Traduit par Charlotte

La théorie de la guerre juste est-elle toujours pertinente ?

par Howard Kainz

samedi 9 septembre 2017

Une Corée du Nord puissance nucléaire apporte des tensions supplémentaires sur la théorie de la guerre juste, déjà sous de grandes tensions depuis plus d’un demi-siècle en raison des armes modernes.

En tant que cadet dans le ROTC (Reserve Officers’ Training Corps/Corps d’entraînement des officiers de réserve) dans l’Aviation dans les années 1950 à l’université Loyola à Los Angeles, j’ai étudié les analyses de la logistique et les effets des bombes atomiques et à hydrogène : combien de gens seraient tués dans les centres très peuplés, qui éviterait ou pourrait éviter d’être exposé aux radiations mortelles, etc., tout cela très détaillé et prosaïque.

Beaucoup de gens ont alors construit des abris anti-bombes dans leurs jardins, et les annonceurs vantaient les avantages de leurs « marques » d’abris, leurs agréments spéciaux, indiquaient comment éviter les intrusions, etc.

Après avoir reçu mon diplôme (ma licence), j’ai enseigné dans une école publique, avant mes études supérieures. Les personnes de plus de 60 ans se rappellent peut-être encore les exercices « baissez-vous et couvrez-vous » imaginés par le gouvernement que nous, les enseignants avons infligés à nos élèves en prévision d’une attaque nucléaire – accroupis sous les bureaux – même dans les salles de classe avec des fenêtres !

Dans les années 1960, après l’invasion manquée de la « Baie des Cochons » de Cuba et la presque rencontre du Président Kennedy avec les missiles soviétiques, nous avons appris que les stratèges avaient conçu une nouvelle défense contre le attaques nucléaires appelée « MAD » c’est-à-dire « Destruction mutuellement assurée ». Pendant la guerre froide avec les Soviétiques, qui n’étaient vraisemblablement pas suicidaires, MAD nous a rassurés – à l’exception des accidents ou pannes de communication, bien qu’il y ait eu quelques incidents à vous faire dresser les cheveux sur la tête.

Les gens ont cessé de construire des abris anti-bombes dans leurs jardins.

Certaines nations plus rationnelles y compris la Russie et la Chine ont adhéré au traité de non-prolifération (NPT) avec nos alliés, la France et le Royaume-Uni.

Mais les soupirs de soulagement ont cessé quand les nations qui n’avaient pas accepté le NPT ont commencé à construire leurs propres arsenaux nucléaires... le Pakistan, l’Inde (qui avait d’abord signé mais s’est retirée du NPT), et Israël (qui nie toujours officiellement avoir aucune arme nucléaire.)

Après que l’Irak et la Libye ont éventuellement renoncé à leurs tentatives de se joindre au "club nucléaire", l’Iran a repris le flambeau, et semble faire des progrès constants.

Et maintenant la Corée du Nord. Est-ce que MAD a du sens dans ce nouveau contexte ? Pouvons-nous penser que Kim Jong-un, avec toutes ses menaces, n’est pas suicidaire ?

Ou pouvons-nous croire que le système "Commandement et contrôle" du Pakistan ne tombera pas aux mains des djihadistes islamiques qui chantent les louanges de la mort ? Pouvons-nous avoir confiance que l’Inde et Israël, dans l’intérêt de la légitime défense, ne pourraient pas déclencher indirectement une conflagration mondiale ?

Sans parler de l’Iran dont les dirigeants ont menacé encore et encore d’anéantir Israël.

J’ai enseigné à la faculté de philosophie de l’université Marquette pendant trente-cinq ans, et j’ai parfois offert des cours spéciaux (mes collègues les appelaient mes "cours en or", car nous pouvions donner des conférences sur des intérêts particuliers, et souvent attirer des étudiants hautement motivés qui n’avaient pas besoin d’être convaincus pour étudier ou participer aux discussions). Plusieurs fois, j’ai donné des cours sur la philosophie de la paix, examinant des textes classiques de mon anthologie, Perspectives philosophiques sur la paix, ainsi que l’analyse et l’interprétation de l’évolution de la théorie de la guerre juste de St Augustin jusqu’à nos jours.

