vos légitimes craintes et inquiétudes.

      Il me semble aussi que vous êtes habité par une certaine peur de l’avenir. La peur n’est pas bonne conseillère. Je l’ai dit et je le redis : je ne crois pas du tout que l’islam soit une menace pour l’Europe. La vraie menace, c’est notre matérialisme, notre perte de tout sens de la transcendance et, pour les cathos, notre peu de foi...

      Nous sommes beaucoup trop verrouillés...

      Je me permets d’observer une curieuse convergence entre la pensée du pape et celle d’un Pierre Manent sur la situation de la France. Et je constate que l’une est l’autre sont aussi peu écoutées...

      Je plaide pour une plus grande ouverture de coeur et d’esprit. Il faut accepter de se laisser un peu déranger dans nos certitudes et nos inquiétudes.

      Voir Abraham en Genèse 15 : Abraham est obsédé de partir sans enfant...Que lui fait la promesse de l’Alliance dans ces conditions..?
      Mais Dieu conduit Abraham enfermé dans les limites de ses préoccupations humaines AU DEHORS...Le pape nous invite à voir la France et l’Europe DU DEHORS. avec le regard de la foi...Et alors nous verrons que la vieille grand-mère européenne est capable de la vitalité d’une jeune épousée...

      Telle est ma foi et mon espérance...celle d’un homme qui a vu tomber les murailles qui défiguraient le coeur de l’Europe contre toute probabilité à vue humaine.

    • cf. : 22 mai 14:19

      Pour en revenir au pape François "propagandiste du voile", je me permets de revenir à la source : selon la presse et les JT, le fait se déroule en 1989, à Creil où deux adolescentes refusent d’ôter, en classe, le foulard qui leur couvre les cheveux. Chassées de l’école, soutenues par leur père, les voilà faisant la Une des quotidiens, revues, hebdos, mensuels, JT, réseaux sociaux... Se jettent dans la mêlée : journalistes, chefs d’établissements, barmen, ministres, profs’, simples citoyens, concierges, philosophes... La tension monte, les passions sont exacerbées, et dans la capitale, les villes, les villages, les campagnes, et les hameaux de France des hommes en viennent aux mains, des femmes se crêpent le chignon. Une image ? Non, triste réalité... Pendant ce temps "le foulard de Creil" se déplie en plusieurs dénominations : foulard islamique, voile, voile intégral, tchador, niqab, hijab, bref, ces mots exotiques sont sur toutes les lèvres... sans que personne, ne sache exactement de quoi il s’agit...

      Dès lors, peur, panique, détestations et méfiances s’installent. Deux adolescentes, leur voile, leur père et les media... et voilà notre pays cité, pesé, soupesé et décrit dans le monde entier. Au bout de quelques années, le climat semble s’être calmer. Mais voilà qu’il y a quelques heures, une déclaration de François sur ce couvre-chef contesté remue le feu qui couvait sous la cendre ! Du coup je pense aux "bonnes soeurs", mais oui, à ces religieuses de par le monde, infirmières, enseignantes, accompagnatrices de familles et de gosses sous les bombes... Je les vois dans leur robe longue et sous leur voile...Et les mots de François prennent leur sens...

      Bref, on a le droit d’être pour ou contre François et l’exprimer. Son franc-parler gêne et, parfois, "déroute" comme on a pu lire ici et là.
      Il y a peu, dans cet espace, j’écrivais à peu près que parfois, je ressentais les paroles de François comme une claque. C’était pour dire qu’il arrivait que ses déclarations me secouent, me réveillent et que je devais essayer de comprendre sa pensée ; un effort m’était donc demandé pour déchiffrer, sous des mots "crus", le sens pour en tirer le fond et aussi la richesse. Qu’il m’ arrive de le juger des fois dur, comme éloigné de la réalité, ou encore surprenant à accomplir des gestes "déplacés" pour une "Sa Sainteté" : le jeudi saint, laver des pieds de voyous et y déposer un baiser... Il faut s’y habituer. Mais en pensant à Jésus...Non pas qu’il se prenne pour Lui...mais L’imiter...

      Le pape François n’est certainement pas exempt de défauts. Irais-je, pour ma part, jusqu’à en faire le "propagandiste du voile" ?... Avec un
      peu d’indulgence, ou un zeste de charité... Enfin, je vais y réfléchir...

      MERCI.

    • PS

      Ce qui méritait, peut-être, d’être souligné dans mon précédent billet sur "le voile" et que j’ai oublié de mentionner, c’est notre responsabilité personnelle qui pourrait, parfois, être engagée. Quand des sujets sont ici et là "montés en épingle", il incomberait, me semble-t-il, de faire preuve de prudence. Pour la simple raison que, souvent, des faits jetés en pâture sur la place publique sont loin d’émaner d’intentions innocentes. Loin de faire preuve de méfiance à l’égard de tout, il nous est, je ne sais pas, probablement demandé d’utiliser notre devoir de discernement. Ce n’est pas parce que tel journal a écrit ceci, ou que telle personnalité a émis cela que nous devons nous croire obligés de contredire automatiquement ou d’y adhérer de même.

