La traversée du Vendredi saint

par Gérard Leclerc

vendredi 18 mars 2016

L’entrée dans la Semaine sainte est toujours pour les chrétiens l’expérience la plus bouleversante qui soit, car elle les fait participer au drame où l’humanité est saisie au plus profond d’elle-même par un Dieu qui, l’ayant épousée, lui fait communier à la Rédemption qu’il accomplit. Celle qui nous arrache au mal et à la mort, pour naître à la vraie vie. C’est la liturgie qui nous prend, en quelque sorte, par la main, pour revivre tous les épisodes du complot contre Jésus, de son arrestation, de son procès, de sa via crucis et de sa sortie d’entre les morts. La narration évangélique se trouve orchestrée par le chant méditatif qui nous permet de mieux nous associer, avec l’esprit et le cœur, à cette dramatique divine où se trouve entraînée la dramatique humaine. L’horizon s’ouvre enfin sur le sens de notre existence et de notre aventure historique.

Celle-ci ne peut se séparer du traumatisme inhérent à notre condition. Quelque chose s’est brisé en nous, depuis les origines, et l’Écriture sainte met en relation cette brisure avec la rupture qui s’est produite avec Dieu. Paradoxalement, cette doctrine dite du péché originel se trouve souvent récusée par les modernes, mais elle est la seule à rendre vraiment compte du trouble fondamental qui gît en nous, et que les mêmes modernes s’acharnent sans cesse à mettre en évidence. Le philosophe Pierre Boutang avait pu caractériser la pensée du psychanalyste Jacques Lacan comme « une pentecôte pour la mort ». Dans ce qu’elle a de plus fondamental, la pensée du soupçon défie toute interprétation optimiste du destin, et ceux qui se risquent à la contredire sont happés par une sorte d’aliénation folle.

La Révélation biblique intervient pour nous détourner de tout désespoir. En rappelant que c’est le même Dieu qui se trouve à l’aube de toute naissance et qui ne désire que nous tirer de l’abîme de notre détresse. Ce Dieu qui est d’abord avant tout miséricorde s’offre à nous, durant cette Semaine sainte, comme celui qui ayant revêtu notre humanité a voulu concentrer sur lui-même la totalité du péché du monde. En langage savant, on appelle cela la doctrine de la substitution. Mais la pratique du chemin de croix, celle des plus humbles, nous communique le mystère d’un Dieu crucifié, qui nous ouvre les portes d’une gloire indicible. Selon les paroles de l’apôtre, le Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort. Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné un nom qui est au-dessus de tout nom.

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