Argenteuil

La tunique sans couture

par Dominique Daguet

samedi 2 avril 2016

Elles sont trois témoins, trois sœurs, trois Reliques capitales de la Passion de Jésus, le Fils de l’Homme, l’envoyé du Père. En cette méditation-exploration, impossible de les séparer car toutes trois sont complémentaires, toutes trois porteuses des écritures issues du corps du Christ, toutes trois mentionnées par les saints Matthieu, Marc, Luc et Jean, toutes trois et chacune confortées dans leur vérité par le flot des concordances entre elles et les évangiles : en cela, la science des statistiques vient aujourd’hui à leur secours  [1]….

Nous sommes en mars 33, exactement le vendredi 23 : les documents païens et chrétiens du premier siècle sont formels ! Nous connaissons cette date à cause de la visite que nous fit un objet céleste des plus énigmatique, voyageur peut-être bien transgalactique, car jamais ne fut répertorié sur les tablettes des astronomes de ce temps-là [2] : il ne s’est d’ailleurs plus ou pas encore manifesté depuis sa première apparition où il fit l’étonnement de beaucoup entre la sixième et la neuvième heure [3] de midi à quinze heures.… Il provoqua, au plus bas de son orbite et du fait de son poids, de sa puissance d’attraction, des tremblements de terre au bord de la mer Noire, détruisant Nicée, semant la terreur en Bithynie et à Jérusalem…

Lorsque Salomon construisit cette «  Demeure pour Dieu  », le «  Saint des Saints  » fut dévolu à être le refuge de l’Arche d’Alliance. Un Voile protecteur séparait alors le Saint des Saints d’une sorte de lieu d’attente, de préparation, nommé seulement le «  Saint  ». En avant de lui était le Vestibule par où les prêtres accédaient par une volée de douze marches qui ne pouvait être franchie que par le prêtre du jour. Ce 23 mars, le voile fut déchiré à la neuvième heure quand ce séisme provoqua l’écartèlement des murs du Temple. Déchirure qui se produisit à l’heure même où Jésus confia son Esprit à son Père : catastrophe pour les Juifs, mais pour l’Église il fut toujours entendu qu’elle marquait solennellement la fin de l’Ancien Temps et l’ouverture du Nouveau, celui de la Nouvelle Alliance éternelle conclue par le Christ sur la Croix avec son Père afin d’assurer pour toujours le salut de l’Humanité.
Au matin de ce jour-là, Jésus venait d’avoir reçu le «  châtiment  » prévu par Pilate avant de le «  renvoyer  », Lui le non-coupable : il aurait donc dû ne recevoir, en toute honnêteté, que seulement vingt-cinq coups d’un fouet doté de deux lanières d’un cuir épais et «  enrichies  » chacune de deux billes de plomb en leur extrémité. Il faut donc commencer par se fier à la première des reliques de la Passion, le Linceul, lui qui fit comprendre à saint Jean l’évangéliste que «  (Jésus) était bien ressuscité  », car il nous permet de «  voir  » en détail ce que fut, en sa réalité tragique, le supplice du fouet romain infligé au Christ : les coups de cette flagellation furent si nombreux que l’on peut l’assimiler à une oppressante épouvante, comme l’avait d’abord été l‘épreuve de l’agonie de Gethsémani. Là se prépare l’une des charges qui seront celles de la Tunique.

Les Juifs disaient «  Quarante moins un  », car le quarantième était réputé potentiellement mortel. Or, les empreintes laissées par le corps sur son dernier vêtement permettent de saisir à quel point les bourreaux, livrés à eux-mêmes, s’étaient acharné sur Celui qu’on leur avait présenté, par dérision, comme étant «  le Roi des rois  » et «  le Roi des Juifs  ». L’on compte en effet, non 39, mais au minimum 120 traces de coups, auxquels il faut ajouter celles que l’on ne voit pas sur les bras, dont l’empreinte a été effacée lors de l’incendie de Chambéry en 1532 ; celles aussi des coups reçus très certainement sur le haut de la poitrine [4], là ou le tissu n’a pas pu se poser sur le corps, la tête de Jésus formant avec lui un angle d’environ 70° Jésus donc a traversé en toute détermination l’enfer d’une flagellation scandaleuse, au cours de laquelle, étant donné le nombre effrayant de coups reçus, il a dû bander toutes ses forces afin de faire reculer la Mort jusqu’au moment où Il pourrait enfin dire à haute voix «  Tout est accompli  ».

