Père Guillaume de Menthière

«  La virginité de Marie,
mystère de notre régénération  »

propos recueillis par Aymeric Pourbaix

vendredi 22 mai 2020

Nativité du XVe siècle. La Vierge Marie se tient debout après la naissance du Christ, marquant ainsi son mystère surnaturel…
© Fred de Noyelle / Godong

Cela fait partie des mystères de la foi, qui aujourd’hui sont devenus étrangers à nos mentalités rationalistes. Pourtant, les Pères de l’Église ont bataillé pour défendre la virginité de Marie avant et après la naissance du Christ.

Qu’est-ce que la virginité in partu – dans l’enfantement – de Marie ?

Père Guillaume de Menthière : C’est le fait que Jésus entre dans ce monde comme il quitte ce monde, sans arrachement, ni rupture, sans les douleurs de l’accouchement naturel. Au IIe siècle, Clément d’Alexandrie (+185) semble être l’un des premiers à enseigner clairement la virginité in partu de Marie. Mais il ne cache pas que cette opinion, à son époque, n’est pas unanimement suivie.

La question de l’intégrité physique de la Vierge dans la naissance du Sauveur allait ensuite être soulevée de manière abrupte par le récit du célèbre Protévangile de Jacques, mais ce récit sent trop le merveilleux pour que l’on puisse lui attribuer une quelconque valeur historique. En revanche il n’est pas dépourvu de valeur théologique. Non seulement parce qu’il affirme cette virginité in partu de la Mère de Dieu, mais parce qu’il met en lien cette vérité avec la Résurrection du Christ.

Pouvez-vous préciser ce lien entre Noël et Pâques ?

La conception virginale de Marie affirme que personne d’humain n’a déposé le Verbe dans le sein de la Vierge, de même que personne ne l’enlèvera du sépulcre après son ensevelissement. «  De même, déclare ainsi saint Jean Chrysostome (+407), qu’il est né du sein inviolé de la Vierge, de même il est ressuscité du tombeau fermé. (…) sa résurrection n’a pas brisé les sceaux du sépulcre.  »

Dans son enfantement virginal, le Christ est sorti du sein de sa mère comme au jour de Pâques il entrera, ressuscité, dans le cénacle (cf. Jean 20,19) : « Le corps du Christ, qui entra chez les disciples les portes étant closes, enseigne saint Thomas d’Aquin (+1274), pouvait aussi par la même puissance sortir du sein fermé de sa mère. Il ne convenait pas qu’en naissant il portât atteinte à cette intégrité, lui qui voulait naître pour rétablir dans son intégrité ce qui était corrompu.  »

Pourtant, le Fils de Dieu est bien devenu un homme avec ses limites ?

Certes, le corps du Christ nouveau-né n’est pas un corps glorieux de ressuscité. «  Le Christ avait une chair semblable à celle du péché  » dit saint Paul (Romains 8,3). Jésus était donc normalement soumis aux lois spatio-temporelles de tout corps humain dans ce monde. Cependant, l’Évangile témoigne que le corps du Christ, même avant la Résurrection, pouvait dépasser miraculeusement par la vertu divine la condition ordinaire d’un corps créé, par exemple lorsqu’il marche sur les eaux, ou lorsqu’il est transfiguré.

De la même manière il outrepasse les lois de la nature en sortant sans l’ouvrir du sein virginal de sa mère et c’est pourquoi saint Augustin peut écrire : « Les portes closes du cénacle n’ont pas été un obstacle pour la masse du corps où se trouvait la divinité. Il a pu entrer sans qu’elles s’ouvrent comme, en naissant, il avait laissé inviolée la virginité de sa mère  » (saint Augustin, Tractatus in Ioannem super 20,19).

