FC 2107 – 22 mai 1987

Lancelot Andrewes, un précurseur de Vatican II

par le R.P. Louis Bouyer

samedi 14 janvier 2012

L’ouvrage considérable mais passionnant, que Nicolas Lossky vient de consacrer à la prédication de Lancelot Andrewes [1], le grand évêque, théologien et spirituel anglican de l’époque de Jacques Premier d’Angleterre, n’est pas seulement une étude d’une haute valeur scientifique pour l’histoire des doctrines. C’est à la fois une œuvre d’importance capitale pour l’œcuménisme et un lecture spirituelle et doctrinale d’une exceptionnelle richesse, que sa rédaction, particulièrement claire et agréable, rend accessible à tout chrétien d’une culture élémentaire.

Cet évêque anglican du XVIIe, comme certains de nos meilleurs auteurs français de la même époque étudiés par Bremond, mais surtout tels Petau ou Thomassin, mieux encore que Bérulle ou Condren, fut en effet un des premiers découvreurs modernes des Pères grecs, de leur spiritualité liturgique, foncièrement paulinienne et johannique. A la même époque, on pourrait encore en rapprocher le grand théologien luthérien allemand, Johannes Gerhard, récemment remis au jour par une thèse de Schärlemann (soutenue à Yale University).

Dans ses sermons pour les grandes fêtes de l’année liturgique, c’est donc une spiritualité du mystère chrétien qui se révèle à nous, envisagée sous tous ses aspects. Elle correspond exactement à ce que nous proposaient, comme le principe d’un renouveau dans la foi, les grands textes conciliaires de Vatican II : sur la liturgie, l’Eglise, et la source dans la Parole divine de l’Ecriture comme de toute la tradition authentique.

Ajoutons-le : il est rare de trouver, à trois générations successives, une telle succession dans le service de la vérité chrétienne et de la vie dans la foi.

Nicolas Lossky junior (comme diraient les Américains) s’est montré ici le digne héritier de son père, le grand théologien laïc de l’orthodoxie russe, aussi bien que son grand-père et homonyme, qui nous a donné une incomparable histoire de la philosophie russe. Nous attendrons impatiemment qu’il poursuive dans la même ligne une étude aussi fructueuse de cette grande tradition des théologiens et spirituels anglicans qu’on nomme les Caroline Divines : les théologiens des rois Charles.

Louis BOUYER


[1Nicolas Lossky, Lancelot Andrewes, le prédicateur (1555-1626). Aux sources de la théologie mystique de l’Eglise d’Angleterre, Editions du Cerf, coll. « Patrimoines », 380 p., 135 F.

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