Ces considérations ne sont qu’une préparation à découvrir la deuxième Relique, que je dépose mentalement à la gauche du Linceul : sans avoir commencé à saisir ce que révèle la primordiale, le «  dernier des vêtements  », il serait illusoire de croire comprendre toute l’importance que revêt la Tunique.

Jésus avait été frappé entièrement épuisé : il en fut de même quand Il fut crucifié – les Romains croyaient ainsi désespérer les crucifiés en les persuadant n’être plus que des bêtes, privés de ce fait du lieu de repos dû aux morts. Pour revenir chez Pilate, il revêtit son vêtement de toujours, la «  Tunique inconsulite  » soit sans couture. C’est à peine s’il avait pu marcher jusqu’au Prétoire, mais comme l’indique bien ce que l’on est en mesure d’analyser sur ce que montre le Linceul, Jésus, comme tout au long de sa Passion, n’a cessé d’affirmer, de démontrer par ses attitudes, par son impensable courage, une détermination inconcevable.

L’épisode de son silence devant celui qui se rengorgeait en lui disant «  Je peux te faire mourir  » est impressionnant de grandeur : ce fut également l’instant de la proclamation solennelle faite par Pilate : «  Ecce Homo !  ». Sans le savoir, le procureur exalta Jésus, l’Homme parfait, dit Fils de l’Homme. Oui, Il fut, est et restera à jamais totalement l’Homme recréé en sa perfection.

Quand vint l’heure de porter sa Croix, Il eut à monter tout au haut du petit mont Golgotha : pour le condamné une pente presqu’impossible à vaincre. Le Père Quéré note que les mouvements du portement de croix pèsent sur son dos, et, de par le frottement de l’étoffe sur les blessures, contribuent à rouvrir certaines plaies. Le professeur Marion, d’heureuse mémoire d’excellent sindonologue, s’était penché sur «  les deux dos  » du crucifié, celui du Linceul et celui de la Tunique : il releva dix points remarquables sur chacun d’eux et découvrit que neuf d’entre eux correspondaient entre eux : ils faisaient notamment penser au portement d’une croix et pas seulement du patibulum…

Quand Jésus fut crucifié, on le déshabilla à nouveau et on le cloua à cette croix haute sur laquelle Il pouvait comme contempler le monde et ses espaces immenses, aussi les peuples qu’Il voulait attirer à Lui. Il dominait ainsi la petite foule où se mêlaient pharisiens, soldats, anciens malades guéris par Lui, Marie sa mère et les saintes femmes, Marie-Madeleine et le disciple que Jésus aimait parce qu’il allait avec bonheur au-devant de ses enseignements… Montaient en Lui des douleurs si brutales, s’éveillaient des souffrances si insupportables que de seulement les énoncer toutes, une par une, le pauvre homme s’effare, abruti, et ne comprend pas que son Aimé en qui se découvre son salut soit allé si loin dans son acte de miséricorde infini : retrouvant alors la définition médicale de la «  Sueur de Sang  », dit en notre langue hématidrose : «  symptôme d’une souffrance absolument intolérable  ». [5]

Vint l’heure de l’enlanger en son Linceul : il en fut recouvert une fois parvenu au tombeau que Joseph d’Arimathie avait acheté pour lui-même. C’est ainsi que cette «  enveloppe  » de toile de lin devint pour toujours le témoin éloquent de ce que tous les amis de Jésus présent sur le lieu de la crucifixion avaient contemplé : sur sa croix, beaucoup du sang versé avait comme disparu. Il avait bien été comme aspiré de son corps par chacun des coups de fouet, par chacune des billes de plomb, telles de courtes bondes qui auraient percé sur ce corps de très nombreuses petites fontaines de sang de 4 à 6 millimètres de profondeur, depuis le haut de son dos et de sa poitrine jusqu’à ses bras, ses jambes…

Ce sang fut, dès la fin de la flagellation, recueilli fidèlement par la Tunique, en mesure, elle qui descendait jusqu’à ses genoux, plus vraisemblablement jusqu’à ses chevilles, d’absorber le plus possible de ce sang dont saint Jean, sur la croix, vit s’écouler du corps «  du sang et de l’eau  », soit du sérum et du sang corpusculaire. Comme si ce cercueil qu’était le grand drap mortuaire avait eu pour tâche principale de céder le plus possible de sang afin que n’en perde rien le vêtement chaque jour revêtu : l’on ne s’étonne donc point, naturellement, de découvrir à quel point cette Tunique dite d’Argenteuil, aujourd’hui exposée dans la basilique Saint-Denys jusqu’au 10 avril 2016, peut et doit être considérée comme un «  Calice  » des plus précieux (6)  [6] : et c’est bien en lui, plus encore que sur le Linceul, qu’a été et continue d’être pour toujours conservé ce sang pour la célébration d’on ne sait quel événement à venir : serait-ce celui du retour, vainqueur et glorieux, du Christ ?