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

Messages

  • Ce n’est guère poétique... mais le Magister catholique s’il parle bien de "Mère de Dieu" parle surtout de "Génitrice de Dieu"... argument vers une reconnaissance de Sa divinité ?
    http://blog.arnaud-barbey.fr/2020/01/02/la-vierge-marie-non-seulement-mere-mais-genitrice-de-dieu/

  • J’ai beaucoup apprécié l’ interview au P. Guillaume de Menthière, d’une grande érudition et compétence théologique sur la virginité de Marie, spécialement « in partu ».
    Je ressens toutefois une certaine gêne, comme si l’état physique de Marie, demeurant vierge pendant l’enfantement du Seigneur, revêtait autant d’importance que son entière consécration à Dieu son époux mystique, et comme si une sortie normale de Jésus du sein maternel eût amoindri le caractère immaculé de sa mère.
    Toutes les raisons ou convenances théologiques de cette réalité, de surcroît hautement symbolique, sont certes très bien présentées, mais encore faudrait-il qu’elles s’inscrivent dans une compréhension et valorisation exhaustive du don de sa personne que Marie fit au Seigneur, et dont la volonté de se garder pour lui est un signe décisif.

    Pour que le peuple chrétien soit touché en profondeur par la virginité de Marie et en retire tout le bénéfice spirituel souhaitable, il faudrait que cette virginité nous apparût assez nettement comme une offrande, une promesse volontaire, une consécration de Marie à son Seigneur... et non pas comme une sorte d’accident, une sorte de changement de parcours dû à l’Annonciation et contrariant un autre plan de vie, celui de son mariage programmé. (ce qui a aussi sa beauté !)
    Car l’intention, l’effervescence affective et amoureuse précédant un échange corporel entre des personnes décidées à s’unir en mariage, compte davantage que la réalité physique de l’ intégrité virginale.
    Quelle jeune fille normale promise en mariage à un homme - à moins que ce mariage ne soit contraint et forcé, conclu d’avance comme un arrangement - ne désire dans son coeur, et n’imagine, avant la célébration effective, l’union totale, corps et âme, avec son amoureux ? Or si Marie était réellement fiancée à Joseph, tel devait être son état d’esprit : celui d’une personne s’apprêtant à s’unir à son amant. Ce n’est pas un état d’esprit à proprement parler virginal… ce qui n’empêche pas qu’il soit tout à fait pur et recommandable. Mais il représente autre chose, et il n’est pas l’idéal d’une personne entièrement consacrée au Seigneur, dont Marie est le modèle et "l’archétype" par excellence pour les très nombreuses personnes, femmes et hommes, femmes d’abord, faisant voeu de chasteté pour le Seigneur.

    L’Eglise devrait donc, me semble-t-il, faire valoir une interprétation des textes bibliques, à commencer par le récit de Luc, qui donne à comprendre que l’objection ou plutôt la question de Marie à l’ange Gabriel : " comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme ", n’est pas un manque de foi (comme ce fut le cas chez Zacharie qui manqua de foi Cf Lc 1, 18-22), mais son interrogation sur un projet existant déjà entre elle et Dieu, à savoir sa volonté d’appartenir entièrement à son Seigneur, volonté inspirée et agréée par lui, et qui se trouve, semble-t-il, déplacée ou contrariée par le message de l’ange.

    Si Marie avait eu vraiment l’intention de se marier, elle n’aurait pas demandé comment elle pourrait donner naissance au Messie. (Car elle sait comment naissent les enfants...)Elle aurait simplement posé la question : "Quand cela se fera-t-il… ? », dois-je me marier sans tarder… ? Si Marie dit « comment ? » c’est qu’il y a un véritable obstacle qui doit être levé, à savoir son propos de vouloir appartenir exclusivement au Seigneur : le Seigneur me délie-t-il de cet engagement entre lui et moi ? Et en arrière plan , n’y a-t-il pas vraisemblablement l’intuition de Marie - fondée dans l’Ecriture, et préparée déjà par l’Esprit Saint - que le Messie doit naître d’un jeune fille vierge ?

    A partir de cette conviction, on peut chercher des solutions aux questions qui ne manquent pas de se poser sur la nature de la relation de Marie et de Joseph avant l’Annonciation. Marie gardait-elle ce secret pour elle, sans en parler, faisant confiance à la providence du Seigneur ? Mariage blanc envisagé avec lui ? Avenir pas encore éclairci entre Joseph et sa promise au sujet de ce que serait cette union à caractère très particulier… ? Marie s’en remet-elle à Dieu pour résoudre ce problème
    absolument délicat ?
    Cordialement.

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