La victoire de Conchita Wurst

par Gérard Leclerc

lundi 12 mai 2014

La correspondante du Monde, à Vienne, Joëlle Stolz, a entonné le péan de la victoire sur le mode le plus éclatant : «   Dire que Conchita Wurst, avec ses faux cils charbonneux et sa barbe postiche qui lui mange le visage, a décoiffé l’Autriche, est un euphémisme : la victoire de cette diva travestie au concours de l’Eurovision, samedi 10 mai à Copenhague – à la veille d’un référendum à haut risque en Ukraine –, est une divine surprise pour un pays réputé, souvent à tort, pour son conservatisme, qui se retrouve ainsi propulsé à l’avant-garde des changements de société.  » En quelques mots, tout est dit : la victoire d’un travesti dans un concours de chant a une portée symbolique considérable. L’image de l’artiste qui veut afficher une identité transsexuelle a valeur sociétale. Le trophée musical porte en lui le signe et la promesse d’un changement radical des mœurs dans un pays réputé catholique, et donc conservateur.

On veut parler de «  message de tolérance  », mais comment ne pas être frappé par son caractère violemment intrusif, qui veut s’imposer aux consciences, éventuellement les forcer, pour l’accession à un âge supérieur, celui d’une émancipation qui rend tout possible et notamment le transformisme des corps et des visages, au gré d’une imagination qui, sous couvert de liberté et surtout d’idiome libertaire, entend s’imposer aux esprits dans ce qu’ils ont de plus intime ? La tolérance est le masque trompeur d’une entreprise de conquête qui entend tout araser sur son passage. Qui ne veut pas acquiescer à son diktat est promis à la réprobation la plus sévère, convertie sans doute demain en décret punitif au regard de la loi.

Il y a sans doute une détestable façon de réagir à une telle opération, c’est de s’en prendre à la personne de l’artiste et même à son ethos personnel, qui relève d’un destin singulier que nul ne saurait juger. Mais l’offensive idéologique, promotionnelle, dont cet épisode est l’occasion, ne peut qu’être jugée avec toute la distance nécessaire par les hommes et les femmes libres, qui entendent garder intacte leur faculté de jugement, leur conception d’une construction de soi qui ne consiste pas en une destruction ou une désintégration. Les attaques sournoises qui visent le christianisme, comme obstacle à ce type d’évolution, devraient faire réfléchir, car l’opposition frontale des premiers chrétiens à certaines mœurs païennes n’avait rien à voir avec un rigorisme outré, elle était porteuse d’humanisation du corps et de la sensibilité la plus profonde. Or, c’est cela qui est en péril aujourd’hui.


http://www.huffingtonpost.fr/esther-benbassa/victoire-de-conchita-wurst-avancee-trans-senat_b_5314582.html?utm_hp_ref=france

Messages

  • Merci , grand merci à l ’auteur de cet article.
    Je ressentais moi aussi le besoin de mettre en mots les sentiments profonds que me cause ce pseudo-événement , et ce qu ’écrit ADMIN correspond exactement à ce que je crois moi aussi. Il faut vraiment démasquer l ’apparence de toute cette comédie, et dénoncer la théorie faussement libératrice mais en réalité destructrice qui se cache derrière tout cela. Osons le faire et le dire , ne nous laissons pas leurrer ni leurrer toute la génération qui arrive. Osons crier les principes conformes à la dignité humaine sans lesquels l ’homme s ’auto-détruira. Non, la vraie liberté n ’est pas la licence des moeurs !!!!

    Marie

  • En effet, personnellement je ne peux qu’adhérer sur plusieurs points qu’admin relève. Et encore, où veut-"on"
    mener ce monde ? De provocations en provocations, beaucoup applaudissent (sinon "on passerait pour des des rétros idiots" n’est-ce pas ?).

    Peut-être ne sommes-nous qu’au tout début de ces changements souvent plus subtiles et moins innocents qu’on voudrait le faire croire. Quel concours, et quelle Eurovision ?