Un livre sur cette relique insigne vient d’être réédité par les éditions Artège [7] : écrit par le Père Le Quéré, déjà cité, l’ouvrage s’emploie à convaincre le lecteur le plus difficile qu’il peut considérer, l’esprit tranquille, que cette relique des plus ancienne est vraiment authentique : en effet il en est devenu l’historien complet autant que le serviteur. Il éclaire les moments où la Tunique semble ne plus exister, ou se dit encore avoir été cachée avec beaucoup de soins et grande prudence à telle ou telle période de son histoire au point qu’on ne savait plus très bien où on la retrouverait. Il en alla d’ailleurs de même, de 207/212 à 544, pour l’«  akeiropoïète  », soit «  image non faite de main d’homme  »

Juste quelques détails de cette histoire mise à jours par l’auteur : la Tunique avait été remise à Charlemagne par l’impératrice Irène de Constantinople entre les années 800 et 803. Elle devait avoir été acquise bien plus tôt auprès de vieux Hierosolomytains, qui devaient avoir gardé depuis toujours les souvenirs propres à savoir quelles étaient ces reliques et quels étaient leurs refuges. De nombreuses petites parcelles du tissu furent dans les premiers temps prises au bas de la robe pour être distribuées…

Dans les débuts de notre ère, la relique fut, par prudence, insérée dans le mur d’une maison proche de Jérusalem où elle resta assez de temps pour ne plus courir dès lors de dangers. Elle fut cachée, en 841, lors d’incursions sauvages de Vikings, qui saccagèrent notamment l’abbaye, dans le bas d’un mur de l’église Saint-Denys dévastée.

La restauration des lieux fut possible à partir de 1003, mais la Tunique ne revit le jour que vers 1150… Une célébration solennelle qui réunit quantité d’évêques et d’abbés eut lieu en 1156 : la Tunique était vraiment de retour.
Plus tard, aux premières années de la Révolution française, les membres de la Convention se firent inquiétants. Le curé d’Argenteuil, le père Odet, prêtre jureur, qui connaissait les mauvaises intentions des gouvernants d’alors, – la Terreur sévissait – sortit la relique de l’église : puis il la découpa en un grand nombre de morceaux, certains furent déposés sous terre en plusieurs endroits, au risque de détruire les précieux caillots de sang arrachés au dos de Jésus alors qu’Il portait sa croix  [8], conservant proche de l’église un ensemble plus conséquent en même temps qu’il en confia quelques-uns à diverses personnes. Il fut arrêté et mis en prison, puis finit par être libéré. Revenu à sa cure, il déterra tout ce qu’il put retrouver, n’obtint pas la restitution des morceaux confiés à des paroissiens…

Des restaurations ont permis de donner à la relique une apparence plus convenable et surtout plus proche d’apparence à ce qu’elle avait été autrefois.
Le Père Le Quéré aborda en son livre, au-delà de l’histoire, un certain nombre de sujets scientifiques : ils concernent notamment le tissu, son mode de tissage, son état, l’étude précise de certains échantillons anciens : mais l’auteur mourut en 1997, si mes souvenirs sont exacts… ce qui contraignit l’éditeur à compléter par des informations techniques résumées par le Dr Jean-Maurice Clerc – «  Concordances entre les trois reliques  » –, le professeur Gérard Lucotte – «  Structure des hématies de la Tunique  » - et Monsieur Claude Jacquet – «  Concordances hématologiques entre les trois reliques  ».
Au-delà de toute connaissance, dont les services sont immenses et nécessaires, il nous revient, à nous autres bénéficiant du travail d’un très grand nombre d’historiens, de scientifiques, de médecins, d’écrivains aussi, même de saints, d’élever notre cœur au-dessus de nos mesquineries, hésitations, oublis, indifférences accompagnées parfois de méfiance et de rejet, il nous revient donc de tendre notre intelligence et notre sensibilité afin d’entrer au plus profond possible du «  mystère  », oui de ce mystère précisément qui est d’abord celui de la passion de Jésus, le Christ, Fils du Père, et en même temps celui de sa résurrection dont nous avons à nous souvenir chaque jour qu’elle en est l’accomplissement le plus souverain : mystère que laissent entrevoir ces documents qui sont bien plus que de simples reliques, d’objets de vénérations plus ou moins sincères, mais mystère qu’ils révèlent, qu’ils décryptent, visionnant l’abécédaire dont il est l’une des sources de ce qui est dévoilé, «  traduisant  » un enseignement de vérité et d’amour fait pour chacun de nous.

