La vérité de l’amour humain

par Gérard Leclerc

lundi 15 janvier 2018

Dans le grand débat sur les rapports hommes-femmes qu’a entraîné le scandale Weinstein, tout se passe comme si l’expression d’une pensée chrétienne était empêchée du fait d’une pudeur bien compréhensible. Il est téméraire de tenter une parole qui n’apparaisse pas comme moralisatrice dans une période qui reçoit toute référence normative comme attentatoire à la liberté. Parfois même la référence à une pensée théologique se trouve explicitement rejetée comme dépassée. L’anthropologie scientifique, la sociologie et les autres sciences humaines sont censées nous donner les clés des comportements et des dysfonctionnements de notre condition. Mais elles sont elles-mêmes imprégnées de présupposés philosophiques, à l’instar de la sociologie de Pierre Bourdieu dont le déterminisme reste dans la dépendance de la dialectique de la lutte des classes marxiste. Dans cette culture, il est impossible d’envisager une vraie perspective de réconciliation entre les sexes.

L’apport de la culture littéraire constitue un précieux auxiliaire pour se tirer de pareil piège, car il y a souvent une connaissance des sentiments et des passions chez nos écrivains supérieure à bien des théorisations scientistes sur la nature et la culture. Il vaut mieux relire Balzac, Stendhal et Flaubert pour dénouer nos perplexités. Et dans la foulée consulter ces analystes supérieurs que sont un Denis de Rougemont et un René Girard. La réduction de la masculinité à l’instinctualité la plus triviale, sans possibilité d’ouverture à un autre univers, semble malheureusement une des plaies intellectuelles de notre époque.

Mais il n’est pas inconvenant d’ajouter que les lumières de la théologie, qui ne sont nullement en rupture avec le meilleur de notre patrimoine culturel, peuvent venir éclairer de l’intérieur cette dramaturgie contemporaine. Marx lui-même n’avait-il pas perçu qu’il y avait quelque chose dans la relation homme-femme qui échappait à la dialectique du maître et de l’esclave ? Mais c’est un théologien comme Gaston Fessard qui est allé au terme de cette intuition, en montrant que « si l’homme et la femme réussissent à se donner de leur don même une assurance mutuelle et égale, ils peuvent alors s’étreindre et se fondre en un acte qui fonde leur unité » [1]. C’était déjà l’enseignement de l’apôtre : « Le mari qui aime sa femme s’aime lui-même. Car personne n’a haï sa propre chair, mais il la nourrit et l’entoure de soins » (Ép 5,29). 


[1Gaston Fessard, Le mystère de la société, Culture et vérité.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Voilà qui s’appelle remettre l’église au milieu du village - et avec bonheur !

  • "tout se passe comme si l’expression d’une pensée chrétienne était empêchée du fait d’une pudeur bien compréhensible."
    ==> Eh bien non, ce n’est pas compréhensible. En tant que chrétiens, nous devons être disciples du Christ ET missionnaires. L’évangélisation est consubstantielle au catholicisme. Faut-il le rappeler : "Malheur à moi, si je n’annonce pas l’Evangile" (1 CO 9, 16).

    "Il est téméraire de tenter une parole qui n’apparaisse pas comme moralisatrice..."
    ==> Pourquoi ne devrait-elle pas apparaître comme moralisatrice ? Il faut assumer les convictions que l’on a. Le discours chrétien, en certaines matières, est moralisateur, parce qu’il traite de morale. Il n’a a rien de mal à cela, et c’est même très sain.

    L’exigence morale catholique est salutaire, et beaucoup de nos contemporains y aspirent. Malheureusement, trop souvent, des hommes d’Eglise et des chrétiens laïcs n’ont pas le courage de leurs convictions, et s’imaginent qu’ils ne vont pas attirer leurs frères les Hommes au christianisme, s’ils en montrent les exigences. C’est tout le contraire !

    Le début de ce texte de Gérard Leclerc manifeste une position lénifiante, alors qu’il devrait être une exhortation à l’évangélisation à temps et à contretemps. C’est à cause de ce genre de discours que mon mari et moi-même ne sommes plus abonnés au magazine France Catholique.

  • J’ai pour règle de ne pas intervenir dans les discussions qui suivent la publication de mes textes, mais dans le cas présent, je pense utile de m’expliquer à propos d’un débat contemporain, où je déplore que les chrétiens soient quasiment absents. Françoise m’a tout à fait compris et je crains que Marie-Anne soit passée à côté de l’axe de ma réflexion. Le début de mon article consiste en une description de la situation qui est faite à la pensée chrétienne aujourd’hui, et singulièrement sur un sujet aussi important que la relation homme-femme. Je décris et n’approuve en rien cette situation. Mon intention est en quelque sorte apologétique.

    Il s’agit pour moi, comme le dit Françoise, de remettre l’église au centre du village, dont on veut l’exclure. J’admets fort bien qu’il existe d’autres styles d’intervention, notamment polémiques. En d’autres occasions je ne me suis pas fait faute d’y recourir (cf. mon livre Pourquoi veut-on tuer l’Église ?, Fayard, 1996). L’essentiel c’est de revenir au cœur de ce que la Révélation nous dit de l’amour humain. J’ai choisi de m’exprimer en termes positifs, ce qui n’excluait pas une récusation directe de certains fondamentaux de la pensée contemporaine. Il n’y a là aucun relativisme lénifiant, mais la volonté de faire accéder certains à un domaine qu’ils méconnaissent totalement.

  • Si j’ai bien compris le texte de G. Leclerc, le terme "moralisatrice" doit être pris dans son acception péjorative. Il ne s’agit donc pas d’une invitation déguisée à fuir les discours traitant de morale chrétienne. Encore faut-il replacer celle-ci à son véritable niveau.

    Des paroles moralisatrices et des discours moralisateurs, les médias en sont dégoulinants.

    L’affaire Weinstein a été l’occasion de nous asséner des leçons de morale à n’en plus finir.
    Le malheur étant que, pour l’essentiel, ces leçons étaient des leçons de faux-culs débitant la doxa de la pensée unique (rien de chrétien là-dedans...) se gardant bien de remettre en cause l’érotomanie quasi-institutionnelle d’une société qui s’effare des conséquences fâcheuses mais en chérit obstinément les causes. (*)

    Heureusement, quelques interventions intelligentes et à contre-courant, pour n’être pas dictées par l’Evangile n’en on pas moins remis utilement quelques pendules détraquées à l’heure.

    * Dans un domaine à peine connexe, Monsieur Macron nous lessive la tête avec ses discours moralisateurs. Ses voeux à la presse en sont un bel exemple (hélas pas unique et surtout pas le dernier).
    Prétextant un combat moral contre les "fèqueniouzes" (au minimum, 30% des Français ne comprennent pas la signification de ce barbarisme globish), le juvénile père fouettard de la société libérale-atlantiste va mettre en place des lois liberticides entravant gravement la liberté d’opinion des citoyens !

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