    En tout cas on a le droit de dénoncer ce genre grossier de manifestations, et il en existe beaucoup. Que dis-je, le droit, peut-être même de devoir de ne pas se taire face à ce genre d’intox à peine voilée. Oui, on a bien remarqué chez Conchita( ou Commechita), j’ai oublié, les cheveux longs et la barbe. La moustache y était aussi, sauf erreur. Enfin, avec ou sans moustache, certains y ont vu comme une ressemblance avec Jésus. Coïncidence, of course.

    Et peut-être même qu’un jour pourrions-nous bénéficier d’une belle Messe en Eurovision, avec un comble : cette trans-diva essayant de nous transporter vers l’extase dans un extrait de l’Agnus Dei de Mozart extirpé de derrière sa jolie barbe noire ?...

    Et que des enfants et des adolescents deviennent des témoins malgré eux de ces inepties crachées sur tous les petits écrans de la planète avec en plus les engouements, félicitations et autres effets d’admiration, plus trophées, on y a pensé ?

    Quant à la correspondant de Presse en Autriche....Mais, chut.. ;

    Et ad Vienne que pourra...
    Enfin, ad...Vienne que pourra...

  • Bravo pour votre excellent et délicat article. En écho, je ne peux m’empêcher de vous citer un extrait du "Soldat impossible" de Robert Redeker, lu récemment : "Derrière le tropisme de la négation de la réalité de la différence, que le féminisme partage avec l’antiracisme, qui est aussi une lutte contre la différence, se profile un projet anthropologique : fabriquer un indifférent. L’indifférent n’est ni homme ni femme, il est les deux et l’entre-deux."

  • J’adhère totalement à cette belle et sobre analyse et me propose de la diffuser autour de moi, comme je le fais souvent de textes qui ont pour moi valeur anthropologique Je le fais cependant en me situant historiquement dans une conjoncture de la mondialisation où la désymbolisation de toutes les valeurs et la chosification de l’être humain constituent le front où doit s’exposer quiconque se veut résistant et trouve de fait le génie du christianisme et notamment ses expressions catholique voire orthodoxe, comme si précieux appui. Nous affrontons ce faisant tant des processus aveugles que des sujets collectifs ou institutionnels, qu’il serait moralement bizarre de ne pas oser désigner comme, au moins, adversaires.
    Dans ce dernier registre il devient impossible de ne pas s’interroger sur la transformation en vulgaire appareil d’une manipulation oligarchique, la ligne dominante de ce qui fut un grand quotidien de référence intellectuelle et déontologique. La première page du numéro daté du 12 mai illustre ainsi à un degré inouï le propos de cet article, puisqu’y trône comme une idole planétaire, signe d’un culte valant pour toute l’humanité, la photo de ce (tte) héros (ïne), supposée signifier une victoire stratégique d’un fétiche plus abstrait la « diversité ». Il y a là effectivement du « violemment intrusif », d’autant plus qu’il n’est pas simple de désabonner toute une famille de ce qui reste l’organe de référence dans les échanges requis par la vie professionnelle voire sociale.
    Mais la transformation du Monde en vulgaire panzer-division de la désymbolisation et de la chosification de l’expérience humaine atteignait dans le numéro de la veille un point de non-retour qu’il n’est pas possible de ne pas imputer sur deux au moins de ses trois cibles, au poids direct de son principal actionnaire pour qui le commerce du ventre fécond des femmes était aussi banal que le travail salarié.
    1- La première cible, renvoie certes pour l’historien que je suis, au sinistre épisode de la Guerre contre l’esprit et l’âme que la Chine eut à subir de la part de l’ »Europe », comme guerre de l’opium. La première page, et deux pages centrales se donnent pour propos, d’enregistrer, sous l’idolâtrie centrale des décivilisateurs (invoquée dans le « mariagepourtous »), l’état de fait entériné dans les mœurs, la consommation et même la culture de cannabis, chiffres à l’appui. Plus encore, un propos militant s’étaie sur l’autre idolâtrie spécifique du moment, l’exemple à suivre nécessairement d’une « évolution » déjà engagée chez les plus modernes que nous, (la France), ce pays attardé où « le débat demeure interdit ». Qui veut ainsi droguer d’abord notre jeunesse ; ce qu’un tableau de chiffre, çà fait sociologique, illustre ?