Ces reliques dépendent totalement de ce que le Seigneur a voulu signifier à notre intention. Les images empreintes sur les deux côtés du Linceul, la géographie des blessures ensanglantées qu’il nous révèle, aussi les ponctuations inouïes des coups reçus par le Crucifié que nous pouvons comprendre : une écriture d’infini. Les concrétions du sang versé lors de la flagellation, puisées par la Tunique directement sur le corps de Celui en train de porter sa croix. Les humeurs et expectorations diverses émises par le Saint-Suaire d’Oviédo…

Nous restons sans voix parce que stupéfaits au fur et à mesure qu’ont été rassemblées les croquis, les analyses, les photographies de tout type, les impossibilités qui traversent la Réalité tout autant que le Songe et nous obligent à cesser d’enfler nos hésitations et nos doutes.

Au douzième siècle, Jésus s’est présenté tel qu’Il était sur la croix à sainte Alpais de Cudo, petite paysanne illettrée qui fut effrayée en même temps qu’éblouie par cette vision intolérable : «  Vois de quel prix Je t’ai estimée  ». Qui peut entendre une telle parole sans se trouver aussitôt saisi d’angoisse ? Un peu plus tard, Il revient vers elle : «  Et toi, de quel prix m’estimes-tu ?  ». Ces deux phrases sont à la fois bouleversantes et sublimes : tout autant effrayantes si l’on ne retient pas en notre cœur, en nos neurones, en notre intelligence, en notre être tout entier la vivante conscience, mais amoureuse, qu’Il est toute Miséricorde. Oui, notre cœur se glace, oui il s’effare, mais il ose (ou non ?) quelques mouvements de vraie compassion, de vraie tendresse, de pure foi : il s’inquiète, non de son bonheur, mais seulement de se savoir incapable d’aimer à cette dimension, à suivre le Christ. Reste à laisser la confiance nous tenir en effet à la hauteur du Christ. [9]

http://saintetunique.com/

http://www.catholique95.fr/index.php/2015-06-01-09-42-23/510-la-sainte-tunique-d-argenteuil

http://www.bfmtv.com/societe/attentat-dejoue-a-argenteuil-un-commando-pret-a-faire-un-carnage-963213.html


[1On songe ici à la formule publicitaire pour vanter certains produits, du type «  trois en un  » par exemple

[2Sur le site Parvis des Alliances se trouve un document titré Les Ténèbres du Vendredi-Saint. Il est facile de le télécharger.

[3Soit

[4Les épaules, en effet, se trouvent situées à la hauteur du nez, la tête formant avec le corps un angle de 70°.

[5La Bible de Jérusalem fait dire à Jésus : «  Tout est achevé  » : je n’apprécie pas ce mot, «  achevé  », et découvre bien plus de mérites au verbe «  accomplir  », car en «  tout est accompli  » le passé n’est pas le plus important : dans ce verbe en effet s’ouvre, au-delà du présent, un futur qui ne cessera de faire fructifier chacun des actes de la Passion.

[6L’on peut penser ici à la légende du Graal.

[7Au 10 de la rue Mercœur, à Paris (75011).

[8Au siècle dernier nombre d’historiens ont voulu nous persuader que Jésus avait été crucifié sur une «  crux humilis  » (croix basse) sous le prétexte étrange que presque toutes les crucifixions s’exécutaient ainsi sur de telles croix. Mais une réflexion sérieuse et argumentée suffit à affirmer qu’il n’a pu l’être que sur une «  crux sublimis  » (croix haute). La croix basse «  culminait  » à deux mètres de hauteur : le soldat qui voulut donner à boire au Seigneur à l’aide d’une éponge mise au bout d’un bâton n’aurait eu qu’à tendre la main jusqu’aux lèvres de Crucifié. Sur la croix haute, il aurait eu besoin d’un bâton parce que ce type de croix devait au moins dépasser les trois mètres…

[9Dominique Daguet prépare un article à suivre sur les questions concernant le carbone 14.

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