La symbolique d’une rencontre

par Gérard Leclerc

mardi 24 mai 2016

La rencontre qui a eu lieu hier au Vatican entre le pape François et le professeur El-Tayeb, grand imam de l’université Al-Azhar du Caire est incontestablement le fruit d’une volonté résolue de dialogue entre chrétiens et musulmans. Cette volonté précède l’arrivée de François au siège de Pierre. En dépit de tout ce qui a été dit sur le discours de Ratisbonne de Benoît XVI, ce dernier n’avait aucune intention de blesser les musulmans et de marquer sévèrement les distances. D’ailleurs peu de temps après ce discours, une importante délégation de représentants de l’islam était reçue au Vatican, ce qui était bien la preuve que l’intention du Pape avait été trahie. Sans doute, une conversation de trente minutes n’aura pas suffi à traiter un dossier complexe et difficile dans le domaine proprement doctrinal. Le Pape a insisté sur son caractère symbolique. L’accolade entre les deux dignitaires religieux suffisait à signifier au monde entier que de part et d’autre il ne pouvait être question que d’un rapprochement en faveur de la paix.

Le communiqué du Vatican associe à ce souci de la paix le refus de la violence et du terrorisme mais aussi la protection des chrétiens du Proche-Orient. Ainsi l’actualité la plus brutale et la plus conflictuelle n’a pas été éludée, et il est important que le responsable de la plus prestigieuse université de l’islam se soit ainsi engagé dans un fraternel échange. Le professeur El-Tayeb a la réputation d’un religieux modéré, qui n’est pas près pour autant à transiger sur la spécificité de l’islam. Sa démarche peut avoir valeur d’exemple à l’échelle du monde, même si les divisions et les désaccords entre les différents rameaux d’une réalité multiple empêchent un consensus général.

Jusqu’où peut aller cette volonté de conciliation manifestée hier ? C’est difficile à dire, car les troubles profonds qui agitent la planète obéissent à une logique autonome, peu maîtrisable. Mais comme l’avait remarqué Pierre Manent à propos du cas français, la connaissance de terrain que l’Église catholique a des musulmans constitue un atout sans prix pour améliorer des relations qui ne sont pas uniquement interreligieuses. C’est pourquoi les politiques eux-mêmes devraient observer avec beaucoup d’intérêt ce qui était en cause dans l’événement d’hier.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 24 mai 2016.

Messages

  • Al Azar forme chaque année 15 000 imams : enseignement fondé sur le rabâchage et le "par coeur"et financé par l’Arabie Saoudite.......
    Les paroles sont une chose, d’autant que le Coran autorise voire encourage la dissimulation, les faits en sont une autre...........

    • cf. : 26 mai 22:28

      Il serait intéressant de connaitre la ou les source(s) de la première phrase du message.

      Pour la deuxième assertion également... La parfaite exactitude de celle-ci paraissant quelque part étrange quand et si l’on prend en considération le fait que Louis Massignon y avait entrepris des études, si ma mémoire est bonne, je ne sais plus dans quelle discipline.

      MERCI.

  • L’article de G. Leclerc mérite d’être considéré comme "’fiable" de par le ton à la fois réaliste et empreint de prudence, vu tous les paramètres de la situation mondiale à prendre en compte. Il serait superflu d’ajouter que cet échange est en lui-même un événement parce qu’il intervient après un laps de temps conséquent et de nos jours et même si l’avenir des relations dans ce domaine spécifique reste inconnu. Plus que normal il était utile que François insiste sur le caractère symbolique de l’entrevue, aurait-elle même duré 3 heures.

    Pour ce qui avait été qualifié par les media d’"affaire Ratisbonne", il ne fait pas de doute que ce fait regrettable autant que grave semble être un des maillons des multiples tentatives de discrédit portées dès le début de son pontificat sur Benoit XVI. D’autre part, vue sous l’angle de G. Leclerc, l’accolade entre le pape François et le professeur El-Tayeb serait, comment dire, plus chrétien que de la voir sous celui du baiser de l’ami Judas Iscariote. De plus, au regard de la séparation entre Constantinople et Rome, causes et durée, et aussi de la rupture de Lüther, et de tout ce qui a pu, qui peut et qui pourrait encore comment dire, "fragiliser" le et les successeur(s) de Pierre, cet échange avec El-Tayeb serait de nature à être accueilli, sans aucun excès de victoire ni de défiance, mais avec humilité et dans l’espérance.

    Un texte de Benoit XVI pour aujourd’hui, intitulé "Pierre vivante, foi vivante" contient, ces lignes : "...pour que la foi devienne vie en chacun de nous...un vaste effort capillaire à accomplir se présente pour que chaque chrétien se transforme en "témoin"...". Plus loin et pour terminer :

    "Ce n’est que de Dieu que peut venir le changement décisif du monde".

    MERCI.

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