      Pour en terminer, toujours à propos du pape, je ne prétends pas le défendre - il est assez grand pour le faire tout seul, si besoin est. Qu’il me soit quand même permis de dire, ou plutôt de répéter, que toute comparaison avec untel ou untel est superflue, chacun ayant un charisme, des qualités et des défauts propres. Etre d’accord ou pas d’accord avec ce qu’un pape avance est un droit. Sauf, qu’en toutes circonstances il convient de ne pas dépasser certaines limites.

      Même si cela fait "vieux jeu" : ça ne m’empêche pas de penser - et de dire - que toute personne à droit à un minimum de respect.

      MERCI.

  • @Romain, C’est très bien Romain de défendre le pape mais faut-il le défendre, même s’il outrepasse son rôle ? Les propos du pape sur les racines chrétiennes peuvent paraître injustes Parler de colonialisme à propos des racines chrétienne me parait inapproprié, pour le moins maladroit et même injurieux dans le contexte actuel (et un peu curieux pour un pape venant d’Amérique du Sud. ) Si le Pape avait voulu dire qu’il fallait vivre ces racines chrétiennes, vivre sa foi au lieu de les assener à l’autre, il était dans son rôle, mais le dire ainsi, c’est dénaturer les propos de Jean-Paul II qui, certes comme toujours parlait de sa magnifique voix tranquillement, mais sans broncher, et , exigeait de nos dirigeants européens qu’elles soient inscrites dans la charte de l’Europe. Changement de tactique à 90%ou 180% ?
    Ces racines chrétiennes nnon seulement, elles ne sont plus revendiquées, mais elles sont mises en examen historique par François, de manière imprécise. Le fond du problème , c’est que l’Europe a été façonnée , fondée par ses racines s chrétiennes, associées certes à d à d’autres « Athènes , Rome et Jérusalem » disait lumineusement le regretté Benoit XVI et que dans s es déchirements suicidaires cette même Europe les a reniées se Benoit XV , tiens le même nom que Benoit XVI ! Les avait rappelés en plein conflit suicidaire, de l’Europe en 1914, 1915,1916. Accepter la disparition de cette Europe, c’est à dire de ce qu’ il l’a fondé , c’est accepter la disparation de la transmission qui n’est vivante que parce qu’elle est ancrée, fondée, non par ce qu’elle balaye, écrase, détruit dans le maelstroms des révolutions et aujourd’hui il semble bien y avoir une religion mondialiste nihiliste , qui veut faire disparaitre les derniers résidus de ces valeurs s qui préexistent à toutes société et rende l a vie dans ces sociétés possible. (Voir Schumpeter qui disait que le capitalisme dans sa logique épuisait les valeurs morales, et voir aussi Orwell, l’agnostique qui se désolait de l’humiliation de la classe moyenne et de sa « Common Decency » massacrée)
    D’autre part ces racines chrétiennes ont modelé le paysage culturel, architecture, musique, littérature etc. ; et elles ont continué à agir sur croyants et mêmes s incroyants ; Leur foi a pu se réveiller à leur persistance, les reconvertir ( Proust, et je dirais même Camus qui n’a cessé de méditer Dostoïevski, donc ces racines, , Stefan Zweig malgré son suicide qui est un appel au secours devant leur reniement par l’Europe , lui qui aimait t cette Europe des « racines chrétiennes » D’Erasme à Marie-Antoinette. Elles sont aussi puissance de conversion.
    D’un point de vue purement chrétien notre foi est bien héritée de ceux qui nous précédent (c’est ce qu’on appelle la Communion des Saints) et c’est cet héritage qui est indestructible face aux totalitarismes issus de leur négation C’est bien en leur nom que sont levés les opposants au totalitarisme, qui parsèment aussi t le 20 et 21 siècle. . Les Carmélites de Compiègne et tous ces martyrs de la Révolution Française, Edith Stein dénonçant l’Anti Christ dans son vœu de martyre en 1939 à Echt, les martyrs chrétiens du Goulag, Soljenitsyne et la Rose Blanche, mouvement de jeunes allemands de résistance qui font t appel nommément à ces racines chrétiennes dans leurs tracts pour leur combat contre ce que leur conseiller secret, Théodore Haecker appelait l’Antichrist.
    Quoiqu’on puisse penser de ceux qui revendiquent cette identité, chrétiens ou non, on n’ a pas le droit à priori de dire que leur évocation de cette Europe chrétienne n’est aussi une quête personnelle et sincère de retrouver sens à leur vie et une reviviscence de leur foi oubliée. Des athées se sont reconvertis à l’évocation des martyres de Compiègne grâce à Gertrud von le Fort et Bernanos. . Peut-on comprendre ces auteurs sans évoquer les racines chrétiennes de l’Europe. Le christianisme n’a jamais interdit la culture, qui est aussi affrontement et non effacement.