Par coïncidence, un de mes cours a commencé le jour même où la guerre du Golfe Persique a éclaté avec ses "choc et terreur". Alors, j’ai modifié un peu mon programme et j’ai commencé par une introduction à la théorie de la guerre juste, menant à quelques jours de discussion sur la question de savoir si l’effort de guerre en cours était conforme à cette théorie.

La "coalition" qui s’engageait dans cette guerre était-elle le genre de "souverain légitime" que JWT (Just War Theory/Théorie de la guerre juste) exige pour déclarer une guerre ? Les griefs de Saddam Hussein contre le Koweit étaient-ils légitimes ? Cette attaque était-elle vraiment un "dernier recours" ? Pouvions avoir la certitude que les résultats de la guerre ne seraient pas plus mauvais que la situation d’avant la guerre ?

Les possibilités de guerres initiées maintenant en conformité avec JWT sont encore plus limitées qu’en 1991. Il y a, naturellement, des conflits régionaux, en Afrique ou en Asie ou au Moyen Orient, dans lesquels JWT peut être invoquée par des tribus ou des sectes ou des groupes ethniques pour justifier des guerres défensives...

Mais cela peut-il se faire sans inciter à une guerre civile ou exacerber les tensions internationales à l’extrême ? Les dirigeants légitimes peuvent-ils commencer une guerre limitée maintenant pour se défendre ou reprendre des biens, ou pour tout autre raison, sans risquer de provoquer un conflit mondial ? Peut-être, mais il est clair que JWT, en vue de l’armement et de la prolifération nucléaires, a maintenant une utilité beaucoup plus limitée pour résoudre les conflits importants.

Le meilleur cas pour justifier les guerres moralement maintenant consiste peut-être en interventions humanitaires. Les Nations Unies n’auraient-elles pas dû intervenir pour empêcher les Hutus et les Tutsis de commettre le massacre massif qui a eu lieu au Rwanda ? N’aurions-nous pas dû intervenir dans le génocide qui a eu lieu au Soudan ? L’intervention des forces militaires pour empêcher l’abduction des jeunes filles chrétiennes par Boko Haram en Afrique n’aurait-elle pas été justifiée ?

Mais aucun de ces incidents ne menaçait directement le bien-être de l’Amérique ou de la plupart de nos alliés. Alors ils ne correspondent pas facilement aux paramètres de JWT.

L’assassinat d’Osama bin Laden et d’autres dirigeants de djihad pendant l’administration d’Obama soulève la question de l’assassinat comme moyen légitime de réduire un génocide. Les nombreuses tentatives d’assassinat contre Hitler par ceux qui comprenaient ses intentions n’étaient-elles pas éthiquement justifiées ?

Si un chef haut placé en Corée du Nord pouvait assassiner Kim Jong-un (des tentatives ont été faites) et survivre pour fonder un gouvernement quelque peu rationnel - serait-ce éthique, bien que certainement pas en accord avec JWT ?

Considérons les alternatives : une attaque de préemption contre la Corée du Nord qui entraînerait certainement la mort de beaucoup en Corée du Sud, d’après certaines estimations d’au moins 500.000 personnes, ou la menace perpétuelle d’une attaque nucléaire contre l’Amérique (une seule explosion d’impulsion électro-magnétique pourrait détruire tous les appareils qui fonctionnent à l’électricité dans tout le pays et mener à un chaos général.

Des scénarios comme ceux-là illustrent combien nous sommes loin des catégories classiques de la théorie de la guerre juste, et combien nous avons besoin de pensées fraîches pour faire face à des situations sans précédent créées par la technologie moderne et les affaires internationales actuelles.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2017/09/06/just-war-theory-still-relevant/

Image : Apocalypse par Albert Goodwin, 1903 (collection privée

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