    2- La seconde semble s’adresser aux seuls croyants d’une « gauche » réduite au plus petit dénominateur idéologique commun d’une lutte de classe ; à ceci près qu’elle désigne comme ennemi, moins l’exploitation capitaliste, que tous les héritages culturels qui font que des enfants se trouvent plus armés, de par le mérite de leurs famille, pour affronter la jungle économique et sociale. Ce clairon mobilisateur appelle en fait, comme par hasard, plus à rejoindre le Kulturkampf auquel se réduit le fantôme de la gauche historique, qu’à la solidarité avec le peuple ou le travailleur. Il se trouve, par un heureux hasard, que ce valeureux défenseur d’une gauche combative excitant les jeunes troupes, est le véritable pape de l’homosexualisme militant et haineux, à l’étiquette qui lui fut longtemps refusée au CNU de sociologie, de sociologue, (un des héritiers désignés de P. Bourdieu cet ennemi acharné du « capital culturel » qui fit sa prospérité). Un des titres de gloire de Mr D. E. est d’avoir craché sur sa famille ouvrière décrite homophobe (Né à Reims), et, cela ne nuit pas très ancien collaborateur du Monde. Il s’agit donc là d’héroïser politiquement le principal pilier intellectuel de l’oligarchie homosexualiste, que je distingue évidemment des personnes à pratique homosexuelle sur la vie des quelles je ne me donne aucun droit de commentaire.

    3- Mais foin de précautions, Le Monde (dimanche 11, mardi 12 mai) n’en prend plus, à un point sidérant et j’invite tous les lecteurs à lire, elle doit se trouver sur le web la page consacrée à « Mathieu Gallet, un moderne à Radio France ». Un des personnages les plus importants de l’Etat culturel qui s’est cristallisé depuis une génération, celui qui va diriger l’information sur les chaînes nationales, et qui vient d’être désigné « à l’unanimité » par un CSA (« présidé par Olivier Schrameck » ancien chef de cabinet de Lyonel Jospin, conseiller sur la question corse), est présenté, photos avantageuses à l’appui, avec une trame digne d’une publication people, construite sur des pratiques, une exhis corporelle, des avantages esthétiques, supposés pertinents dans une « préférence sexuelle » particulière. Celle qui précisément est promue du centre même de l’Etat, des media de la majorité des appareils culturels depuis 2012. « Il est beau garçon », « Tancrède (son surnom côté admirateurs) séduit tout le monde et je n’échappe pas à la règle », écrivait déjà le mentor qui « se battit comme un beau diable », pour le mettre en orbite, le ministre Frédéric Mitterrand, ajoutant « Mettons que ses qualités intellectuelles sont à la mesure de l’attirance qu’exerce son physique », compliments qui laissaient supposer qu’il était, dit l’intéressé, « in love ». « Le soir, Mathieu Gallet mène une deuxième vie, le théâtre, les garçons les sorties ». On ne sait si l’auteur de l’article adule ou dénonce tant il y a d’insistance, relayée par la rédaction (titres) à induire l’idée d’innommables, mais évidents « puissants réseaux ». Inutile de poursuivre, lisez.
    Je n’ai rien contre cet homme, dans le contexte actuel de la mondialisation, évidemment supérieur, et sans toute aux grandes capacités, je me moquerai de la « préférence sexuelle », qui lui a ouvert selon la journaliste, les chemins du pouvoir, comme des « préférences sexuelles » de quiconque, si cela n’était devenu un critère de mérite dans notre société politique désouverainisée, où les idéaux du moi valorisés par les institutions ne s’ancrent plus dans les sublimations des grandes héritages, des grandes œuvres et des grands témoins. Des sujets non sublimés ne peuvent accéder ni à une liberté morale, ni ce qui est plus grave encore, à la perception et au respect de la liberté d’autrui. « Lundi 12 mai… c’est maintenant que les choses sérieuses commencent » conclut la journaliste. Peut-on espérer que ces choses sérieuses, soient autre chose que la rééducation nihiliste à laquelle soumettent toute une société ces fameux réseaux qui l’on mis à la tête de ce qui reste de facto, la voix de la France.

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