    • Le pape n’a pas besoin de ma bien modeste contribution pour le défendre...Il a le Paraclet...

      Comme lui, je suis moins dans "l’archéologie" de la chrétienté européenne, à farfouiller dans les racines, qu’à tenter de rester attentifs aux jeunes pousses...

      J’en vois pas mal d’ailleurs...

      Autre image, celle du figuier...Le figuier européen manque de fruits...Binons au pied, mes amis, binons...On ne peut pas laisser au pape le soin de faire tout le jardinage...

    • Pour un chrétien il n’y a jamais d’archéologie. Notre foi ne sera jamais archéologique , mais vivante. l’apôtre Pierre est mon contemporain avec son enthousiasme et ses fuites, il est la pierre vivante. et tous les autres qui lui ont succédé et qui ont transmis la foi . Nous aussi Chrétiens " nous sommes des nains sur des épaules de géants" ( Pierre de Chartres si ma mémoire est bonne )
      Binons , oui, binons, binons sur nous mêmes , nous avons bien besoin d’émonder, de nous émonder, nous - pas les autres- je suis tout prêt à le reconnaitre, mais n’arrachons rien de ce qui nous a été transmis . . La culture en fait partie , elle surplombe au moins par le temps aussi la Pastorale, ce qu’avaient bien compris Jean -Paul II et Benoit XVI. François a-t-il fait une croix sur l’Europe ? Et vous Romain ? Vous parlez des jeunes pousses. Fort bien , eh bien donnez leur vos fruits greffés sur quoi exactement ?

    • Le Pape a voulu rappeler que les "racines chrétiennes " n’avaient de sens que dans une logique de serviteur et qu’en conséquence on ne pouvait brandir ces racines comme un "en soi" ! Mais interprété par la presse ce
      propos apparaissait comme hostile à ceux qui dans l’Eglise se situent nettement dans la lignée de Jean Paul II et de Benoit XVI et aiment à rappeler nos origines. Une fois de plus - et j’observe que bien des jeunes en sont décontenancés- le Saint Père semble, dans un dialectique subtile qui lui est familière, douter du sens de la charité de ceux qui affirment fortement leur identité chrétienne ....Alors même qu’ils sont moqués et vilipendés , n’est ce pas Rocco Butiglione..............

    • cf. : 23/5 16:00
      cf. : 23/5 10:21
      cf. : 22/5 20:03
      cf. : 23/5 13:15

      Non, Henri, votre billet de ce matin appelle une réponse bien plus étoffée que ce papier laconique - j’allais dire suspect - de 13:15 aujourd’hui. iL est nécessaire de revenir sur ce que vous avez avancé. Pour l’heure, je me réfère à l’intervention du 22/5 20:03 qui n’a pas laissé tout le monde indifférent :

      "..je réagis... je crois que vous exprimez des réactions qui sont partagées par de nombreux lecteurs..."

      Para 1 : "...pour le silence il y a le carmel ou les chartreux..." (ça fait penser à "allez dans une abbaye...", n’est-ce pas...) ;
      P. 2 : "...si vous ne comprenez pas la portée..." ;
      P. 3 : "...vous vous trompez..."
      P. 4 : "...je crois que vous êtes un peu trop dans le catholicisme "identitaire"...." ;
      P. 5 : "...si vous n’avez pas bien compris le sens du ministère de François..." ;
      P. 6 : "...Je pense que vous n’êtes pas vraiment à l’écoute du pape..."
      Il me semble que vous êtes habité par une certaine peur de l’avenir (comme l’autre celui-là qui se disait, je cite : "habité par l’espérance"), cela vous empêche..."
      Conclusion : "’Telle est ma foi et mon espérance..." autrement dit,
      "je suis chr. c..." mais arrêtons.

      En guise de réponse au contributeur, nous avons eu droit à un exposé sur ses états d’âme, défauts, déviances et on ne sait quelles autres supputations et suppositions sur des longueurs dont on commençait à peine à apprécier l’absence. Pour ce qui est du (trop) bref billet du 23/5 13:15, il est comparable à quelques-uns de ses aînés : des "comme le chant du cygne" qui monte vers le plafond des forums, alors que le cygne, lui, revient après une cure de jouvence faite on ne sait trop sur quelle page du web.

