Traduit par Pierre

La vérité ? À quel prix ?

Par le Père Jerry Pokorsky, curé de la paroisse Saint Michel Archange, à Annandale (Virginie)

lundi 24 novembre 2014

L’Église dépense pas mal d’argent pour la formation des prêtres et des religieux. Du séminaire ou de la formation en couvents aux ateliers de formation continue et aux retraites, les fidèles en supportent le coût. En toute justice, que reçoivent ces fidèles en retour ?

Le coût de la formation en séminaire est considérable. Logement, nourriture, frais scolaires, j’apprends que c’est de l’ordre de 40 000 Dollars (32 000 €uro) par an et par séminariste. Cette somme est facturée au diocèse ; elle ne comprend pas les dons divers et aides alloués au séminaristes, et elle est comparable au coût des études dans une Faculté privée.

Sur une période typique de cinq ans de formation, le coût de l’instruction d’un séminariste pour la prêtrise s’élève à 200 000 Dollars (160 000 €uro). En raison du déchet (séminaristes abandonnant en cours d’étude), le coût individuel s’élève sensiblement. On peut estimer qu’à la sortie de la ligne d’assemblage, après les échecs au contrôle de qualité, un prêtre a coûté, au bas mot, 250 000 Dollars (200 000 €uro).

Je n’ai pas calculé le prix de la formation des Sœurs et Frères, qui doit être du même ordre de grandeur, au prix de la formation universitaire près. Mais les frais d’internat sont considérables, et le taux d’échecs alourdit la facture finale.

(Vous pouvez bien penser que ma façon de ramener prêtres et nonnes à des statistiques financières est bien insolite, mais quand je pense à mon neveu qui occupe trois emplois salariés pour faire vivre sa femme et ses quatre enfants, il serait bon que les prêtres et religieux reconnaissent le fardeau placé par l’Église sur ses épaules et celles de ses semblables.)

Ajoutons au prix total de la formation initiale les coûts de la formation continue de prêtres et sœurs en Université — particulièrement à Rome, la Ville Éternelle — et le prix de revient final du "produit" poursuit son ascension. Il n’est nul besoin d’insister sur cette analyse (rigoureuse, même déplaisante), mais j’aimerais que les choses soient claires. Les fidèles — y-compris mon neveu qui bosse dur — supportent une dépense considérable pour leurs prêtres et religieux. Et ils méritent qu’on en tienne compte.

Cette question m’est venue à l’esprit lors d’une croisière où j’étais engagé comme aumonier. Pour moi, c’était presque une sinécure. Sauf environ 500 Dollars (400 €) mes dépenses étaient couvertes par les participants à la croisière. (Je pense que c’était pourtant un honnête donnant-donnant. Malgré les apparences, pas mal de temps pastoral y a été consacré. Je n’éprouve aucune vergogne.)

Une religieuse d’un certain âge participait à la croisière. Elle n’avait pas l’air d’une nonne, et ne s’attendait pas à ce qu’on lui parle comme à une nonne, et ne portait pas les vêtements d’une nonne (à moins que la règle actuelle pour les nonnes impose baskets et survêtement). Cependant, elle s’exprimait comme une nonne, révélant des années de formation, ateliers et retraites. Pour nous, gens du métier, c’était clair : elle parlait religion et liturgie. J’espérais que tout se passerait bien, j’ai été presque exaucé.

Vers la fin de la croisière, je surpris un discours que tenait la Sœur à un couple de jeunes touristes. Elle expliquait que l’avenir de l’Église consisterait à s’ouvrir aux divorcés remariés afin de donner à chacun sa chance après un mariage raté. (J’avais décidé au début de m’astreindre au silence, navigant dans les eaux agitées d’une nonne moderne. Je ne ferais aucun commentaire sur le vêtement peu canonique de notre Sœur-à-prendre-comme-elle-est.) Nous sommes, nous dit-on, au XXIe siècle.

Mais là, la Sœur parlait de doctrine. Elle contredisait les paroles mêmes du Christ. « Ce que Dieu a uni, l’homme ne peut le défaire. » L’esprit du Cardinal Walter Kasper flottait en elle. [NDT : lors du consistoire sur la famille début 2014 le Cardinal Walter Kasper a soulevé la réprobation des cardinaux en évoquant le remariage de couples divorcés]. Mais en toute justice je devais à ces deux jeunes la lumière de la doctrine — ils avaient participé aux frais de ma croisière, après tout. Malgré ma tactique de laisser-dire, laisser-faire au cours de la croisière, je devais intervenir.

Je dis à la Sœur que si l’enseignement de l’Église sur le mariage allait changer, il faudrait que l’Église s’oblige à présenter ses excuses à Henry VIII, à révoquer la canonisation de saint Thomas More, à blâmer saint Jean Baptiste (le plus important être humain qu’ait porté une femme), à canoniser Hérode et Hérodiade, et effacer de l’Ancien Testament l’histoire de Sodome et Gomorrhe. Réponse instantanée de la Sœur : « Je ne crois pas à la doctrine, je crois à l’amour. » ("Debout pour le Credo"). Puis, haussant les épaules, elle s’en alla.

Après le départ de la nonne, un des deux jeunes, à mon immense joie, exprima sa confiance renouvelée en la foi catholique et s’étonna que quelqu’un puisse imaginer que l’enseignement de l’Église soit susceptible de changements. Pour moi, mission accomplie. J’espère avoir bien payé mon passage avec ma subtilité de marteau-piqueur.

Au cours du vol de retour, je songeais à cette sombre histoire. Une femme dédiée au Christ — une femme ayant reçu de bienfaiteurs laïcs le gite et le couvert, et les frais de sa formation, de son instruction — capable de ramener son ministère à un texte qu’on pourrait graver en épitaphe sur un tombeau : « je ne crois pas à la doctrine, je crois à l’amour. »

En reconnaissance de l’argent dépensé en faveur des prêtres et religieux, serait-ce trop demander que nos bienfaiteurs reçoivent la foi, toute la foi, rien que la foi ?

20 novembre 2014.

Source What Price Truth ?

Thomas More à la défense de la liberté pour la Chambre des Communes - Vivian Forbes, 1927.

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