      Par ailleurs il conviendrait, pour l’"hygiène" de cet espace, de ne plus s’intéresser à des contributeurs inopinés genre Vladimir Toupine, Raoul Voloponi, Raoul Volofoni, et autre BMN (que j’ai pris pour une plaque minéralogique ou le sigle d’un aéroport...). J’ai bien écrit, et je le souligne, "hygiène" de cet espace... ICI FC ! (et non The Muppets show) !

      MERCI.

    • 23 mai 16:00

      Il n’apparait nulle part que François ait "fait une croix sur l’Europe". Quand JPII s’écriait : "France, qu’as-tu fait de ton baptême", cela avait choqué bien du monde. Et bon nombre de ceux qui aujourd’hui s’en réclament lui en avaient voulu à l’époque. On dit que rien n’est jamais acquis, rien n’est jamais perdu...

      Lorsque François égrène : "que t’est-il arrivé, Europe ?"... On n’aura pas de cesse de répéter à la suite de G. Leclerc : "il faut lire le discours du pape dans son intégralité". Lire et méditer... Avouer que je l’ai repris plus de 3 et même 4 fois... L’essentiel est que j’y ai puisé, à chaque fois, de quoi me faire comprendre ce que signifiait la phrase précédente. Et qui donc détiendrait la vérité ?

      Un homme différent, une origine différente un style différent, et alors ?
      JPII, Benoit XVI et de nos jours François n’ont pas été "coulés dans le même moule", mais tous trois avec leur originalité et la manière, différente de chacun de nous interpeller c’est cela qui importe. Quand j’ai parlé de "claques" à propos de certaines paroles du pape, je me suis fait insulter sur ce même forum. Aurais-je pour autant changé d’idée et d’objectif ? sinon pour aller encore plus loin et mieux, grâce à Dieu et aussi à des vraies interventions ici même...

      (Quand j’ai entendu au tout début de son pontificat François parler du Seigneur en disant : "Le grand timonier", j’ai été interloqué : "Qu’est-ce qu’il raconte celui-là !" Mao rôderait-il dans les parages... Et quand, pas plus tard qu’il y a trois semaines, je lisais un passage de Benoit XVI, cher à mon coeur, et que je suis tombé sur ces mots à propos de Dieu : "le grand timonier", cette fois, en fait de tomber, je l’ai refait, mais à la renverse... l’autre dirait, façon Paul de Tarse...

      Un vrai débat consiste, pour moi et entre autres, à mettre en commun des conceptions différentes, on remue tout ça, qui se bouscule, qui se heurte, va, revient. Et après, quand on regarde, c’est surprenant...

      Il me semble l’avoir écrit - ou l’ai-je seulement pensé ? - à propos des papes, qu’il fallait prier l’Esprit Saint encore plus après leur élection qu’avant la sortie de la fumée blanche. Ce n’est pas maintenant que je changerais d’avis...

      MERCI.

    • Je dirai même plus : hygiène de l’espèce.

      MERCI

    • Merci à Gemayel de vouloir faire souffler l’Esprit Saint et à Cordouan aussi de montrer qu’on s’y perd en subtilités, qui pèsent un peu trop sur certains.
      Sans revenir sur le débat je crois que nous simples laïcs avons le aussi le devoir et donc le droit de prendre part au débat, d’exprimer nos craintes, et de délimiter le champs de compétence qui est le notre dans nos rapports avec autrui.( Flux migratoires, religions comme l’Islam ..)

    • Henri me fait trop d’honneur en me transformant en souffleur de l’Esprit Saint, je n’ai fait, dans ce contexte, qu’essayer d’apporter ce que je pensais un petit complément à travers les écrits des Actes des apôtres. Avec, comme toujours, la demande d’excuser si erreur.

      Pour le reste, je ne peux qu être d’accord - l’ayant d’ailleurs et comme on peut le constater dans d’autres messages - sur le fait que nous avons non seulement le droit mais le devoir d’exprimer nos craintes, nos désaccords etc. Sinon il n’y aurait pas débat mais vains et, à la limite, indésirables soliloques.

      Bonne continuation.

      MERCI.

    • PS

      Il me semble devoir demander des excuses à Henri, ayant répondu à son dernier message sous la rubrique "Des racines à faire vivre". Réponse, en plus, envoyée - quelle horreur !- sous anonymat, j’ignore pourquoi. Sauf que "MERCI" est un peu comme ma deuxième "identité". Anonymat très peu pour moi.

      Voici une opportunité, toutefois, pour redire que oui, il nous faut demander l’aide de l’Esprit Saint, pour nous, pour les autres, et surtout pour François. Avec tout ce qu’il est en train d’écoper en ce moment... Même s’il n’est certainement pas sans savoir que lorsqu’on s’expose on assume. Pour cela on peut lui faire confiance vu que, sinon, il n’aurait plus osé en placer une. On le voit, il se défend bien tout seul.

      Allons, et bonne continuation, sans rancune.

      MERCI.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.